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Publié le 4 Juin 2020

Le Gnome

Clôture 803 après la naissance du premier homme

 

« Ah ! Le gnome. C’est un bon compagnon ! Bavard et piètre chasseur, mais il a du cœur. Il lui manque quelques pousses de haut. J’aurais moins de honte à lui rabattre son caquet, s’il était à mon niveau. Faut pas qu’il s’inquiète, je serai toujours là pour lui sauver le cuir des fesses. »

Beck le borgne    

 

Ce matin, quand le gnome se tenait debout, au-dessus de l’étang, et qu’il a mesuré son reflet dans l’eau verdâtre, il ne s’est pas trouvé si petit que ça. Il a même considéré qu’il était de taille correcte. À présent qu’il est enfermé dans une cage en bois, ridiculement étroite, posée à l’arrière d’une charrette, il est obligé de reconnaître que son évaluation était peut-être exagérée. Évidemment, comparé à son ami Beck le borgne, il est minuscule. Ce dernier est un rude gaillard de sept pieds de haut, dont la largeur d’épaules équivaut à toute la hauteur du gnome. Cette idée fait glousser le petit être. Glousser, c’est d’ailleurs tout ce qu’il peut se permettre pour afficher son contentement. Sa lèvre inférieure est proéminente et couvre sa lèvre supérieure. S’il osait sourire, cela ressemblerait plus à une vilaine grimace qu’à une joviale émotion. Pourtant, il a essayé maintes fois d’afficher sa plénitude en relevant les coins de sa bouche, comme le fait le borgne devant un bon lapin rôti. Le visage de Beck s’illumine, alors et devient beau. Pour le gnome, c’est différent : quand il sourit, on dirait qu’il souffre. C’est Beck qui le lui a dit.

 

Bref. L'Astre de feu va bientôt disparaître derrière les plus grands arbres de cette forêt et pas de trace du borgne. Le gnome colle son front contre les barreaux de sa prison. Il se demande où peut bien se cacher son compagnon d’aventures. Dans les buissons sur le bas-côté de la route, afin de surgir comme un Sassor, les babines retroussées ? Dans un arbre, prêt à tomber d’une branche, comme un Zélat avec ses mains énormes ? Derrière cette fichue charrette, courant pour la rattraper, rapide comme un Gigan pure race ? Le gnome s’impatiente. La petite cage brinquebale chaque fois qu’une roue croise un caillou. Il a mal partout. Il voudrait râler. Quand quelque chose ne va pas, il a l’habitude de se plaindre à voix haute et le borgne l’écoute sans broncher. Son compagnon de route n’est pas délicat ; c’est plutôt un combattant tenace qui parle peu mais il sait tendre une oreille bienveillante, quand le gnome raconte ses malheurs. Or, là, il n’a personne à qui se plaindre, d’autant que le conducteur de la charrette ne le comprendra pas puisqu’il ne parle pas la même langue. Le gnome le sait parce qu’il n’a pas réagi un peu plus tôt, quand il l’a insulté. 

La voiture fait une embardée après qu’une des roues a franchi une grosse pierre. Le gnome se cogne la tête. Il beugle :

— Aïe !

Le charretier se retourne et lui crache dessus. Le gnome s’essuie le visage. Il préfère reprendre le cours de ses pensées au lieu de se laisser envahir par la colère. Il sait bien gérer ses sentiments. C’est assez facile : il en a peu. Il était donc en train de se dire que le borgne était un compagnon très attentif. Quoique, en y réfléchissant bien, il se demande si Beck l’écoute ou s’il ne fait pas semblant. C’est un point crucial qu’il faudra qu’il éclaircisse quand il le reverra. 

— Puterelle ! Où es-tu le borgne ? lâche-t-il à la volée. Tu ne vas pas me laisser croupir dans cette misérable geôle !

Mais où donc son charretier l’emmène-t-il ? Le gnome voit son dos osciller au rythme de leur cheminement sur cet étroit sentier. Quand il pense qu’il s’est bêtement fait piéger par un Charhom ! 

Les Charhoms sont des bâtards d’humains. Leur existence est une infamie. Il y a longtemps, après l’attaque de plusieurs villages par des Charognards, des femmes ont donné naissance à cette sous-espèce. Les Charognards sont des créatures sans foi ni loi. Ils habitent de l’autre côté de la grande mer, à l’extrême ouest, dans la région de l’Oubli. Ce ne sont ni des aventuriers, ni des guerriers, et encore moins des conquérants. Ils se contentent de vivre sur un tas de déchets, en mangeant les restes qu’abandonnent les autres habitants de la région de l’Oubli. Ils se déplacent à quatre pattes et leurs faces sont hideuses. On les disait dociles et dépendants, mais un jour, pour on ne sait quelle raison, une bande d’entre eux est parvenue à franchir la grande mer et a envahi un village d’humains. Après l’avoir pillé, ils ont tué les hommes et abusé des femmes. Les légendes racontent que la magie a dû se mêler à l’affaire, parce qu’on n’avait jamais vu de Charognards aussi vindicatifs. Forts de leur réussite, ils ont recommencé à différents endroits, jusqu’à ce qu’on finisse par les anéantir, quelques Clôtures plus tard. Les femmes enceintes de leurs progénitures ont été bannies. Elles ont donné naissance aux Charhoms dans les forêts. 

