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Publié le 3 Juillet 2020

À l’ouest, tout est nouveau

 

Malgré le traité signé en 1707 par les rois d’Écosse et d’Angleterre, qui soumettait les écossais aux lois anglaises, bien des sujets des hautes terres n’acceptaient pas l’occupant anglais. Certains prirent les armes contre les autorités britanniques. Ils furent sévèrement punis et très souvent pendus. Ce  le destin tragique subi par Tiperi McGovern, en 1863. Il s’opposa, en effet, par la force, à un préleveur d’impôts en le blessant au visage avec de l’acide. Arrêté et emprisonné dans le sud de l’Angleterre, il fût pendu à la suite d’un procès à charge. Sa femme fût bannie du clan des McKinley et déportée sur l’Île de Mull, au nord de l’Écosse. Seul son fils, Kenneth, réussit à échapper aux soldats. 

Au printemps 1863, le jeune Kenneth venait d’avoir dix-huit ans. Il était roux, avec une peau blanche constellée de taches assorties à sa chevelure. Cela lui conférait un air juvénile, pourtant, c’était déjà un homme. Il devait épouser sa fiancée, Moïra McKinley, l’été suivant. Mais le destin du jeune Kenneth n’allait pas suivre cette route. Les agissements de son père venaient de tout changer. 

Après être resté caché quelques temps, il put, avec l’aide de complices, prendre contact avec un armateur, nommé José Garcia Ibanez. C’était un trafiquant d’esclaves, à la tête d’une flottille de deux goélettes qui naviguaient entre les côtes africaines et américaines. Kenneth embarqua à bord de la Madre de Dios, qui avait fait escale à Clyde et allait prendre la direction de l’Afrique. Le navire léger et à voiles auriques était placé sous le commandement du capitaine Scipion. Kenneth connut les premiers dangers de la navigation. Un bateau pirate les prit en chasse. Heureusement, la goélette, plus rapide, sema son poursuivant. Une tempête, au large des côtes espagnoles, mit à mal deux des trois mats. Ne voulant pas demander l’hospitalité aux espagnols, le capitaine fût contraint de naviguer au plus près des côtes, au risque de heurter des écueils. C’est avec deux jours de retard et une seule voile qu’enfin l’équipage put débarquer sur le sol africain. 

Kenneth était réticent à l’idée de travailler pour ce négrier, mais c’était la seule solution qui lui restait pour fuir le plus loin possible de son pays natal. On disait qu’aux États-Unis, on pouvait recommencer une nouvelle vie. Kenneth ne pensait qu’à cela. Il dût signer un contrat de cinq ans qui le liait à la compagnie. Il resta en Afrique pendant quelques jours, le temps des réparations mais aussi et surtout, afin de regrouper tous les hommes et femmes qu’on avait enlevés dans leur village pour les vendre comme esclaves de l’autre côté de l’océan. Sa première traversée intercontinentale, il la fit, finalement, sur une autre goélette, la Buena Aventura, avec à son bord, vingt hommes d’équipage et plus de deux cents esclaves. Là aussi la navigation ne  pas de tout repos. Au large des Açores, la goélette fût ballotée de nouveau par de fortes bourrasques. Plusieurs prisonniers moururent noyés dans les cales, et on jeta leurs corps à la mer. Le jeune Kenneth  écœuré par le comportement du capitaine et de ses hommes, qui avaient droit de vie et de mort sur « leur marchandise ». McGovern ne comptait pas honorer son contrat de cinq ans dans un tel univers. À la première occasion il s’enfuirait. 

Elle se présenta lors de l’arrivée à Norfolk, en Virginie. À la nuit tombée, Kenneth quitta le bateau discrètement. Il prit la direction de New York où il avait appris que résidait une communauté d’écossais. Il savait qu’Ibanez allait tout faire pour le retrouver et récupérer la prime offerte à chaque nouvel engagé. Aussi, il n’avait qu’un seul objectif, se fondre dans la masse, disparaître pour de bon. 

À bord de charriots brinquebalants, à dos de cheval et le plus souvent à pieds, Kenneth parcouru la distance de deux cents miles en dix jours. Épuisé mais sain et sauf, il entreprit de rencontrer ses compatriotes, émigrés aux États-Unis. Sur place, McGregor était le responsable du clan. Il voulut bien aider le jeune homme, même s’il n’était pas du même clan. Il restait un écossais et l’entraide entre compatriotes était sacrée.

