Publié le 4 Juin 2020

Le Gnome

Clôture 803 après la naissance du premier homme

 

« Ah ! Le gnome. C’est un bon compagnon ! Bavard et piètre chasseur, mais il a du cœur. Il lui manque quelques pousses de haut. J’aurais moins de honte à lui rabattre son caquet, s’il était à mon niveau. Faut pas qu’il s’inquiète, je serai toujours là pour lui sauver le cuir des fesses. »

Beck le borgne    

 

Ce matin, quand le gnome se tenait debout, au-dessus de l’étang, et qu’il a mesuré son reflet dans l’eau verdâtre, il ne s’est pas trouvé si petit que ça. Il a même considéré qu’il était de taille correcte. À présent qu’il est enfermé dans une cage en bois, ridiculement étroite, posée à l’arrière d’une charrette, il est obligé de reconnaître que son évaluation était peut-être exagérée. Évidemment, comparé à son ami Beck le borgne, il est minuscule. Ce dernier est un rude gaillard de sept pieds de haut, dont la largeur d’épaules équivaut à toute la hauteur du gnome. Cette idée fait glousser le petit être. Glousser, c’est d’ailleurs tout ce qu’il peut se permettre pour afficher son contentement. Sa lèvre inférieure est proéminente et couvre sa lèvre supérieure. S’il osait sourire, cela ressemblerait plus à une vilaine grimace qu’à une joviale émotion. Pourtant, il a essayé maintes fois d’afficher sa plénitude en relevant les coins de sa bouche, comme le fait le borgne devant un bon lapin rôti. Le visage de Beck s’illumine, alors et devient beau. Pour le gnome, c’est différent : quand il sourit, on dirait qu’il souffre. C’est Beck qui le lui a dit.

 

Bref. L'Astre de feu va bientôt disparaître derrière les plus grands arbres de cette forêt et pas de trace du borgne. Le gnome colle son front contre les barreaux de sa prison. Il se demande où peut bien se cacher son compagnon d’aventures. Dans les buissons sur le bas-côté de la route, afin de surgir comme un Sassor, les babines retroussées ? Dans un arbre, prêt à tomber d’une branche, comme un Zélat avec ses mains énormes ? Derrière cette fichue charrette, courant pour la rattraper, rapide comme un Gigan pure race ? Le gnome s’impatiente. La petite cage brinquebale chaque fois qu’une roue croise un caillou. Il a mal partout. Il voudrait râler. Quand quelque chose ne va pas, il a l’habitude de se plaindre à voix haute et le borgne l’écoute sans broncher. Son compagnon de route n’est pas délicat ; c’est plutôt un combattant tenace qui parle peu mais il sait tendre une oreille bienveillante, quand le gnome raconte ses malheurs. Or, là, il n’a personne à qui se plaindre, d’autant que le conducteur de la charrette ne le comprendra pas puisqu’il ne parle pas la même langue. Le gnome le sait parce qu’il n’a pas réagi un peu plus tôt, quand il l’a insulté. 

La voiture fait une embardée après qu’une des roues a franchi une grosse pierre. Le gnome se cogne la tête. Il beugle :

— Aïe !

Le charretier se retourne et lui crache dessus. Le gnome s’essuie le visage. Il préfère reprendre le cours de ses pensées au lieu de se laisser envahir par la colère. Il sait bien gérer ses sentiments. C’est assez facile : il en a peu. Il était donc en train de se dire que le borgne était un compagnon très attentif. Quoique, en y réfléchissant bien, il se demande si Beck l’écoute ou s’il ne fait pas semblant. C’est un point crucial qu’il faudra qu’il éclaircisse quand il le reverra. 

— Puterelle ! Où es-tu le borgne ? lâche-t-il à la volée. Tu ne vas pas me laisser croupir dans cette misérable geôle !

Mais où donc son charretier l’emmène-t-il ? Le gnome voit son dos osciller au rythme de leur cheminement sur cet étroit sentier. Quand il pense qu’il s’est bêtement fait piéger par un Charhom ! 

Les Charhoms sont des bâtards d’humains. Leur existence est une infamie. Il y a longtemps, après l’attaque de plusieurs villages par des Charognards, des femmes ont donné naissance à cette sous-espèce. Les Charognards sont des créatures sans foi ni loi. Ils habitent de l’autre côté de la grande mer, à l’extrême ouest, dans la région de l’Oubli. Ce ne sont ni des aventuriers, ni des guerriers, et encore moins des conquérants. Ils se contentent de vivre sur un tas de déchets, en mangeant les restes qu’abandonnent les autres habitants de la région de l’Oubli. Ils se déplacent à quatre pattes et leurs faces sont hideuses. On les disait dociles et dépendants, mais un jour, pour on ne sait quelle raison, une bande d’entre eux est parvenue à franchir la grande mer et a envahi un village d’humains. Après l’avoir pillé, ils ont tué les hommes et abusé des femmes. Les légendes racontent que la magie a dû se mêler à l’affaire, parce qu’on n’avait jamais vu de Charognards aussi vindicatifs. Forts de leur réussite, ils ont recommencé à différents endroits, jusqu’à ce qu’on finisse par les anéantir, quelques Clôtures plus tard. Les femmes enceintes de leurs progénitures ont été bannies. Elles ont donné naissance aux Charhoms dans les forêts. 