Des humains, ces derniers ont hérité la stature et la morphologie : une tête, deux bras, deux jambes. Des Charognards, ils ont pris les yeux blancs, enfoncés dans des orbites cernées de noirs, le nez crochu et les lèvres charnues, toujours recouvertes de croûtes parce leurs grosses canines se plantent souvent dedans, causant des plaies. Le gnome se dit que la nature n’est pas si bien faite. Pourquoi donner des lèvres aussi épaisses à des bêtes qui ont des dents aussi pointues ? Forcément, quand ils mâchent, il se mordent. 

Il peste intérieurement. Se faire capturer par un Charhom, c’est plus honteux qu’autre chose ! Ces êtres-là sont craintifs, en temps normal. Rejetés par les humains comme par les Charognards, ils forment une communauté discrète qui vit dans la forêt. Ils se déplacent souvent et sont pacifiques. Quoique ! Certaines disparitions d’enfants humains pourraient leur être attribuées. Rien n’a été prouvé, mais chaque fois qu’on perd un gamin, on constate qu’un camp de Charhoms est installé pas loin. Coïncidence ? 

Quand, au lever du jour, l’un d’eux a sauté sur le gnome pour le faire prisonnier, Beck était parti chasser plus loin dans la forêt. Il n’a sûrement rien entendu. 

Le gnome se demande si le Charhom ne l’aurait pas pris pour un enfant…

  

Il en est là de ses réflexions quand il entend, derrière la charrette, un mugissement redoutable. Il se dit, qu’enfin, le borgne a daigné venir le sauver. Il se contorsionne dans son espace réduit pour voir ce qui se passe à l’arrière. Il soulève ses lourdes paupières et aperçoit une ombre qui se dessine sur le chemin. Au fur et à mesure que la charrette prend de la vitesse pour s’éloigner du danger, l’ombre grossit à vue d’œil. Non, le borgne n’est pas aussi grand ! Voilà autre chose ! 

Subitement, le Charhom décide de fuir, mais seul. Il tire fort sur les rênes de sa mule pour stopper sa voiture. Il saute à terre et détale en se frayant un passage dans les fourrés. Mince ! ça s’annonce mal !

Un monstre gigantesque vient de descendre du ciel. Le sol tremble quand il se pose sur la terre ferme. Le gnome demeure figé. Il sent un filet de bave qui s’échappe au coin de sa bouche ; il le retient en l’aspirant bruyamment. La bête s’assoit sur ses deux pattes arrière, sa lourde queue balaie la poussière. Le gnome se fait mal au cou pour deviner à quoi ressemble sa tête. Au passage, il remarque la taille des serres de ses pattes avant. La créature se penche vers lui. Elle possède un long museau, sa peau est recouverte d’écailles, ses narines expirent une fumée blanche. Ses yeux jaunes fixent le prisonnier. Le gnome voit des cornes orner son crâne. Il n’a jamais croisé de pareil animal. Il s’agit sûrement d’un dragon. Le gnome ne les connait que de nom, et cela suffit pour savoir qu’ils crachent du feu.

Le petit être réalise que sa vie ne tient qu’à un fil… ou deux. En effet, soit il va finir écrasé par l’une des grandes pattes griffues, soit il va mourir brûlé. Il contemple la gueule parée de dents immenses. Elles sont bien trop nombreuses pour appartenir à un herbivore, donc, le gnome en conclut qu’une troisième option s’offre à lui : il va se faire dévorer. 

En quelques minutes, sa vie défile sous ses yeux. Depuis sa naissance, il y a deux cents Clôtures, dans la forêt de Bra, jusqu’à sa rencontre avec Beck le borgne. À cette époque, le gnome errait seul dans les bois. Tout se passait bien pour lui, jusqu’au moment où, au détour d’un chemin, un Sassor lui était apparu. L’animal à quatre pattes, au corps affuté et aux yeux rouges le menaçait en grognant. La seule issue était de faire demi-tour et de s’enfuir à toutes jambes. Sautant par-dessus un bosquet, le gnome avait retrouvé son équilibre par miracle. Il était tombé aux pieds d’un géant, heureusement, ce dernier était affalé par terre, sur le ventre, le visage enfoui dans la boue d’une mare. Retenant son souffle, le petit être avait progressé à pas de loup dans l’espoir de poursuivre sa route sans se faire remarquer. Ce n’était pas par manque de courage que le gnome n’avait pas voulu vérifier si le géant était bien mort, oh non ! C’était parce qu’il avait pour habitude de ne pas se mêler des affaires des autres. Et puis… il y avait le Sassor qui se rapprochait. Soudain, un bougonnement s’était fait entendre. Le fuyard était resté pétrifié. Le géant bougeait. Le gnome avait supplié l'Astre de feu que le colosse se rendorme. Mais l'Astre de feu n’avait pas entendu sa supplique. Le géant avait fini par se retourner sur le dos et avait posé un œil bleu ciel sur lui. 

— Aid…-moi ! avait-il lancé dans un gargouillis de terre et d’eau.