McGrégor confia le jeune homme à un irlandais du nom de Paterson. Ce dernier habitait au sud de Manhattan, dans un quartier où vivait la communauté irlandaise. Il était propriétaire de bars, mais ses principaux revenus provenaient du racket auprès des commerçants du secteur. Ces derniers, contre quelques dollars, bénéficiaient d’une protection. Celui qui rechignait à payer voyait son échoppe partir en fumée. S’il s’entêtait, la mort était au bout du canon. Paterson accepta de prendre McGovern sous son aile. Il demanda à deux complices de lui enseigner les rudiments du métier. Quelques temps plus tard, Kenneth se retrouva à racketter les magasins de Coven Street. Ce travail n’était pas du goût du jeune homme, mais ça payait bien. 

New York grouillait d’immigrés de toutes nationalités qui s’arrangeaient comme ils pouvaient pour survivre. Le maire, ainsi qu’une grande partie de son conseil, était gangrené par la pègre locale. Certains quartiers étaient laissés à l’abandon. Les ordures ménagères n’étaient pas collectées. Une odeur pestilentielle flottait dans l’air. La police, au plus haut niveau, était achetée, les règlements de compte ne généraient aucune enquête. La prostitution faisait les beaux jours de la mafia italienne et c’est dans cette ville, sans lois, que Kenneth tâchait de s’en sortir. Lui qui avait fui les injustices de son pays, était dégoûté par ces pratiques mais il n’avait pas le choix. Dans cette jungle urbaine, la mort rôdait à chaque coin de rue. 

Un jour enfin, lassé de devoir soutirer de l’argent à de petits commerçants, Kenneth demanda à Paterson à changer de travail. L’irlandais l’enrôla comme garde du corps. Il avait besoin qu’à chacun de ses déplacements, une escouade de gorilles l’encadre. La principale activité du boss irlandais était d’organiser des réceptions avec le conseil municipal, où toute l’élite New yorkaise se pressait pour avoir ses faveurs. Une fois, en se rendant à une de ces festivités, l’escorte tomba dans un traquenard, organisé par la mafia italienne. Ce  l’unique occasion où Kenneth se servit de son Beretta. La fusillade eût lieu dans la 52ème rue. On compta 3 morts côté italien, 2 côtés irlandais. C’était un simple avertissement de la mafia qui voulait protéger son pré-carré. Kenneth s’en sorti indemne mais, encore une fois, cette situation ne lui convenait plus. Il n’avait pas l’intention de mettre sa vie en danger, tous les jours ainsi. Il devait s’échapper à nouveau. Un matin, Paterson le convoqua et lui demanda si quelqu’un le recherchait ; Kenneth dût avouer qu’il était en fuite et raconta son histoire. Ibanez, n’avait pas renoncé à le retrouver. Paterson expliqua au jeune homme qu’il avait reçu, la veille au soir, la visite de deux individus à la recherche d’un certain McGovern. Le patron des irlandais avait l’habitude de côtoyer toutes sortes de malfrats et la meilleure façon de les éconduire était le mensonge. Il avait déclaré ne pas connaître Kenneth. Toutefois, l’étau se refermait sur le jeune écossais. C’était le moment ou jamais de s’éloigner de New York. Avec l’argent gagné comme garde du corps, Kenneth songea à se rendre plus à l’ouest. 

À l’hiver 1864, le moyen de transport le plus rapide était le train. La première ligne de chemin de fer, inaugurée par la Transcontinental Rail Way, reliait New York à Chicago. Sans perdre une minute, McGovern prit son sac et ses maigres affaires, direction l’Illinois. Ce mode de transport était révolutionnaire : rapidité, sécurité et confort. L’avènement du train avait sonné la fin des diligences, du moins pour cette partie du pays. Chicago n’avait rien à envier à New York : même désordre, même faune. Malgré une pluie incessante, les trottoirs restaient sales. Les coups de feu ne semblaient gêner personne. Un service spécial était chargé de ramasser les cadavres pour les transporter au cimetière. Kenneth n’avait pas l’intention de séjourner dans ce cloaque. Pour poursuivre son périple, il dût emprunter une diligence qui, une fois par semaine, rejoignait la ville de Cody, dernier point de civilisation dans le Wyoming. Rien de comparable avec le train pour le confort, il fallait avoir les reins solides.