Des humains, ces derniers ont hérité la stature et la morphologie : une tête, deux bras, deux jambes. Des Charognards, ils ont pris les yeux blancs, enfoncés dans des orbites cernées de noirs, le nez crochu et les lèvres charnues, toujours recouvertes de croûtes parce leurs grosses canines se plantent souvent dedans, causant des plaies. Le gnome se dit que la nature n’est pas si bien faite. Pourquoi donner des lèvres aussi épaisses à des bêtes qui ont des dents aussi pointues ? Forcément, quand ils mâchent, il se mordent. 

Il peste intérieurement. Se faire capturer par un Charhom, c’est plus honteux qu’autre chose ! Ces êtres-là sont craintifs, en temps normal. Rejetés par les humains comme par les Charognards, ils forment une communauté discrète qui vit dans la forêt. Ils se déplacent souvent et sont pacifiques. Quoique ! Certaines disparitions d’enfants humains pourraient leur être attribuées. Rien n’a été prouvé, mais chaque fois qu’on perd un gamin, on constate qu’un camp de Charhoms est installé pas loin. Coïncidence ? 

Quand, au lever du jour, l’un d’eux a sauté sur le gnome pour le faire prisonnier, Beck était parti chasser plus loin dans la forêt. Il n’a sûrement rien entendu. 

Le gnome se demande si le Charhom ne l’aurait pas pris pour un enfant…

  

Il en est là de ses réflexions quand il entend, derrière la charrette, un mugissement redoutable. Il se dit, qu’enfin, le borgne a daigné venir le sauver. Il se contorsionne dans son espace réduit pour voir ce qui se passe à l’arrière. Il soulève ses lourdes paupières et aperçoit une ombre qui se dessine sur le chemin. Au fur et à mesure que la charrette prend de la vitesse pour s’éloigner du danger, l’ombre grossit à vue d’œil. Non, le borgne n’est pas aussi grand ! Voilà autre chose ! 

Subitement, le Charhom décide de fuir, mais seul. Il tire fort sur les rênes de sa mule pour stopper sa voiture. Il saute à terre et détale en se frayant un passage dans les fourrés. Mince ! ça s’annonce mal !

Un monstre gigantesque vient de descendre du ciel. Le sol tremble quand il se pose sur la terre ferme. Le gnome demeure figé. Il sent un filet de bave qui s’échappe au coin de sa bouche ; il le retient en l’aspirant bruyamment. La bête s’assoit sur ses deux pattes arrière, sa lourde queue balaie la poussière. Le gnome se fait mal au cou pour deviner à quoi ressemble sa tête. Au passage, il remarque la taille des serres de ses pattes avant. La créature se penche vers lui. Elle possède un long museau, sa peau est recouverte d’écailles, ses narines expirent une fumée blanche. Ses yeux jaunes fixent le prisonnier. Le gnome voit des cornes orner son crâne. Il n’a jamais croisé de pareil animal. Il s’agit sûrement d’un dragon. Le gnome ne les connait que de nom, et cela suffit pour savoir qu’ils crachent du feu.

Le petit être réalise que sa vie ne tient qu’à un fil… ou deux. En effet, soit il va finir écrasé par l’une des grandes pattes griffues, soit il va mourir brûlé. Il contemple la gueule parée de dents immenses. Elles sont bien trop nombreuses pour appartenir à un herbivore, donc, le gnome en conclut qu’une troisième option s’offre à lui : il va se faire dévorer. 

En quelques minutes, sa vie défile sous ses yeux. Depuis sa naissance, il y a deux cents Clôtures, dans la forêt de Bra, jusqu’à sa rencontre avec Beck le borgne. À cette époque, le gnome errait seul dans les bois. Tout se passait bien pour lui, jusqu’au moment où, au détour d’un chemin, un Sassor lui était apparu. L’animal à quatre pattes, au corps affuté et aux yeux rouges le menaçait en grognant. La seule issue était de faire demi-tour et de s’enfuir à toutes jambes. Sautant par-dessus un bosquet, le gnome avait retrouvé son équilibre par miracle. Il était tombé aux pieds d’un géant, heureusement, ce dernier était affalé par terre, sur le ventre, le visage enfoui dans la boue d’une mare. Retenant son souffle, le petit être avait progressé à pas de loup dans l’espoir de poursuivre sa route sans se faire remarquer. Ce n’était pas par manque de courage que le gnome n’avait pas voulu vérifier si le géant était bien mort, oh non ! C’était parce qu’il avait pour habitude de ne pas se mêler des affaires des autres. Et puis… il y avait le Sassor qui se rapprochait. Soudain, un bougonnement s’était fait entendre. Le fuyard était resté pétrifié. Le géant bougeait. Le gnome avait supplié l'Astre de feu que le colosse se rendorme. Mais l'Astre de feu n’avait pas entendu sa supplique. Le géant avait fini par se retourner sur le dos et avait posé un œil bleu ciel sur lui. 

— Aid…-moi ! avait-il lancé dans un gargouillis de terre et d’eau.

Le gnome avait bien décodé le message, mais il avait songé qu’il serait plus opportun de froncer ses épais sourcils pour montrer son incompréhension et, ainsi, poursuivre sa route comme si de rien n’était. Cependant, une main de belle dimension avait agrippé son mollet. Enclin au dialogue, le gnome s’était exprimé poliment : 

— Y’a un Sassor qui arrive juste derrière moi. Pouvez-vous, s’il vous plaît me lâcher, que je puisse continuer à courir pour me sauver le cuir ? 