Le gnome avait bien décodé le message, mais il avait songé qu’il serait plus opportun de froncer ses épais sourcils pour montrer son incompréhension et, ainsi, poursuivre sa route comme si de rien n’était. Cependant, une main de belle dimension avait agrippé son mollet. Enclin au dialogue, le gnome s’était exprimé poliment : 

— Y’a un Sassor qui arrive juste derrière moi. Pouvez-vous, s’il vous plaît me lâcher, que je puisse continuer à courir pour me sauver le cuir ? 

C’était à cet instant précis que l’animal avait bondit de derrière le bosquet. Le gnome avait, sans le vouloir, laissé échapper un cri de frayeur. Le géant, en un éclair, s’était emparé de son bâton couché en long dans la boue et l’avait redressé, de manière à le planter dans le poitrail offert de l’animal, qui allait lui atterrir dessus. Le gnome se souvient encore du couinement sinistre de la fin de vie du Sassor.  

Voilà comment Beck le borgne est entré dans sa vie. Après avoir abusé du jus de houblon et de l’eau ardente, trop jeune pour savoir doser, il était sorti de la taverne et s’était perdu dans la forêt. Il avait failli mourir noyé dans la marre mais, au bruit des pas du gnome, un sursaut de vie lui avait permis de reprendre des forces. L’un et l’autre ont toujours été d’accord sur le fait qu’ils s’étaient mutuellement sauvé la vie. Même si le gnome reconnaît que ce n’était pas son intention, à ce moment-là ; réflexion qu’il garde pour lui. Depuis ce temps-là, les deux compagnons ne se sont plus jamais séparés. 

Sauf aujourd’hui. Le gnome émet une prière à l’attention de l’Astre de feu. Il pense à ses pochons pleins de poudre explosive, dommage qu’il ait perdu sa pierre à feu, ce matin, de toute façon, il n’aura pas le temps d’allumer une mèche pour faire sauter le dragon. Le gnome sort un écu doré de la poche droite de sa tunique. Il l’embrasse et tend son bras à travers les grilles de sa cage pour l’envoyer en l’air. C’est une tradition de gnome. Au moment de leur mort, ils doivent enterrer leurs trésors, en attendant qu’un autre vienne le chercher. L’écu s’envole et atterrit dans l’herbe. Le gnome hausse les épaules. Il n’aura même pas réussi l’accomplissement d’un dernier rite. Il voudrait pleurer sur son sort mais les larmes ne viennent pas. Il se rappelle que les gnomes ne pleurent pas. A trop vivre avec le borgne, il s’est pris pour un humain comme les autres. 

 

Il sursaute soudain. Une griffe énorme vient de se planter dans le panneau de bois au-dessus de sa tête. Le gnome s’assoit, joint ses petites mains aux doigts boudinés et attend…

— Tu vas te dépêcher de sortir de là ! crie Beck au-dessus de lui, perché sur le cou du dragon. Je savais bien que ce tordu de Charhom te prendrait pour un gamin ! Grâce à toi, on va trouver leur camp et les enfants disparus !

— Tu… tu m’as laissé me faire capturer exprès ? s’insurge le petit être à travers le trou dans le toit de la cage

— Toujours là, pour te sauver le cuir, le gnome !

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Séries fantastiques

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Publié le 27 Mai 2020

" Mes rêves transfigurent le futur." 

Marc Transsvert.

 

Nuit 1 : 6 avril, 00h01 

Marc se voit en train d’effleurer du bout des doigts les cheveux d’une jeune fille, allongée dans un près. Elle porte à son cou une médaille où est gravé son prénom : Cindy. Elle a la tête posée sur son coude replié. Un bouton de son chemisier a sauté, laissant apparaître la dentelle souillée de son soutien-gorge. Elle a perdu sa jupe et son slip est déchiré. 

Le regard de Marc s’arrête un instant sur la chaînette, incrustée dans la chair enflée de la cheville gauche. Cindy a dû courir et tomber, se dit-il. Puis, il analyse la posture du corps et en déduit que le tueur est un pervers bien ordonné, qui a pris soin de mettre en scène sa victime. On la dirait endormie gentiment dans l’herbe. Si ce n’était le sang, répandu sur sa peau hâlée et la plaie béante qui fend son abdomen, on pourrait la croire en pleine sieste, par ce bel après-midi d’été. 

Toujours le même modus operandi.

— Le médecin légiste est là ! indique le gendarme à côté de lui.

Marc se redresse. Il n’a pourtant pas envie de quitter la petite. Ses joues possèdent encore des rondeurs enfantines et son vernis à ongles a une couleur de bonbon acidulé. Il jette un regard alentours, tous les yeux sont braqués sur lui. Sa réputation l’a précédé. Certains attendent son verdict, d’autres ont ce petit air narquois qui en dit long. Marc en a ras le bol de leur scepticisme. Il est le meilleur dans ce qu’il fait. Il le leur prouvera.