La piste, mal entretenue, faisait craquer l’attelage qui, à tout moment, pouvait se briser. Le cocher était escorté par un tireur, pour parer aux embuscades fréquentes, perpétrées par des bandes de pillards. Il s’agissait souvent de déserteurs de l’armée, qui fuyaient la guerre de sécession. En traversant une vallée encaissée, soudain, cinq cavaliers, sortis de nulle part, prirent en chasse la diligence qui dut forcer l’allure des chevaux. Plusieurs coups de feu furent échangés. Le tireur posté à côté du cocher était une fine gâchette. Il pointa sa Winchester sur les voleurs et deux coups suffirent pour abattre deux d’entre eux. Les trois autres, sans doute des débutants, renoncèrent et firent demi-tour. L’arrivée à Cody  un soulagement pour Kenneth. Mais l’aventure du jeune écossais ne pouvait pas s’arrêter là. Il sentait tout au fond de lui qu’un ailleurs l’appelait. Il avait tant parcouru de distance depuis son Écosse natale, il avait tant vu de misère, vécu dans la pauvreté et la violence qu’il ne comptait pas rester là, à attendre qu’un autre, encore, prenne son destin en main à sa place. 

 À la périphérie de la ville, un emplacement était réservé pour les migrants qui désiraient continuer vers l’ouest. McGovern se dit que là, il pourrait trouver un travail. Par chance, un stand, dressé aux abords du camp, indiquait qu’un certain Piort Wischnewski, conducteur de caravanes, recrutait. Conditions requises, monter à cheval et tirer si nécessaire. Kenneth se présenta et sans difficulté, il fût embauché. Il rit fort la première fois qu’il vit Piort. Le gaillard était un original, un folklorique. Il mesurait près de deux mètres, et n’était pas du tout vêtu comme un cow-boy. Il était habillé d’un costume traditionnel de son pays natal, la Pologne. Cela consistait en une chemise blanche, aux manches bouffantes, portée sous un long gilet sans manche noir qui couvrait un ample pantalon en coton. Mais peu importait l’habit, le personnage était sympathique et s’exprimait du mieux qu’il pouvait, en anglais, pour se faire comprendre de la majorité de son personnel. Le travail consistait à escorter un convoi de quarante charriots avec plusieurs familles. Piort serait le guide, il avait déjà fait maintes fois la navette entre Cody et la côte ouest, soit mille six cent soixante miles. L’escorte était composée de quatre hommes, chacun était responsable de dix chariots. Piort donna à tous une Winchester type Musket et un colt six coups modèle Navy. Les dix premiers chariots furent mis sous la responsabilité de Harry Cliford, les dix suivants sous celle de Paul Tyson, ensuite venait Hanz Wolf et pour finir, les dix derniers allaient être protégés par Kenneth McGovern. 

En observant les familles qu’il devait défendre contre toute attaque, Kenneth remarqua une jeune fille, Lisbeth Barton. Elle voyageait avec son père et son petit frère. Cette famille était d’origine anglaise. Pour Kenneth, l’Angleterre était loin et l’Écosse encore plus mais, Lisbeth lui rappelait sa fiancée, Moïra, demeurée là-bas. Comme une piqûre de rappel, il ne put s’empêcher de tomber amoureux, à nouveau. Cependant, la préoccupation du moment était que la traversée des terres sauvages se passe avec le moins de pertes humaines. 

Paul Barton vit tout de suite d’un mauvais œil cet écossais qui se permettait de lui donner des ordres. De surcroît, ce jeune prétentieux, armé jusqu’aux dents, tournait autour de sa fille. Lisbeth, de son côté, n’avait aucun ressentiment à l’encontre de l’écossais, au contraire, pour elle Kenneth avait fière allure en protecteur de la famille. Elle était heureuse d’entreprendre cette longue marche vers l’ouest en sa compagnie. 

Le lourd convoi se mit en piste en mars 1865. Pour traverser les rocheuses, la meilleure période était le mois de mai, la neige aurait fondu, les animaux foisonneraient, la nourriture serait abondante. Les premiers jours aucun incident ne  à signaler. La nature était intacte, préservée de presque toute trace humaine. Quelques bourgades, cependant, perdues dans cette immensité, essayaient de s’organiser pour rester vivables. L’environnement était difficile : pillages par des bandes d’indiens, rudesse du climat, il fallait avoir du courage et de la volonté pour résister à de tels dangers. La caravane, quant à elle, poursuivait son chemin bonant malant. Tantôt les chariots traversaient des vallées verdoyantes, des plaines arides ou bien des sommets où subsistaient des plaques de glace. Parmi les pionniers, la maladie se répandait très vite. Elle était due le plus souvent à de la nourriture avariée ou à de l’eau polluée. Il y eût quelques accidents, des naissances. Tous ces aléas ralentissaient la progression du convoi. Le soir, les chariots formaient un cercle.  À tour de drôle, les quatre adjoints de Piort montaient la garde. Kenneth était souvent volontaire. La nuit lui donnait l’occasion de s’approcher du chariot des Barton. Lisbeth en profitait pour sortir et se lover dans les bras de l’écossais sous la voûte étoilée. Ce petit manège n’échappa pas à son père qui exigea que Piort trouve une solution afin d’écarter McGovern de son champ de vision. Wischnewski remplaça Harry Cliford par l’écossais, le problème était résolu. Du moins en apparence. Kenneth continua à venir chercher son amoureuse toutes les nuits. À l’instar de son père, il n’allait tout de même pas laisser un anglais lui imposer sa loi.