C’était à cet instant précis que l’animal avait bondit de derrière le bosquet. Le gnome avait, sans le vouloir, laissé échapper un cri de frayeur. Le géant, en un éclair, s’était emparé de son bâton couché en long dans la boue et l’avait redressé, de manière à le planter dans le poitrail offert de l’animal, qui allait lui atterrir dessus. Le gnome se souvient encore du couinement sinistre de la fin de vie du Sassor.  

Voilà comment Beck le borgne est entré dans sa vie. Après avoir abusé du jus de houblon et de l’eau ardente, trop jeune pour savoir doser, il était sorti de la taverne et s’était perdu dans la forêt. Il avait failli mourir noyé dans la marre mais, au bruit des pas du gnome, un sursaut de vie lui avait permis de reprendre des forces. L’un et l’autre ont toujours été d’accord sur le fait qu’ils s’étaient mutuellement sauvé la vie. Même si le gnome reconnaît que ce n’était pas son intention, à ce moment-là ; réflexion qu’il garde pour lui. Depuis ce temps-là, les deux compagnons ne se sont plus jamais séparés. 

Sauf aujourd’hui. Le gnome émet une prière à l’attention de l’Astre de feu. Il pense à ses pochons pleins de poudre explosive, dommage qu’il ait perdu sa pierre à feu, ce matin, de toute façon, il n’aura pas le temps d’allumer une mèche pour faire sauter le dragon. Le gnome sort un écu doré de la poche droite de sa tunique. Il l’embrasse et tend son bras à travers les grilles de sa cage pour l’envoyer en l’air. C’est une tradition de gnome. Au moment de leur mort, ils doivent enterrer leurs trésors, en attendant qu’un autre vienne le chercher. L’écu s’envole et atterrit dans l’herbe. Le gnome hausse les épaules. Il n’aura même pas réussi l’accomplissement d’un dernier rite. Il voudrait pleurer sur son sort mais les larmes ne viennent pas. Il se rappelle que les gnomes ne pleurent pas. A trop vivre avec le borgne, il s’est pris pour un humain comme les autres. 

 

Il sursaute soudain. Une griffe énorme vient de se planter dans le panneau de bois au-dessus de sa tête. Le gnome s’assoit, joint ses petites mains aux doigts boudinés et attend…

— Tu vas te dépêcher de sortir de là ! crie Beck au-dessus de lui, perché sur le cou du dragon. Je savais bien que ce tordu de Charhom te prendrait pour un gamin ! Grâce à toi, on va trouver leur camp et les enfants disparus !

— Tu… tu m’as laissé me faire capturer exprès ? s’insurge le petit être à travers le trou dans le toit de la cage

— Toujours là, pour te sauver le cuir, le gnome !

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Séries fantastiques

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Publié le 29 Mai 2020

Schwartz envoya Little Boy, escorté par deux cavaliers, au camp des Shoshones, avec pour mission de convaincre Griffe d’Ours de se rendre, et de suivre l’armée, sans opposer de résistance. La réponse ne se fit pas attendre : Griffe d’Ours et ses guerriers combattraient les tuniques bleues jusqu’au dernier. Ce fut le message transmis en retour par Little Boy. Le même jour, Griffe d’Ours plaça le long de la rivière, tous ses guerriers et toutes les squaws armés d’arc et de couteaux. L’attente fut longue, les jours et les nuits passaient et aucun soldat n’apparaissait de l’autre côté de la rive. Si bien qu’après un certain temps, Griffe d’Ours décida d’envoyer son fils, Bison Fougueux, espionner le camp adverse pour savoir ce qu’il s’y préparait. Une surprise de taille attendait le jeune fils du chef. Plus aucun soldat n’était là. Les cavaliers avaient, semble-t-il, abandonné leur projet. Ils s’étaient volatilisés. Griffe d’Ours n’eut aucune explication à ce brusque revirement de situation, il crût que le commandant avait pris la sage décision de laisser son peuple vivre en paix. Pour cela, Griffe d’Ours fut reconnaissant aux visages pâles. Il fut convaincu qu’il ne serait plus jamais pourchassé. Or, il n’eut en réalité que quatre années de trêves.

En effet, la véritable explication à la disparition des tuniques bleues était toute autre. Un cavalier, envoyé par le lieutenant Malone, avait intimé l’ordre au commandant de rejoindre, le plus rapidement possible la Virginie. Il lui était demandé de se mettre sous les ordres du général Grant pour combattre les Confédérés du Général Lee. La guerre de sécession venait d’être déclarée. La priorité pour le Général Washington était de maintenir l’unité du pays. Assurer la sécurité dans les territoires non encore investis passait après.

La conquête de l’ouest attendrait. 

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Rédigé par William T.

Publié dans #Chroniques de William T.

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Publié le 28 Mai 2020

Pleasant River se trouvait à quatre jours de cheval pour un indien qui ne dormait pas. Il en fallu cinq à l’éclaireur à cause des conditions climatiques. Arrivé à proximité du village de Griffe d’Ours, Little Cloud, frigorifié et passablement affaibli par le voyage, fut fait prisonnier par une horde de guerriers. Il fut conduit devant leur chef qui, à la suite de ses révélations, prit comme première décision de faire attacher le traître au poteau de torture. Griffe d’Ours donna ensuite l’ordre de démonter les tipis, de fabriquer des brancards pour transporter les charges lourdes. La fuite de son peuple était indispensable pour préserver sa liberté, tous refusaient de mourir de maladie ou de finir alcooliques, dans une réserve.