L’image devient floue

Nuit 2 : 7 avril, 00h01 

Marc se tient à la même place que la veille, accroupi au-dessus d’un cadavre qui n’est plus là, emporté par le médecin légiste dans sa camionnette frigorifique. Marc est probablement revenu ici pour « respirer » les lieux, comme il dit. La douleur laisse toujours une trace. La peur, au même titre que le sang imbibe les tissus, libère des ondes presque palpables. Sur les lieux d’un acte barbare, l’intensité des émotions et des sentiments est telle qu’elle imprègne la matière. La volonté morbide est si forte, comme l’espoir de survivre, qu’ils s’enracinent, pour un temps, dans les éléments solides du décor. Ici, en campagne, Marc va ressentir tout cela en touchant l’herbe, en humant l’air, en malaxant la terre, en se couchant à la place du cadavre pour laisser les vibrations, encore présentes, le pénétrer.

Il va tenter de revivre le meurtre de la jeune fille. C’est pour ça qu’on le paie. 

— Parles-moi, Cindy ! dit-il à haute voix.

L’image devient floue.

Nuit 3 : 8 avril, 00h01 

Cindy vient de quitter le bar, sur la place du village ou trône une fontaine, surplombée par une mini Statue de la liberté. Pourquoi se met-elle à courir, arrivée en haut de la côte ? Cindy est poursuivie, un homme s’est emparé de son vélo et l’a jeté dans le champ. Il se précipite derrière elle. Il est plus lourd. C’est une chance ! Elle est jeune et peut le distancer. Mais l’homme veut cette gamine plus que tout au monde. Ça se voit dans ses yeux écarquillés par l’effort, dans sa lèvre inférieure pendante, ornée de filets de bave aux commissures. Il se rapproche. Cindy correspond sûrement à ce qu’il cherche, elle est fraîche, pure, une fleur à cueillir avant que d’autres ne la salissent. La chaîne à sa cheville scintille dans la nuit. Cindy pose le pied sur une grosse pierre qui bascule, elle crie et s’effondre à terre. L’homme a gagné. Il se tient au-dessus d’elle et hâlette bruyamment. Cindy aussi a le souffle court. Elle découvre les mains énormes de son agresseur. Lentement, elle se fige. Une angoisse viscérale la paralyse. 

L’image devient floue.

Nuit 4 : 9 avril, 00h01

Marc entend le hurlement de terreur de Cindy s'achever dans un cri étouffé. L’homme l'a bâillonnée d’une main en lui tordant le bras avec l’autre. Il se tient si près de la jeune fille que sa respiration envahit ses oreilles. Une vaine colère provoque chez Cindy un dernier sursaut de vitalité. Elle se met à donner des coups de pieds dans tous les sens, en pleurant, parce que sa cheville est en miette. À travers un rideau de larmes, elle commence à distinguer les traits de son agresseur. 

— Oui, c’est bien ! Continue Cindy, regarde-le avec attention. 

Marc voit le front court, les yeux marrons, les sourcils fournis, le nez épaté, les lèvres épaisses. Le portrait-robot est assez précis. L’homme sort un couteau et le métal luit sous le croissant de lune. La lame est pointue et dentelée. Elle a déjà servi, l'acier est émoussé.

Il découpe sûrement des animaux d’habitude, avec ce genre d’objet.

— Cindy, demande-lui qui il est ?

La jeune fille obéit à elle ne sait quelle impulsion et parvient à libérer le coin de sa bouche.

— Attends ! supplie-t-elle, dis-moi ton nom, avant de me tuer.

Il colle son nez sur celui de Cindy et plonge dans son regard. Elle arrête de froncer les sourcils, se détend. Dernier round. Elle prend son air le plus ingénu, pour rendre sa supplique candide. 

— Charles, je m’appelle Charles, lui chuchote-t-il, au plus près. J’aime traquer ma proie, l’embrocher et l’étrangler avant de la dépecer…

— Tu es un chasseur, Charles ! prononce la jeune fille malgré elle. Tu as appris ça, où ?

— Qu’est-ce qu’on s’en fout !

— Ça m’intéresse, moi, insiste-t-elle.

Il demeure silencieux un quart de seconde puis répond :

— Je viens de l'Aube, c’est là que je suis né. J’y ai étripé des animaux bien plus lourds que toi. Je suis doué pour l’équarrissage me disait mon patron.

L’homme n'a plus envie de parler. Sa respiration redevient saccadée. Cindy invoque son Dieu, intérieurement, pour que la douleur à son entrejambe cesse. La délivrance arrive enfin, mais elle est précédée par un râle d'agonie. 

Marc, quant à lui, a suffisamment d'éléments pour enquêter.

L’image devient floue.

Jour 5 : 10 avril, 23h12

— Allo, Mr Transsvert ? Ça va ? Bon, la description que vous m'avez donnée correspond à : Charles Laboisier, né à Amance, département de l'Aube, le 9 mai 1980. On le trouve où, d’après vous, en ce moment ?

— Je l’ai sous les yeux. Il est accoudé au comptoir du bar, répond Marc tranquillement.

— Je ne sais pas si vous êtes un devin ou un charlatan, en tout cas, vous êtes très fort. Et la gamine ? Elle est en vie ?

— Elle discute avec sa bande de potes, à l’autre bout de la salle. Charles la surveille, il va passer à l’acte dès qu’elle ira récupérer son vélo pour rentrer chez elle. Elle ne sait pas encore qu’elle est en danger. Heureusement, que je suis là et que je rêve.