À l’approche du territoire sioux, Piort s’aperçut que, depuis plusieurs jours, ils étaient suivis par un groupe d’indiens. Cela ne présageait rien de bon. À l’entrée d’une vallée, il stoppa sa troupe et fit ranger les chariots en cercle. Il ne fallut pas attendre longtemps pour voir surgir de toutes parts, des guerriers sioux avec, à leur tête, Nez Percé. Ils encerclèrent le camp retranché et déclenchèrent les hostilités. À cette époque, les indiens ne possédaient que des arcs et des lances, aucune arme à feu. Ils étaient obligés de s’approcher au plus près des chariots pour décocher leurs flèches. Ce contact facilitait la défense des colons et même s’ils n’étaient pas tous des as de la gâchette, rares étaient ceux qui rataient leur cible. Malgré leur vaillance et leur détermination, les sioux durent abandonner et se retirer. Des arcs contre des Winchester ! Les indiens emportèrent dans leur fuite leurs frères morts. Du côté des migrants, seule une femme avait reçu une flèche dans le ventre mais la blessure était sans gravité. 

La nuit suivante fût calme et sans visite nocturne pour Kenneth et Lisbeth. 

L’obstacle le plus difficile à franchir  le passage des montagnes Rocheuses. À plus de deux mille mètres, un orage vint interrompre la marche des chariots vers l’ouest. Trop lourdement chargés, certains s’embourbèrent dans des ornières. Piort obligea les occupants à laisser sur place des meubles, c’était la seule condition pour continuer leur périple. Enfin, la descente vers des plaines herbeuses se fit dans une joie non dissimulée. Les quarante chariots étaient présents, aucune perte n’était à signaler. 

À l’arrivée à Fort Preston Hole, garnison militaire, plusieurs colons décidèrent de s’installer à proximité du fort et de bénéficier de sa protection. La nouvelle eut l’effet d’une bombe pour Kenneth quand il apprit que la famille Barton faisait partie des candidats désireux de rester là. Lui devait continuer la route jusqu’à l’océan. L’écossais, par l’intermédiaire de Harry Cliford rencontra Lisbeth et lui fit la promesse qu’à son retour, il s’arrêterait à Fort Preston Hole pour demander sa main à Monsieur Barton. Ce qu’il ignorait, c’était que le père venait de dire à sa fille que lui, vivant, il n’accepterait plus jamais qu’elle revoit Kenneth.

Le jeune écossais s’engagea sur les trois cents miles à parcourir avec la trentaine de chariots restants en songeant que sa vie allait enfin prendre un sens. Il s’installerait près du fort et épouserait Lisbeth. Terminés les petits boulots sans lendemain, hors la loi et dangereux. Il aborda le cœur léger les grandes plaines qui faisaient place à d’immenses forêts où l’ours et le loup étaient, pour quelques temps encore, les maîtres des lieux. Bientôt l’océan apparut devant eux. La fin du voyage pour les pionniers.

 Kenneth reçut son gage et prit une nuit de repos. Le matin suivant, il se remit en selle, direction Fort Preston Hole, accompagné de Harry et Hans qui désiraient retourner à Cody. Kenneth, lui, n’avait qu’un objectif : fonder une famille. Ce serait sa terre promise à lui. Il était temps qu’il renonce à travailler pour les autres et s’achète un lopin de terre pour le cultiver et qui sait, peut-être élèverait-il du bétail. Son seul vrai problème était d’obtenir l’accord de Paul Barton. Si ce dernier lui refusait la main de sa fille, il l’enlèverait. C’est dans cet état d’esprit qu’il entreprit les trois cents miles jusqu’au fort. 

Couvert de sueur et de poussière, six jours plus tard, une surprise attendait McGovern. Devant le Fort Preston Hole, assis sur des bancs, des enfants écoutaient la leçon de la maîtresse. Ce n’était autre que Lisbeth. Elle enseignait à ces jeunes migrants les rudiments de l’anglais. Kenneth se rua sur elle pour la prendre dans ses bras. Il lui assura qu’il ferait tout pour convaincre son père de l’accepter pour gendre. Il lui parlait sans discontinuer et elle pleurait. Il finit par lui demander pourquoi elle était là au lieu d’être avec sa famille, dans sa ferme. L’explication se résumait en quatre mots : son père était mort. Parti à la chasse avec d’autres colons, Barton ignorait le comportement des troupeaux de bisons qui avaient opéré un brusque changement de direction et s’étaient retrouvés face à lui. Barton avait été piétiné par des centaines de bisons. Il avait été enterré sur les terres qu’il venait d’acquérir. 