Pour les Shoshones, la longue marche vers l’ouest commençait. 

Au cours de ce voyage, les difficultés furent innombrables. D’énormes quantités de neige ralentissaient leur progression, les rivières, aux courants dangereux, étaient presque infranchissables. La faune sauvage guettait leurs moindres faiblesses. Ils devaient s’arrêter chaque fois qu’une squaw accouchait. Les plus âgés, qui ne pouvaient plus suivre, étaient abandonnés. Plusieurs escarmouches eurent lieu avec d’autres tribus. L’idée de Griffe d’Ours était de mettre la plus grande distance entre lui et les tuniques bleues, et de trouver un endroit encore vierge de toute présence humaine.

Après avoir parcouru un territoire, qui plus tard s’appellerait l’Idaho, il décida d’arrêter cette marche pour la liberté dans une plaine qui offrait plusieurs avantages. Au nord, de hautes montagnes barraient la route à d’éventuels ennemis ; au sud, s’étendait une zone désertique nommée Petrified Forest — cette ancienne forêt de Séquoias géants avait été momifiée à la suite de sécheresses importantes — à l’est, la Snake River, que les Shoshones venaient péniblement de traverser, formait une frontière naturelle. 

Le peuple Shoshone avait enfin trouvé un lieu où reconstruire son village et reprendre le cours paisible de sa vie.

Au début du mois d’avril, le commandant Scharwtz quitta le fort à la tête de sa troupe, direction Pleasant River. Il ne se doutait pas de la surprise qui l’attendait. Après cinq jours de cheval, la colonne arriva enfin au village des Shoshones. La seule trace qui restait de leur présence était un poteau et un squelette attaché dessus. Il fut vite identifié comme étant Little Cloud. Le commandant comprit que le responsable de la fuite de Griffe d’Ours était le lieutenant Malone. Lui seul était dans la confidence de cette expédition. Le commandant réfléchit aux deux options qui s’offraient à lui : retourner à Fort Umbolt et mettre son adjoint aux arrêts ou, honorer l’ordre du Général, et poursuivre la tribu pour la conduire dans sa réserve. N’écoutant que son devoir, le commandant décida de retrouver Griffe d’Ours. Il ordonna à Little Beaver et Little Boy, ses deux éclaireurs, de suivre la piste empruntée par les Shoshones. 

La longue traque commença. Les soldats, comme les guerriers avant eux, rencontrèrent de multiples obstacles pour franchir les territoires de l’ouest, qui n’étaient sous aucun contrôle. Là-bas, les visages pâles étaient inconnus, hormis quelques trappeurs. Les tribus hostiles à leur présence les harcelèrent, occasionnant de nombreuses pertes humaines. L’un des deux charriots s’affaissa sous le poids de sa charge. Tout son contenu dévala une pente raide et, disparu dans un canyon. Certains jours, le commandant émettait des doutes sur sa décision à vouloir mener à terme une telle aventure. Pourtant, l’issue était proche. Little Beaver ramena de bonnes nouvelles, au retour de sa mission d’éclaireur : Griffe d’Ours et son peuple étaient installés, dans une plaine, au bord d’une rivière, à un jour de cheval. L’effort consenti par le commandant et ses hommes était enfin récompensé. 

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Rédigé par William T.

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Publié le 27 Mai 2020

Miracle à la Snake River

 

Mars 1861

Fort Umbolt - Minnesota, 32ème état de l’Union, fondé en 1858.

 

Le fort Umbolt, dirigé par le commandant Otto Schwartz abritait la 4ème compagnie de cavalerie, forte de 150 hommes. Le fort se trouvait à cheval entre la frontière du Minnesota et les territoires de l’ouest, encore vierges de toutes traces de l’homme blanc. Seuls quelques trappeurs y tentaient l’aventure pour chasser la fourrure. Les tribus indiennes se déplaçaient en toute liberté, dans ces grands espaces. Mais, pas pour longtemps. 

Le Commandant Schwartz était originaire de Prusse Orientale. Ses parents étaient arrivés sur le nouveau continent en 1815. Otto était né cinq ans plus tard. Après une enfance misérable, il était entré dans la prestigieuse académie militaire de West Point, et en était ressorti major de sa promotion, avec le grade de lieutenant. C’est durant les guerres indiennes, qu’il acquit ses galons de commandant. Ses origines prussiennes faisaient de lui un militaire discipliné, obéissant, incorruptible, et surtout intransigeant sur les ordres reçus. 

Au fort Umbolt, il avait pour adjoint, le lieutenant Timothy Malone. Un officier moins strict qui préférait le dialogue et la tolérance, à la manière forte. Les accrochages entre les deux hommes étaient coutumiers. Ce jour-là, une énième dispute avait lieu dans le bureau du commandant :

— Timothy, vous n’avez pas à discuter un ordre ! Le Général Washington m’a confié la mission de conduire la tribu des Shoshones dans une réserve. Des migrants arrivent par milliers dans notre pays. Ils réclament des terres pour installer leurs familles. C’est à nous de leur faciliter la tâche. Il n’est pas question qu’ils croisent des indiens sauvages et violents qui pourraient les massacrer.

— Commandant ! Si je puis me permettre, les Shoshones sont une tribu pacifique. Il n’y a eu aucun incident jusqu’à présent avec eux. Leur chef, Griffe d’Ours, est un homme de paix.