— Alors, c’est ce soir que ça va se passer ! Comment vous faites ? Je n’ai toujours pas compris.

— Moi non plus, vous savez. C’est guère maîtrisable. Pendant quatre nuits, avant que ça n’arrive, je me vois intervenir sur une scène de crime et je visualise aussi le moment du meurtre. Mon challenge, c’est d’arriver à découvrir où cela se passe et qui est concerné. Je suis tellement pris dans ce fantasme que parfois, j’ai l’impression d’en être l'un des acteurs. L’autre nuit, je suis arrivé à parler à Cindy et j’ai même réussi à m’exprimer à travers elle. En fait, plus ça va, plus je deviens bon et tout ça, malgré les critiques.

— L’essentiel, c’est que ça ne vous monte pas à la tête. Bon, un message a été envoyé à la gendarmerie. Ils seront là d’ici quelques minutes. Cette fois, on tient « le dépeceur ».

— Vous allez attendre le flagrant délit ou le cueillir avant ?

— Avant. On ne mettra pas la vie de la petite en danger. Il nous faut juste l'ADN de Charles pour le comparer aux affaires en cours. Je suis sûr qu'il va correspondre. Ne vous inquiétez pas, on ne le lâchera pas.

— Il ne faut pas non, en effet. Ce type est un monstre qui tue sauvagement. Il n'a aucun sens esthétique, et pas plus de respect pour ses victimes. Il n'est pas digne d'être jugé, il faudrait l'éliminer de la même manière qu'il procède. Sachez que je lui ai parlé. Il est dépourvu d'intelligence. Heureusement que mes rêves transfigurent le futur.

L’autre raccroche en se disant que le rêveur est vraiment un type bizarre.  

 

Marc a les coudes posés sur le zinc. Ses rêves prémonitoires lui permettent de contrôler le futur et, de temps en temps, de manipuler les évènements. Il jette un coup d’œil au fond du bar, Charles Laboisier est ivre mort sur une chaise. Il a particulièrement apprécié le whisky de douze ans d’âge. Ce soir, il ne tuera personne. Dehors, Cindy enfourche son vélo.

Marc glisse au bas du tabouret et quitte le bar. Il sort juste après la jeune fille.

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Séries fantastiques

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Publié le 22 Mai 2020

Jour 5 : 10 avril, 23h12

— Allo, Mr Transsvert ? Ça va ? Bon, la description que vous m'avez donnée correspond à : Charles Laboisier, né à Amance, département de l'Aube, le 9 mai 1980. On le trouve où, d’après vous, en ce moment ?

— Je l’ai sous les yeux. Il est accoudé au comptoir du bar, répond Marc tranquillement.

— Je ne sais pas si vous êtes un devin ou un charlatan, en tout cas, vous êtes très fort. Et la gamine ? Elle est en vie ?

— Elle discute avec sa bande de potes, à l’autre bout de la salle. Charles la surveille, il va passer à l’acte dès qu’elle ira récupérer son vélo pour rentrer chez elle. Elle ne sait pas encore qu’elle est en danger. Heureusement, que je suis là et que je rêve.

— Alors, c’est ce soir que ça va se passer ! Comment vous faites ? Je n’ai toujours pas compris.

— Moi non plus, vous savez. C’est guère maîtrisable. Pendant quatre nuits, avant que ça n’arrive, je me vois intervenir sur une scène de crime et je visualise aussi le moment du meurtre. Mon challenge, c’est d’arriver à découvrir où cela se passe et qui est concerné. Je suis tellement pris dans ce fantasme que parfois, j’ai l’impression d’en être l'un des acteurs. L’autre nuit, je suis arrivé à parler à Cindy et j’ai même réussi à m’exprimer à travers elle. En fait, plus ça va, plus je deviens bon et tout ça, malgré les critiques.

— L’essentiel, c’est que ça ne vous monte pas à la tête. Bon, un message a été envoyé à la gendarmerie. Ils seront là d’ici quelques minutes. Cette fois, on tient « le dépeceur ».

— Vous allez attendre le flagrant délit ou le cueillir avant ?

— Avant. On ne mettra pas la vie de la petite en danger. Il nous faut juste l'ADN de Charles pour le comparer aux affaires en cours. Je suis sûr qu'il va correspondre. Ne vous inquiétez pas, on ne le lâchera pas.

— Il ne faut pas non, en effet. Ce type est un monstre qui tue sauvagement. Il n'a aucun sens esthétique, et pas plus de respect pour ses victimes. Il n'est pas digne d'être jugé, il faudrait l'éliminer de la même manière qu'il procède. Sachez que je lui ai parlé. Il est dépourvu d'intelligence. Heureusement que mes rêves transfigurent le futur.

L’autre raccroche en se disant que le rêveur est vraiment un type bizarre.  

 

Marc a les coudes posés sur le zinc. Ses rêves prémonitoires lui permettent de contrôler le futur et, de temps en temps, de manipuler les évènements. Il jette un coup d’œil au fond du bar, Charles Laboisier est ivre mort sur une chaise. Il a particulièrement apprécié le whisky de douze ans d’âge. Ce soir, il ne tuera personne. Dehors, Cindy enfourche son vélo.

Marc glisse au bas du tabouret et quitte le bar. Il sort juste après la jeune fille.