Kenneth et Lisbeth s’unirent sans tarder, ils s’installèrent dans la ferme familiale. Kenneth devint un époux et un père pour le petit frère de sa femme. Loin de son Écosse natale, il put enfin souffler et commencer une autre vie. 

THE END

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Rédigé par William T.

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Publié le 10 Juin 2020

Journal de William T., 24 juillet 2070, dernier jour de l'ancienne ère :

Ça a commencé, il y a vingt ans et trois jours, à 6h30, le 21 juillet 2050. La commune de Danang, dans le nord de la Chine s'est réveillée sous un déluge de pluie, provoqué par un orage d'une intensité jamais connue. Toute la région fut inondée par plus de deux mètres d'eau. La rivière Tsing Tsung sortit de son lit. On dénombrait déjà plus de 500 morts ou disparus. À Pékin, ce fait divers passa inaperçu. Les plus hautes autorités gouvernementales ne prêtèrent que peu d'attention à cet évènement, et pourtant, le plus terrible restait à venir.

Le même jour, à Bakou, village caché au fin fond de la forêt nigérienne, une maladie un peu oubliée par le corps médical refaisait son apparition : Ébola. Les premières victimes se comptèrent par milliers. Mais dans la capitale, on faisait confiance aux O.N.G. qui étaient censées être en capacité d'arrêter la propagation du virus. L'avenir démontrerait le contraire.

À 8000 kms de là, dans une localité, majoritairement occupée par des Inuits, une vague de froid s'abattait sur la région nord du Canada. La neige recouvrait, sous une épaisseur de plus de 3 mètres, toute la province. Ottawa trouva ce phénomène bizarre, à cette période de l'année, mais la météo dans ce siècle était tellement déroutante que le gouvernement négligea cet épisode neigeux.

En parallèle, le Japon dut faire face à un Tsunami, dont les vagues mesuraient plus de 15 mètres de haut. Le pays fut rayé de la carte, provoquant la mort ou la disparition de plus de 60 millions de personnes. Simultanément, toutes les îles du Pacifique furent noyées sous plus de 2 mètres d'eau. Certains habitants trouvèrent refuge en Australie, alors que le pays essuyait une vague de chaleur qui pouvait atteindre plus de 80°. Les forêts étaient en feu, les gens tombaient comme des mouches. Il n'existait aucune parade. Le soleil continuait d'inonder la grande île de ses rayons brûlants. L'Australie ne fut plus qu'un gigantesque brasier.

Plusieurs séismes de magnitude 7 secouèrent la France, faisant exploser des centrales nucléaires. Si bien que sur tout le territoire l'air fut irrespirable. Même au delà de ses frontières, les autres pays furent touchés par la radioactivité. L'Europe agonisait.

Le nord de l'Afrique fut confronté au manque d'eau potable. Des bandes armées massacrèrent des populations entières pour s'emparer de ce précieux liquide.

Aux États-Unis, la faille de San Andreas coupa en deux la Californie. Le feu ravagea 80% de l'état. Les pompiers abandonnèrent la lutte, faute de moyens. Le centre du pays fut balayé par plusieurs tornades, avec des vents à 300 kms/heure. Après leur passage, il ne restait rien. Plus aucune infrastructure ne fut utilisable, plus de routes. Les avions furent cloués au sol, les réseaux téléphoniques et l'internet inopérants. Les petites républiques qui composaient l'Amérique Centrale furent englouties par les deux océans qui s'étaient rejoints. Assomption, capitale du Paraguay dut faire face à un ouragan qui, à lui seul, détruisit 100% de la ville, faisant plus d'un million de morts.

Partout dans le monde, les volcans entrèrent en éruption semant la mort et la destruction. Même la grande Russie ne fut pas épargnée. Une vague de froid paralysa l'ensemble des communications. L'être humain n'était pas préparé à cette offensive glaciale. Le givre compta ses morts.

Le sud de l'Inde fut recouvert par l'océan Indien. Les habitants remontèrent vers le nord, mais il n'y avait plus de région sûre. Les montagnes de l'Himalaya étaient secouées par d'énormes forces telluriques, venant des profondeurs de la terre.