— Lieutenant ! Vous avez fait West Point ? Vous n’avez pas oublié la devise de l’école : « Obéissance – Discipline. ». 

— Commandant, sauf votre respect, les territoires de l’ouest sont suffisamment grands pour toute le monde.

— Timothy, n’insistez pas. Je partirai au mois d’avril, il y a encore trop de neige en ce moment. J’emmènerai cent cavaliers, deux chariots avec de la nourriture et de la poudre. Nous ferons lever le camp à ces Shoshones. Pendant ce temps, vous, vous prendrez le commandement du fort. Ceci est un ordre !

Le lieutenant sortit du bureau contrarié et peu enclin à obéir à son supérieur. Il prit la décision d’agir au plus vite. Il convoqua dans son bureau Little Cloud, un des trois éclaireurs que l’armée entretenait. Ces indiens servaient de pisteurs et d’interprètes. Le lieutenant mit Little Cloud dans la confidence de son projet :

— Tu vas te rendre à Pleasant River pour avertir le chef Griffe d’Ours que dans une lune, les tuniques bleues vont venir dans l’intention de conduire son peuple dans une réserve. C’est un secret entre toi et moi, personne ne doit être au courant. Tu quitteras le fort, sous le prétexte d’une journée de chasse.

Le lieutenant ne se doutait pas qu’il ne reverrait plus jamais Little Cloud. 

L’indien hocha la tête plusieurs fois pour montrer son assentiment, tout en sachant à quoi s’attendre. Les Shoshones, comme les autres tribus, avaient pour habitude d’éliminer les traîtres à la nation indienne. 

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Rédigé par William T.

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Publié le 27 Mai 2020

" Mes rêves transfigurent le futur." 

Marc Transsvert.

 

Nuit 1 : 6 avril, 00h01 

Marc se voit en train d’effleurer du bout des doigts les cheveux d’une jeune fille, allongée dans un près. Elle porte à son cou une médaille où est gravé son prénom : Cindy. Elle a la tête posée sur son coude replié. Un bouton de son chemisier a sauté, laissant apparaître la dentelle souillée de son soutien-gorge. Elle a perdu sa jupe et son slip est déchiré. 

Le regard de Marc s’arrête un instant sur la chaînette, incrustée dans la chair enflée de la cheville gauche. Cindy a dû courir et tomber, se dit-il. Puis, il analyse la posture du corps et en déduit que le tueur est un pervers bien ordonné, qui a pris soin de mettre en scène sa victime. On la dirait endormie gentiment dans l’herbe. Si ce n’était le sang, répandu sur sa peau hâlée et la plaie béante qui fend son abdomen, on pourrait la croire en pleine sieste, par ce bel après-midi d’été. 

Toujours le même modus operandi.

— Le médecin légiste est là ! indique le gendarme à côté de lui.

Marc se redresse. Il n’a pourtant pas envie de quitter la petite. Ses joues possèdent encore des rondeurs enfantines et son vernis à ongles a une couleur de bonbon acidulé. Il jette un regard alentours, tous les yeux sont braqués sur lui. Sa réputation l’a précédé. Certains attendent son verdict, d’autres ont ce petit air narquois qui en dit long. Marc en a ras le bol de leur scepticisme. Il est le meilleur dans ce qu’il fait. Il le leur prouvera.

L’image devient floue

Nuit 2 : 7 avril, 00h01 

Marc se tient à la même place que la veille, accroupi au-dessus d’un cadavre qui n’est plus là, emporté par le médecin légiste dans sa camionnette frigorifique. Marc est probablement revenu ici pour « respirer » les lieux, comme il dit. La douleur laisse toujours une trace. La peur, au même titre que le sang imbibe les tissus, libère des ondes presque palpables. Sur les lieux d’un acte barbare, l’intensité des émotions et des sentiments est telle qu’elle imprègne la matière. La volonté morbide est si forte, comme l’espoir de survivre, qu’ils s’enracinent, pour un temps, dans les éléments solides du décor. Ici, en campagne, Marc va ressentir tout cela en touchant l’herbe, en humant l’air, en malaxant la terre, en se couchant à la place du cadavre pour laisser les vibrations, encore présentes, le pénétrer.

Il va tenter de revivre le meurtre de la jeune fille. C’est pour ça qu’on le paie. 

— Parles-moi, Cindy ! dit-il à haute voix.

L’image devient floue.

Nuit 3 : 8 avril, 00h01 

Cindy vient de quitter le bar, sur la place du village ou trône une fontaine, surplombée par une mini Statue de la liberté. Pourquoi se met-elle à courir, arrivée en haut de la côte ? Cindy est poursuivie, un homme s’est emparé de son vélo et l’a jeté dans le champ. Il se précipite derrière elle. Il est plus lourd. C’est une chance ! Elle est jeune et peut le distancer. Mais l’homme veut cette gamine plus que tout au monde. Ça se voit dans ses yeux écarquillés par l’effort, dans sa lèvre inférieure pendante, ornée de filets de bave aux commissures. Il se rapproche. Cindy correspond sûrement à ce qu’il cherche, elle est fraîche, pure, une fleur à cueillir avant que d’autres ne la salissent. La chaîne à sa cheville scintille dans la nuit. Cindy pose le pied sur une grosse pierre qui bascule, elle crie et s’effondre à terre. L’homme a gagné. Il se tient au-dessus d’elle et hâlette bruyamment. Cindy aussi a le souffle court. Elle découvre les mains énormes de son agresseur. Lentement, elle se fige. Une angoisse viscérale la paralyse. 