 

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Séries fantastiques

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Publié le 21 Mai 2020

Nuit 4 : 9 avril, 00h01

Marc entend le hurlement de terreur de Cindy s'achever dans un cri étouffé. L’homme l'a bâillonnée d’une main en lui tordant le bras avec l’autre. Il se tient si près de la jeune fille que sa respiration envahit ses oreilles. Une vaine colère provoque chez Cindy un dernier sursaut de vitalité. Elle se met à donner des coups de pieds dans tous les sens, en pleurant, parce que sa cheville est en miette. À travers un rideau de larmes, elle commence à distinguer les traits de son agresseur. 

— Oui, c’est bien ! Continue Cindy, regarde-le avec attention. 

Marc voit le front court, les yeux marrons, les sourcils fournis, le nez épaté, les lèvres épaisses. Le portrait-robot est assez précis. L’homme sort un couteau et le métal luit sous le croissant de lune. La lame est pointue et dentelée. Elle a déjà servi, l'acier est émoussé.

Il découpe sûrement des animaux d’habitude, avec ce genre d’objet.

— Cindy, demande-lui qui il est ?

La jeune fille obéit à elle ne sait quelle impulsion et parvient à libérer le coin de sa bouche.

— Attends ! supplie-t-elle, dis-moi ton nom, avant de me tuer.

Il colle son nez sur celui de Cindy et plonge dans son regard. Elle arrête de froncer les sourcils, se détend. Dernier round. Elle prend son air le plus ingénu, pour rendre sa supplique candide. 

— Charles, je m’appelle Charles, lui chuchote-t-il, au plus près. J’aime traquer ma proie, l’embrocher et l’étrangler avant de la dépecer…

— Tu es un chasseur, Charles ! prononce la jeune fille malgré elle. Tu as appris ça, où ?

— Qu’est-ce qu’on s’en fout !

— Ça m’intéresse, moi, insiste-t-elle.

Il demeure silencieux un quart de seconde puis répond :

— Je viens de l'Aube, c’est là que je suis né. J’y ai étripé des animaux bien plus lourds que toi. Je suis doué pour l’équarrissage me disait mon patron.

L’homme n'a plus envie de parler. Sa respiration redevient saccadée. Cindy invoque son Dieu, intérieurement, pour que la douleur à son entrejambe cesse. La délivrance arrive enfin, mais elle est précédée par un râle d'agonie. 

Marc, quant à lui, a suffisamment d'éléments pour enquêter.

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

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Publié le 20 Mai 2020

Nuit 3 : 8 avril, 00h01 

Cindy vient de quitter le bar, sur la place du village ou trône une fontaine, surplombée par une mini Statue de la liberté. Pourquoi se met-elle à courir, arrivée en haut de la côte ? Cindy est poursuivie, un homme s’est emparé de son vélo et l’a jeté dans le champ. Il se précipite derrière elle. Il est plus lourd. C’est une chance ! Elle est jeune et peut le distancer. Mais l’homme veut cette gamine plus que tout au monde. Ça se voit dans ses yeux écarquillés par l’effort, dans sa lèvre inférieure pendante, ornée de filets de bave aux commissures. Il se rapproche. Cindy correspond sûrement à ce qu’il cherche, elle est fraîche, pure, une fleur à cueillir avant que d’autres ne la salissent. La chaîne à sa cheville scintille dans la nuit. Cindy pose le pied sur une grosse pierre qui bascule, elle crie et s’effondre à terre. L’homme a gagné. Il se tient au-dessus d’elle et hâlette bruyamment. Cindy aussi a le souffle court. Elle découvre les mains énormes de son agresseur. Lentement, elle se fige. Une angoisse viscérale la paralyse. 

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

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Publié le 19 Mai 2020

Nuit 2 : 7 avril, 00h01 

Marc se tient à la même place que la veille, accroupi au-dessus d’un cadavre qui n’est plus là, emporté par le médecin légiste dans sa camionnette frigorifique. Marc est probablement revenu ici pour « respirer » les lieux, comme il dit. La douleur laisse toujours une trace. La peur, au même titre que le sang imbibe les tissus, libère des ondes presque palpables. Sur les lieux d’un acte barbare, l’intensité des émotions et des sentiments est telle qu’elle imprègne la matière. La volonté morbide est si forte, comme l’espoir de survivre, qu’ils s’enracinent, pour un temps, dans les éléments solides du décor. Ici, en campagne, Marc va ressentir tout cela en touchant l’herbe, en humant l’air, en malaxant la terre, en se couchant à la place du cadavre pour laisser les vibrations, encore présentes, le pénétrer.

Il va tenter de revivre le meurtre de la jeune fille. C’est pour ça qu’on le paie. 

— Parles-moi, Cindy ! dit-il à haute voix.

L’image devient floue.

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Séries fantastiques

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Publié le 18 Mai 2020

" Mes rêves transfigurent le futur." 

Marc Transsvert.

 

Nuit 1 : 6 avril, 00h01 

Marc se voit en train d’effleurer du bout des doigts les cheveux d’une jeune fille, allongée dans un près. Elle porte à son cou une médaille où est gravé son prénom : Cindy. Elle a la tête posée sur son coude replié. Un bouton de son chemisier a sauté, laissant apparaître la dentelle souillée de son soutien-gorge. Elle a perdu sa jupe et son slip est déchiré. 