Il y eut, en 24 heures, plus de 2 milliards de morts et le phénomène se multiplia partout.

Le sud de la Chine semblait protégé quand soudain des vents violents, charriant des tonnes de sable venant du désert de Gobi, noyèrent des provinces entières sous plusieurs mètres de dunes. En Afrique , Ébola finit par anéantir l'ensemble de la population, seuls les animaux reprirent leur territoire.

En l'espace de quelques jours seulement, la race humaine fut décimée, presque en totalité. La nature reprenait son destin en main. Pour cela, elle infligeait la peine capitale à son parasite. L'air, le feu, l'eau et la terre, les quatre éléments s'étaient déchaînés pour balayer l'existence de cet être, un peu trop sûr de lui, qui par profit avait vidé les océans, avait pollué les rivières et l'air, avait massacré les animaux, avait détruit des forêts entières... Cet être qui s'était reproduit sans contrôle et était en surpopulation. 

Mais dans sa grande mansuétude la nature laissa une deuxième chance à une poignée de réfugiés sur une île. L'Île d'Esperanza, au milieu de l'océan Indien. Un oiseau dessina sur le sable avec ses serres le chiffre 20. Comme les 20 années auxquelles ces quelques privilégiés furent condamnées en résidence surveillée. Ils n'avaient pas le droit de quitter l'endroit jusqu'à l'échéance de leur peine.

Je fais partie de ces survivants, j'ai 82 ans. Aujourd'hui, est le dernier jour de notre punition, demain sera le premier d'un autre monde. Aura-t-on la force et le courage d'éviter de commettre, à nouveau, les erreurs de nos aînés ? Et si non, méritons-nous une troisième chance ?

Année 0, naissance d'un nouveau monde.

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Rédigé par William T.

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Publié le 8 Juin 2020

Un Séjour Américain

 

À l’est : New York, dite la grosse pomme,

Lieu de rencontre de tous les hommes.

Pour me déplacer, j’ai emprunté un taxi jaune,

Qui m’a véhiculé parmi les oubliés de la zone.

À Liberty Island est érigée la Statue de la Liberté,

Symbole d’Amérique libre pour tous les immigrés.

Je me suis perdu dans le grand Manhattan,

Au coin de la rue, j’interrogeai John le Policeman.

La voie à suivre pour Grand Central Terminal ?

Il pointa son index vers la rue du Canal.

 

Je sautais dans un wagon, direction le sud,

Afin d’atteindre la Nouvelle Orléans, mon but.

La Louisiane, vendue jadis par les français,

Où se cachèrent les Cajuns, victimes des anglais.

Une atmosphère moite, baignait le Dixland,

Une troupe de musicos animait un Jazzband.

Je fus tout de suite happé par une foule bigarrée,

Et transporté dans le Vieux Carré français.

Un vieil homme me conta la difficulté de cette société,

Où le blanc, malgré toutes ces années, a autorité.

 

Pour rejoindre la grande métropole du nord,

L’avion représente le plus rapide des transports.

Dehors, un vent glacial me fouetta le visage,

Puis, un taxi me pris avec armes et bagages.

Chicago restera à jamais dans la mémoire du temps,

La ville du défi de Capone, Ness et de ses lieutenants.

Les sirènes de police, les néons psychédéliques,

Nous rappellent à tout instant, ce qu’est l’Amérique.

Et, la plus importante des villes de l’Illinois,

Continue de vivre, malgré la tempête et le froid.

 

C’est par la US66 que j’ai rejoint l’Ouest,

Mes pieds viennent de fouler le sol du Far West.

La cité des Anges, après les chercheurs d’or,

A été conquise par le cinéma de l’âge d’or.

La dernière frontière du pays, la Californie,

Là, devant moi, violente, bruyante, pleine de vie.

C’était normal : Hollywood me faisait son cinéma,

Je l’ai suivie dans sa folie, j’étais venu pour ça.

 

Les quatre pétales de la rose des vents cueillies,

Le rideau finit par tomber sur le rêve de ma vie.

                           William T.

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Rédigé par William T.