L’image devient floue.

Nuit 4 : 9 avril, 00h01

Marc entend le hurlement de terreur de Cindy s'achever dans un cri étouffé. L’homme l'a bâillonnée d’une main en lui tordant le bras avec l’autre. Il se tient si près de la jeune fille que sa respiration envahit ses oreilles. Une vaine colère provoque chez Cindy un dernier sursaut de vitalité. Elle se met à donner des coups de pieds dans tous les sens, en pleurant, parce que sa cheville est en miette. À travers un rideau de larmes, elle commence à distinguer les traits de son agresseur. 

— Oui, c’est bien ! Continue Cindy, regarde-le avec attention. 

Marc voit le front court, les yeux marrons, les sourcils fournis, le nez épaté, les lèvres épaisses. Le portrait-robot est assez précis. L’homme sort un couteau et le métal luit sous le croissant de lune. La lame est pointue et dentelée. Elle a déjà servi, l'acier est émoussé.

Il découpe sûrement des animaux d’habitude, avec ce genre d’objet.

— Cindy, demande-lui qui il est ?

La jeune fille obéit à elle ne sait quelle impulsion et parvient à libérer le coin de sa bouche.

— Attends ! supplie-t-elle, dis-moi ton nom, avant de me tuer.

Il colle son nez sur celui de Cindy et plonge dans son regard. Elle arrête de froncer les sourcils, se détend. Dernier round. Elle prend son air le plus ingénu, pour rendre sa supplique candide. 

— Charles, je m’appelle Charles, lui chuchote-t-il, au plus près. J’aime traquer ma proie, l’embrocher et l’étrangler avant de la dépecer…

— Tu es un chasseur, Charles ! prononce la jeune fille malgré elle. Tu as appris ça, où ?

— Qu’est-ce qu’on s’en fout !

— Ça m’intéresse, moi, insiste-t-elle.

Il demeure silencieux un quart de seconde puis répond :

— Je viens de l'Aube, c’est là que je suis né. J’y ai étripé des animaux bien plus lourds que toi. Je suis doué pour l’équarrissage me disait mon patron.

L’homme n'a plus envie de parler. Sa respiration redevient saccadée. Cindy invoque son Dieu, intérieurement, pour que la douleur à son entrejambe cesse. La délivrance arrive enfin, mais elle est précédée par un râle d'agonie. 

Marc, quant à lui, a suffisamment d'éléments pour enquêter.

L’image devient floue.

Jour 5 : 10 avril, 23h12

— Allo, Mr Transsvert ? Ça va ? Bon, la description que vous m'avez donnée correspond à : Charles Laboisier, né à Amance, département de l'Aube, le 9 mai 1980. On le trouve où, d’après vous, en ce moment ?

— Je l’ai sous les yeux. Il est accoudé au comptoir du bar, répond Marc tranquillement.

— Je ne sais pas si vous êtes un devin ou un charlatan, en tout cas, vous êtes très fort. Et la gamine ? Elle est en vie ?

— Elle discute avec sa bande de potes, à l’autre bout de la salle. Charles la surveille, il va passer à l’acte dès qu’elle ira récupérer son vélo pour rentrer chez elle. Elle ne sait pas encore qu’elle est en danger. Heureusement, que je suis là et que je rêve.

— Alors, c’est ce soir que ça va se passer ! Comment vous faites ? Je n’ai toujours pas compris.

— Moi non plus, vous savez. C’est guère maîtrisable. Pendant quatre nuits, avant que ça n’arrive, je me vois intervenir sur une scène de crime et je visualise aussi le moment du meurtre. Mon challenge, c’est d’arriver à découvrir où cela se passe et qui est concerné. Je suis tellement pris dans ce fantasme que parfois, j’ai l’impression d’en être l'un des acteurs. L’autre nuit, je suis arrivé à parler à Cindy et j’ai même réussi à m’exprimer à travers elle. En fait, plus ça va, plus je deviens bon et tout ça, malgré les critiques.

— L’essentiel, c’est que ça ne vous monte pas à la tête. Bon, un message a été envoyé à la gendarmerie. Ils seront là d’ici quelques minutes. Cette fois, on tient « le dépeceur ».

— Vous allez attendre le flagrant délit ou le cueillir avant ?

— Avant. On ne mettra pas la vie de la petite en danger. Il nous faut juste l'ADN de Charles pour le comparer aux affaires en cours. Je suis sûr qu'il va correspondre. Ne vous inquiétez pas, on ne le lâchera pas.

— Il ne faut pas non, en effet. Ce type est un monstre qui tue sauvagement. Il n'a aucun sens esthétique, et pas plus de respect pour ses victimes. Il n'est pas digne d'être jugé, il faudrait l'éliminer de la même manière qu'il procède. Sachez que je lui ai parlé. Il est dépourvu d'intelligence. Heureusement que mes rêves transfigurent le futur.

L’autre raccroche en se disant que le rêveur est vraiment un type bizarre.  

 

Marc a les coudes posés sur le zinc. Ses rêves prémonitoires lui permettent de contrôler le futur et, de temps en temps, de manipuler les évènements. Il jette un coup d’œil au fond du bar, Charles Laboisier est ivre mort sur une chaise. Il a particulièrement apprécié le whisky de douze ans d’âge. Ce soir, il ne tuera personne. Dehors, Cindy enfourche son vélo.