Le regard de Marc s’arrête un instant sur la chaînette, incrustée dans la chair enflée de la cheville gauche. Cindy a dû courir et tomber, se dit-il. Puis, il analyse la posture du corps et en déduit que le tueur est un pervers bien ordonné, qui a pris soin de mettre en scène sa victime. On la dirait endormie gentiment dans l’herbe. Si ce n’était le sang, répandu sur sa peau hâlée et la plaie béante qui fend son abdomen, on pourrait la croire en pleine sieste, par ce bel après-midi d’été. 

Toujours le même modus operandi.

— Le médecin légiste est là ! indique le gendarme à côté de lui.

Marc se redresse. Il n’a pourtant pas envie de quitter la petite. Ses joues possèdent encore des rondeurs enfantines et son vernis à ongles a une couleur de bonbon acidulé. Il jette un regard alentours, tous les yeux sont braqués sur lui. Sa réputation l’a précédé. Certains attendent son verdict, d’autres ont ce petit air narquois qui en dit long. Marc en a ras le bol de leur scepticisme. Il est le meilleur dans ce qu’il fait. Il le leur prouvera.

L’image devient floue

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Séries fantastiques

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Publié le 10 Mai 2020

L’œil hagard, Rodolph déambule sous un soleil de plomb. Il vient de prendre conscience qu’il est vivant. Mais la chaleur écrase ses pensées. Une question en émerge : que fait-il là ? Autour de lui, c’est la rase campagne, terre craquelée et herbes folles. Le panneau indique Carraire de Fontvieille, commune de Saint Cyr sur Mer. Il réalise qu’il a soif en faisant claquer sa langue contre son palais. Soudain, il sent la brûlure du bitume sous ses pieds nus. Il sautille. Il ne s’était pas rendu compte qu’il n’avait pas de chaussures. Il baisse la tête et constate qu’il est en maillot de bain ??? Puis, les douleurs ne tardent pas à se faire sentir : le dos, le ventre, la mâchoire. Rodolph passe ses mains sur toutes les parties de son corps qui le font souffrir. En fait, il a mal partout. Tabassé. Il ne s’en souvient pas, mais il est sûr d’avoir été frappé. Un direct en pleine face, la raison de son nez cassé. Le goût du sang dans la bouche se révèle à lui. Tout devient insupportable, tout à coup. Le jeune homme tombe à genoux. Peut-être va-t-il mourir ici ? Une voiture arrive au loin…

Madame Berniest a pilé. Un monstre ! Elle rajuste ses lunettes. Avec sa cataracte... Pourtant, c’est bien un monstre, couvert de sang. Elle enclenche la marche arrière, mais elle ne sait pas conduire à l’envers et heurte, de plein fouet, l’enclos réservé aux containers à poubelles. Secouée par le choc, son cœur bat la chamade. Madame Berniest regarde à nouveau le monstre qui rampe sur le chemin goudronné, à présent. Vite, son téléphone portable ! Elle appuie sur la touche « Gérard ». Son mari ne répond pas. Sa fille… elle tombe sur sa messagerie. Il lui reste les secours. Après tout, personne ne va la prendre pour une folle, cette fois. Les gendarmes lui sourient gentiment quand elle vient porter plainte parce que des rôdeurs tournent autour de sa maison. Non pas qu’ils ne la prennent pas au sérieux. Ici au village, il arrive souvent que des malfrats repèrent les maisons avant de les cambrioler. Ce qui rend les gendarmes sceptiques et compatissants, voire condescendants, c’est qu’elle affirme avoir vu les rôdeurs descendre d’un engin volant non identifiable, qui se serait posé dans le champ, à côté de chez elle.

Rodolph, couché à plat ventre sur le sol brûlant, roule sur lui-même et finit péniblement par se relever. La voiture en face de lui n’a pas bougé. Il adresse un signe à l’ombre qui se cache derrière le volant. Rien ne se passe. Rodolph se met à marcher plus vite, sur le bas-côté, dans la terre. Quand il pose ses deux mains sur le capot bouillant, il aperçoit le visage figée d’une vieille dame. La bouche à demi ouverte, les yeux fermés. On dirait qu’elle est évanouie. Avec cette chaleur, pas étonnant, pense le jeune homme. Il ouvre la portière. La vieille dame demeure immobile. Rodolph lui touche l’épaule. Inerte. Il voit le téléphone dans sa main droite et se penche pour l’attraper. La femme se met à hurler dans son oreille. Rodolph fait un bond en arrière et tombe à la renverse. La vieille dame crie sans discontinuer. Le jeune homme tente de la calmer les mains en avant. Elle le regarde avec des yeux exorbités. Pourquoi lui fait-il aussi peur ? Il se penche pour voir son propre reflet dans le rétroviseur extérieur. Il crie à son tour. 