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Publié le 29 Mai 2020

Schwartz envoya Little Boy, escorté par deux cavaliers, au camp des Shoshones, avec pour mission de convaincre Griffe d’Ours de se rendre, et de suivre l’armée, sans opposer de résistance. La réponse ne se fit pas attendre : Griffe d’Ours et ses guerriers combattraient les tuniques bleues jusqu’au dernier. Ce fut le message transmis en retour par Little Boy. Le même jour, Griffe d’Ours plaça le long de la rivière, tous ses guerriers et toutes les squaws armés d’arc et de couteaux. L’attente fut longue, les jours et les nuits passaient et aucun soldat n’apparaissait de l’autre côté de la rive. Si bien qu’après un certain temps, Griffe d’Ours décida d’envoyer son fils, Bison Fougueux, espionner le camp adverse pour savoir ce qu’il s’y préparait. Une surprise de taille attendait le jeune fils du chef. Plus aucun soldat n’était là. Les cavaliers avaient, semble-t-il, abandonné leur projet. Ils s’étaient volatilisés. Griffe d’Ours n’eut aucune explication à ce brusque revirement de situation, il crût que le commandant avait pris la sage décision de laisser son peuple vivre en paix. Pour cela, Griffe d’Ours fut reconnaissant aux visages pâles. Il fut convaincu qu’il ne serait plus jamais pourchassé. Or, il n’eut en réalité que quatre années de trêves.

En effet, la véritable explication à la disparition des tuniques bleues était toute autre. Un cavalier, envoyé par le lieutenant Malone, avait intimé l’ordre au commandant de rejoindre, le plus rapidement possible la Virginie. Il lui était demandé de se mettre sous les ordres du général Grant pour combattre les Confédérés du Général Lee. La guerre de sécession venait d’être déclarée. La priorité pour le Général Washington était de maintenir l’unité du pays. Assurer la sécurité dans les territoires non encore investis passait après.

La conquête de l’ouest attendrait. 

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Rédigé par William T.

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Publié le 28 Mai 2020

Pleasant River se trouvait à quatre jours de cheval pour un indien qui ne dormait pas. Il en fallu cinq à l’éclaireur à cause des conditions climatiques. Arrivé à proximité du village de Griffe d’Ours, Little Cloud, frigorifié et passablement affaibli par le voyage, fut fait prisonnier par une horde de guerriers. Il fut conduit devant leur chef qui, à la suite de ses révélations, prit comme première décision de faire attacher le traître au poteau de torture. Griffe d’Ours donna ensuite l’ordre de démonter les tipis, de fabriquer des brancards pour transporter les charges lourdes. La fuite de son peuple était indispensable pour préserver sa liberté, tous refusaient de mourir de maladie ou de finir alcooliques, dans une réserve.

Pour les Shoshones, la longue marche vers l’ouest commençait. 

Au cours de ce voyage, les difficultés furent innombrables. D’énormes quantités de neige ralentissaient leur progression, les rivières, aux courants dangereux, étaient presque infranchissables. La faune sauvage guettait leurs moindres faiblesses. Ils devaient s’arrêter chaque fois qu’une squaw accouchait. Les plus âgés, qui ne pouvaient plus suivre, étaient abandonnés. Plusieurs escarmouches eurent lieu avec d’autres tribus. L’idée de Griffe d’Ours était de mettre la plus grande distance entre lui et les tuniques bleues, et de trouver un endroit encore vierge de toute présence humaine.

Après avoir parcouru un territoire, qui plus tard s’appellerait l’Idaho, il décida d’arrêter cette marche pour la liberté dans une plaine qui offrait plusieurs avantages. Au nord, de hautes montagnes barraient la route à d’éventuels ennemis ; au sud, s’étendait une zone désertique nommée Petrified Forest — cette ancienne forêt de Séquoias géants avait été momifiée à la suite de sécheresses importantes — à l’est, la Snake River, que les Shoshones venaient péniblement de traverser, formait une frontière naturelle. 

Le peuple Shoshone avait enfin trouvé un lieu où reconstruire son village et reprendre le cours paisible de sa vie.

Au début du mois d’avril, le commandant Scharwtz quitta le fort à la tête de sa troupe, direction Pleasant River. Il ne se doutait pas de la surprise qui l’attendait. Après cinq jours de cheval, la colonne arriva enfin au village des Shoshones. La seule trace qui restait de leur présence était un poteau et un squelette attaché dessus. Il fut vite identifié comme étant Little Cloud. Le commandant comprit que le responsable de la fuite de Griffe d’Ours était le lieutenant Malone. Lui seul était dans la confidence de cette expédition. Le commandant réfléchit aux deux options qui s’offraient à lui : retourner à Fort Umbolt et mettre son adjoint aux arrêts ou, honorer l’ordre du Général, et poursuivre la tribu pour la conduire dans sa réserve. N’écoutant que son devoir, le commandant décida de retrouver Griffe d’Ours. Il ordonna à Little Beaver et Little Boy, ses deux éclaireurs, de suivre la piste empruntée par les Shoshones. 