Marc glisse au bas du tabouret et quitte le bar. Il sort juste après la jeune fille.

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Séries fantastiques

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Publié le 26 Mai 2020

Parallèlement à cette passion américaine, William est doué pour imaginer des histoires. Il lit beaucoup depuis qu’il est petit. Il n’a comme diplôme qu’un certificat d’études et il peine à trouver le bon vocabulaire pour exprimer les idées qui lui courent dans la tête. Peu importe, il ne fait lire ses écrits à personne. L’essentiel pour lui, c’est : s’exprimer. Alors, il écrit une pièce de théâtre, des histoires policières, il raconte sa vie à Rians. Mais surtout, il parle de l’Amérique. Il réunit ses deux passions, en couchant sur le papier des histoires d’indiens et de cow-boys et autres aventures. Son unique lectrice est son épouse, Michèle, qui corrige les fautes et donne son avis. 

 

Aujourd’hui, âgé de presque 83 ans, il était temps que quelqu’un d’autre lise au moins l’une de ses histoires…

 

Vous l’aurez deviné (ou pas), William est mon papa et je vais, cette semaine, vous proposer de lire l’un de ses récits : Miracle à la Snake River.

 

Amusez-vous bien !  

La suite demain…

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Divers écrits

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Publié le 25 Mai 2020

Cette semaine, je vais vous raconter l’histoire vraie d’une passion. Elle commence chez un tout jeune garçon, il y a bien longtemps…

 

Ce petit garçon s’appelle William, il est né le 28 septembre 1937, à Aix en Provence. Il a été prénommé ainsi parce que sa marraine adorait William Powell, acteur américain des années 30. 

 

Pendant la deuxième guerre mondiale, son père Robert, gendarme de profession avait été mobilisé sur Paris. La maman de William, Rose, était partie avec son mari et avait confié son fils à ses parents, Lucie et Jean-Baptiste qui habitaient le village de Rians, dans le Var...

 

La guerre est sur le point de s’achever quand, à l’été 1944, la libération du Var commence. Le village de Rians voit débarquer, le 20 août, les GI’s, tous vêtus de leurs beaux uniformes flambant neuf. Le petit William est fasciné par ses soldats américains qui roulent dans des superbes Jeeps, mâchent du chewing gum et distribuent des sachets de soupes déshydratées. Il fréquente pendant quelques jours le campement des Boys qui lui donnent du Corned Beef en boite, du chocolat en tablette, des cigarettes. Il les entend parler anglais. C’est la première fois qu’il entend cette langue et elle lui plait.  

 

À presque 7 ans, William, avec ce prénom si surprenant pour un petit provençal, se met à rêver que d’une chose : tout savoir sur les États-Unis d’Amérique et qui sait, peut-être s'y rendre un jour... Tout au long de sa vie, il va se documenter sur ce pays. Il va apprendre son histoire, sa géographie, sa politique, le nom de tous ses présidents, la vie des cow-boys. Il fréquentera toutes les salles de cinéma qui diffusent des Westerns. Il collectionnera tous les magazines qui en parlent. Il achètera un livre : "La Méthode Assimil" pour apprendre l’anglais. Il a du mal avec l’accent, parce que bien sûr, au cours de sa vie, il ne croise pas d’anglais ni d’américain avec qui échanger. Mais, il parvient à retenir un grand nombre de mots et quelques règles de grammaire. Il peut écrire. Alors, il cherche des correspondants américains et il les trouve, grâce à un magazine international. William envoie des centaines de lettres en Californie, en Floride ou en Illinois. Son rêve se réalise en partie. Ses correspondants lui décrivent leur vie américaine et William ne cessera jamais de leur demander des pin’s, plaques d’immatriculation, écussons, casquettes et tout un tas d’objets qu’il garde précieusement.

La suite demain…

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Divers écrits

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Publié le 22 Mai 2020

Jour 5 : 10 avril, 23h12

— Allo, Mr Transsvert ? Ça va ? Bon, la description que vous m'avez donnée correspond à : Charles Laboisier, né à Amance, département de l'Aube, le 9 mai 1980. On le trouve où, d’après vous, en ce moment ?

— Je l’ai sous les yeux. Il est accoudé au comptoir du bar, répond Marc tranquillement.

— Je ne sais pas si vous êtes un devin ou un charlatan, en tout cas, vous êtes très fort. Et la gamine ? Elle est en vie ?

— Elle discute avec sa bande de potes, à l’autre bout de la salle. Charles la surveille, il va passer à l’acte dès qu’elle ira récupérer son vélo pour rentrer chez elle. Elle ne sait pas encore qu’elle est en danger. Heureusement, que je suis là et que je rêve.

— Alors, c’est ce soir que ça va se passer ! Comment vous faites ? Je n’ai toujours pas compris.

— Moi non plus, vous savez. C’est guère maîtrisable. Pendant quatre nuits, avant que ça n’arrive, je me vois intervenir sur une scène de crime et je visualise aussi le moment du meurtre. Mon challenge, c’est d’arriver à découvrir où cela se passe et qui est concerné. Je suis tellement pris dans ce fantasme que parfois, j’ai l’impression d’en être l'un des acteurs. L’autre nuit, je suis arrivé à parler à Cindy et j’ai même réussi à m’exprimer à travers elle. En fait, plus ça va, plus je deviens bon et tout ça, malgré les critiques.