Madame Berniest a ôté sa ceinture de sécurité, elle descend de voiture avec difficulté. Le monstre se tient la tête entre les mains et se lamente. Elle en profite pour s’éloigner en claudiquant. La chaleur l’étouffe, elle a du mal à respirer. Il lui faut trouver du secours rapidement. La maison en bord de route semble vide. Parviendra-t-elle jusqu’au village ? Madame Berniest commence à douter de ses forces vitales. Elle se retourne, le monstre ne la suit pas. Elle reprend son souffle. Il est peut-être inoffensif, finalement. Pourtant, dans tous films qu’elle a vus ou tous les livres qu’elle a lus, les extra-terrestres apparaissent, le plus souvent, malveillants. À moins que ce dernier n’ait été rejeté par ses pairs et qu’il erre sur la terre sans savoir à quelle communauté il appartient. Madame Berniest finit par éprouver un peu de sympathie à l’encontre du monstre qui se trouve de nouveau à quatre pattes par terre. Il est en train de vomir du liquide verdâtre.

La petite fourgonnette s’arrête au niveau de Madame Berniest. 

— Gendarmerie Nationale, Madame, énonce l'officier. 

— Ah, ben vous tombez bien, vous !

Il enchaîne :

— C’est pas raisonnable de marcher sous ce soleil, vous devriez rentrer chez vous et boire. Est-ce que vous buvez régulièrement. La déshydratation…

— Mais vous allez vous taire ! Là-bas regardez, y’a un monstre !

Le gendarme aperçoit une silhouette qui se remet debout. Il fait signe à son collègue de redémarrer. Arrivé au niveau des containers à poubelle, il demande :

— Qu’est-ce que vous faites là, Monsieur…

Il ne termine pas sa phrase. L’inconnu vient de lever la tête vers lui.

Rodolph a repris tous ses esprits. La plage, les cocktails, la fille, l’amour, encore l’alcool puis, la pilule blanche, le mauvais délire… Au cours d'hallucinations aiguës, il a imaginé qu’on l’avait kidnappé. Il a vu des êtres étranges le mettre sur une table d’examen, lui poser des électrodes bizarres un peu partout, il criait et se débattait et a reçu des coups. Mais tout ça n’était qu’illusion, se convainc-t-il. Il a eu peur en se voyant dans le rétroviseur parce qu’il n’a plus visage humain. Sûrement qu’il a dû se cogner partout dans sa confusion mentale. Il va expliquer tout ça au gendarme qui est sorti de son véhicule pour s'approcher de lui. L’officier semble pétrifié de peur. Il agrippe son arme en tremblant et la pointe sur lui. "Bon sang ! Il s’agit juste de la gueule d’un mec qui a fait un bad trip !" songe Rodolph agacé. 

— Qu’est-ce… qu’est-ce que vous êtes ? bégaie le gendarme.

— Ben quoi ? Un homme, répond Rodolph.

— Non, votre tête ressemble à une tête de… mante religieuse.

 

Très haut dans le ciel, dans un drôle d'appareil volant, deux êtres observent l’événement avec attention. L’un dit à l’autre :

— Ils ne sont pas encore prêts.

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Séries fantastiques

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Publié le 9 Mai 2020

Madame Berniest a ôté sa ceinture de sécurité, elle descend de voiture avec difficulté. Le monstre se tient la tête entre les mains et se lamente. Elle en profite pour s’éloigner en claudiquant. La chaleur l’étouffe, elle a du mal à respirer. Il lui faut trouver du secours rapidement. La maison en bord de route semble vide. Parviendra-t-elle jusqu’au village ? Madame Berniest commence à douter de ses forces vitales. Elle se retourne, le monstre ne la suit pas. Elle reprend son souffle. Il est peut-être inoffensif, finalement. Pourtant, dans tous films qu’elle a vus ou tous les livres qu’elle a lus, les extra-terrestres apparaissent, le plus souvent, malveillants. À moins que ce dernier n’ait été rejeté par ses pairs et qu’il erre sur la terre sans savoir à quelle communauté il appartient. Madame Berniest finit par éprouver un peu de sympathie à l’encontre du monstre qui se trouve de nouveau à quatre pattes par terre. Il est en train de vomir du liquide verdâtre.

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Séries fantastiques

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Publié le 6 Mai 2020

Rodolph, couché à plat ventre sur le sol brûlant, roule sur lui-même et finit péniblement par se relever. La voiture en face de lui n’a pas bougé. Il adresse un signe à l’ombre qui se cache derrière le volant. Rien ne se passe. Rodolph se met à marcher plus vite, sur le bas-côté, dans la terre. Quand il pose ses deux mains sur le capot bouillant, il aperçoit le visage figée d’une vieille dame. La bouche à demi ouverte, les yeux fermés. On dirait qu’elle est évanouie. Avec cette chaleur, pas étonnant, pense le jeune homme. Il ouvre la portière. La vieille dame demeure immobile. Rodolph lui touche l’épaule. Inerte. Il voit le téléphone dans sa main droite et se penche pour l’attraper. La femme se met à hurler dans son oreille. Rodolph fait un bond en arrière et tombe à la renverse. La vieille dame crie sans discontinuer. Le jeune homme tente de la calmer les mains en avant. Elle le regarde avec des yeux exorbités. Pourquoi lui fait-il aussi peur ? Il se penche pour voir son propre reflet dans le rétroviseur extérieur. Il crie à son tour. 

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

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