La longue traque commença. Les soldats, comme les guerriers avant eux, rencontrèrent de multiples obstacles pour franchir les territoires de l’ouest, qui n’étaient sous aucun contrôle. Là-bas, les visages pâles étaient inconnus, hormis quelques trappeurs. Les tribus hostiles à leur présence les harcelèrent, occasionnant de nombreuses pertes humaines. L’un des deux charriots s’affaissa sous le poids de sa charge. Tout son contenu dévala une pente raide et, disparu dans un canyon. Certains jours, le commandant émettait des doutes sur sa décision à vouloir mener à terme une telle aventure. Pourtant, l’issue était proche. Little Beaver ramena de bonnes nouvelles, au retour de sa mission d’éclaireur : Griffe d’Ours et son peuple étaient installés, dans une plaine, au bord d’une rivière, à un jour de cheval. L’effort consenti par le commandant et ses hommes était enfin récompensé. 

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Rédigé par William T.

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Publié le 27 Mai 2020

Miracle à la Snake River

 

Mars 1861

Fort Umbolt - Minnesota, 32ème état de l’Union, fondé en 1858.

 

Le fort Umbolt, dirigé par le commandant Otto Schwartz abritait la 4ème compagnie de cavalerie, forte de 150 hommes. Le fort se trouvait à cheval entre la frontière du Minnesota et les territoires de l’ouest, encore vierges de toutes traces de l’homme blanc. Seuls quelques trappeurs y tentaient l’aventure pour chasser la fourrure. Les tribus indiennes se déplaçaient en toute liberté, dans ces grands espaces. Mais, pas pour longtemps. 

Le Commandant Schwartz était originaire de Prusse Orientale. Ses parents étaient arrivés sur le nouveau continent en 1815. Otto était né cinq ans plus tard. Après une enfance misérable, il était entré dans la prestigieuse académie militaire de West Point, et en était ressorti major de sa promotion, avec le grade de lieutenant. C’est durant les guerres indiennes, qu’il acquit ses galons de commandant. Ses origines prussiennes faisaient de lui un militaire discipliné, obéissant, incorruptible, et surtout intransigeant sur les ordres reçus. 

Au fort Umbolt, il avait pour adjoint, le lieutenant Timothy Malone. Un officier moins strict qui préférait le dialogue et la tolérance, à la manière forte. Les accrochages entre les deux hommes étaient coutumiers. Ce jour-là, une énième dispute avait lieu dans le bureau du commandant :

— Timothy, vous n’avez pas à discuter un ordre ! Le Général Washington m’a confié la mission de conduire la tribu des Shoshones dans une réserve. Des migrants arrivent par milliers dans notre pays. Ils réclament des terres pour installer leurs familles. C’est à nous de leur faciliter la tâche. Il n’est pas question qu’ils croisent des indiens sauvages et violents qui pourraient les massacrer.

— Commandant ! Si je puis me permettre, les Shoshones sont une tribu pacifique. Il n’y a eu aucun incident jusqu’à présent avec eux. Leur chef, Griffe d’Ours, est un homme de paix.

— Lieutenant ! Vous avez fait West Point ? Vous n’avez pas oublié la devise de l’école : « Obéissance – Discipline. ». 

— Commandant, sauf votre respect, les territoires de l’ouest sont suffisamment grands pour toute le monde.

— Timothy, n’insistez pas. Je partirai au mois d’avril, il y a encore trop de neige en ce moment. J’emmènerai cent cavaliers, deux chariots avec de la nourriture et de la poudre. Nous ferons lever le camp à ces Shoshones. Pendant ce temps, vous, vous prendrez le commandement du fort. Ceci est un ordre !

Le lieutenant sortit du bureau contrarié et peu enclin à obéir à son supérieur. Il prit la décision d’agir au plus vite. Il convoqua dans son bureau Little Cloud, un des trois éclaireurs que l’armée entretenait. Ces indiens servaient de pisteurs et d’interprètes. Le lieutenant mit Little Cloud dans la confidence de son projet :

— Tu vas te rendre à Pleasant River pour avertir le chef Griffe d’Ours que dans une lune, les tuniques bleues vont venir dans l’intention de conduire son peuple dans une réserve. C’est un secret entre toi et moi, personne ne doit être au courant. Tu quitteras le fort, sous le prétexte d’une journée de chasse.

Le lieutenant ne se doutait pas qu’il ne reverrait plus jamais Little Cloud. 

L’indien hocha la tête plusieurs fois pour montrer son assentiment, tout en sachant à quoi s’attendre. Les Shoshones, comme les autres tribus, avaient pour habitude d’éliminer les traîtres à la nation indienne. 

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Rédigé par William T.

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