— L’essentiel, c’est que ça ne vous monte pas à la tête. Bon, un message a été envoyé à la gendarmerie. Ils seront là d’ici quelques minutes. Cette fois, on tient « le dépeceur ».

— Vous allez attendre le flagrant délit ou le cueillir avant ?

— Avant. On ne mettra pas la vie de la petite en danger. Il nous faut juste l'ADN de Charles pour le comparer aux affaires en cours. Je suis sûr qu'il va correspondre. Ne vous inquiétez pas, on ne le lâchera pas.

— Il ne faut pas non, en effet. Ce type est un monstre qui tue sauvagement. Il n'a aucun sens esthétique, et pas plus de respect pour ses victimes. Il n'est pas digne d'être jugé, il faudrait l'éliminer de la même manière qu'il procède. Sachez que je lui ai parlé. Il est dépourvu d'intelligence. Heureusement que mes rêves transfigurent le futur.

L’autre raccroche en se disant que le rêveur est vraiment un type bizarre.  

 

Marc a les coudes posés sur le zinc. Ses rêves prémonitoires lui permettent de contrôler le futur et, de temps en temps, de manipuler les évènements. Il jette un coup d’œil au fond du bar, Charles Laboisier est ivre mort sur une chaise. Il a particulièrement apprécié le whisky de douze ans d’âge. Ce soir, il ne tuera personne. Dehors, Cindy enfourche son vélo.

Marc glisse au bas du tabouret et quitte le bar. Il sort juste après la jeune fille.

 

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Séries fantastiques

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Publié le 21 Mai 2020

Nuit 4 : 9 avril, 00h01

Marc entend le hurlement de terreur de Cindy s'achever dans un cri étouffé. L’homme l'a bâillonnée d’une main en lui tordant le bras avec l’autre. Il se tient si près de la jeune fille que sa respiration envahit ses oreilles. Une vaine colère provoque chez Cindy un dernier sursaut de vitalité. Elle se met à donner des coups de pieds dans tous les sens, en pleurant, parce que sa cheville est en miette. À travers un rideau de larmes, elle commence à distinguer les traits de son agresseur. 

— Oui, c’est bien ! Continue Cindy, regarde-le avec attention. 

Marc voit le front court, les yeux marrons, les sourcils fournis, le nez épaté, les lèvres épaisses. Le portrait-robot est assez précis. L’homme sort un couteau et le métal luit sous le croissant de lune. La lame est pointue et dentelée. Elle a déjà servi, l'acier est émoussé.

Il découpe sûrement des animaux d’habitude, avec ce genre d’objet.

— Cindy, demande-lui qui il est ?

La jeune fille obéit à elle ne sait quelle impulsion et parvient à libérer le coin de sa bouche.

— Attends ! supplie-t-elle, dis-moi ton nom, avant de me tuer.

Il colle son nez sur celui de Cindy et plonge dans son regard. Elle arrête de froncer les sourcils, se détend. Dernier round. Elle prend son air le plus ingénu, pour rendre sa supplique candide. 

— Charles, je m’appelle Charles, lui chuchote-t-il, au plus près. J’aime traquer ma proie, l’embrocher et l’étrangler avant de la dépecer…

— Tu es un chasseur, Charles ! prononce la jeune fille malgré elle. Tu as appris ça, où ?

— Qu’est-ce qu’on s’en fout !

— Ça m’intéresse, moi, insiste-t-elle.

Il demeure silencieux un quart de seconde puis répond :

— Je viens de l'Aube, c’est là que je suis né. J’y ai étripé des animaux bien plus lourds que toi. Je suis doué pour l’équarrissage me disait mon patron.

L’homme n'a plus envie de parler. Sa respiration redevient saccadée. Cindy invoque son Dieu, intérieurement, pour que la douleur à son entrejambe cesse. La délivrance arrive enfin, mais elle est précédée par un râle d'agonie. 

Marc, quant à lui, a suffisamment d'éléments pour enquêter.

L’image devient floue.

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Séries fantastiques

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Publié le 20 Mai 2020

Nuit 3 : 8 avril, 00h01 

Cindy vient de quitter le bar, sur la place du village ou trône une fontaine, surplombée par une mini Statue de la liberté. Pourquoi se met-elle à courir, arrivée en haut de la côte ? Cindy est poursuivie, un homme s’est emparé de son vélo et l’a jeté dans le champ. Il se précipite derrière elle. Il est plus lourd. C’est une chance ! Elle est jeune et peut le distancer. Mais l’homme veut cette gamine plus que tout au monde. Ça se voit dans ses yeux écarquillés par l’effort, dans sa lèvre inférieure pendante, ornée de filets de bave aux commissures. Il se rapproche. Cindy correspond sûrement à ce qu’il cherche, elle est fraîche, pure, une fleur à cueillir avant que d’autres ne la salissent. La chaîne à sa cheville scintille dans la nuit. Cindy pose le pied sur une grosse pierre qui bascule, elle crie et s’effondre à terre. L’homme a gagné. Il se tient au-dessus d’elle et hâlette bruyamment. Cindy aussi a le souffle court. Elle découvre les mains énormes de son agresseur. Lentement, elle se fige. Une angoisse viscérale la paralyse. 

L’image devient floue.

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Séries fantastiques

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