Publié le 22 Novembre 2019

Si vous vous posez des questions sur la vie après la mort. Si vous doutez, et en même temps avez bien envie de croire, à la continuité, à la survivance de votre âme après votre décès et que, bien sûr, vous aimeriez des réponses, alors lisez La Preuve du Paradis d'Eben Alexander. Ce neurochirurgien américain a fait une EMI, Expérience de Mort Imminente, suite à une maladie aussi subite  que paralysante, puisqu'il est resté dans le coma pendant sept jours. Ce qu'il a vécu pendant ces sept jours, il le raconte avec la précision du scientifique qui, malgré un esprit très cartésien, est obligé de se rendre à l'évidence : aucun état végétatif de ce type ne permet à un cerveau d'inventer une histoire pareille.

Extrait : "Quelque chose était apparu dans l'obscurité. Tournant lentement, cela irradiait de fins filaments d'une lumière blanche et dorée, et peu à peu l'obscurité autour de moi a commencé à se fendre et se disperser. Alors, j'ai entendu un autre son : un son vivant, comme la pièce de musique la plus riche, la plus complexe, la plus belle qu'on ait jamais entendue. Gagnant en intensité alors que la forte lumière blanche descendit, il s'est surimposé au battement mécanique et monotone qui, depuis des éons semblait-il, avait été mon unique compagnie jusqu'alors.... Puis, au centre même de cette lumière, une autre chose est apparue. J'ai concentré toute mon attention, essayant de comprendre de quoi il s'agissait. Une ouverture. Je n'étais plus du tout en train de regarder la lumière qui tournoyait doucement, je regardais à travers elle. Au moment même où j'ai compris cela, j'ai commencé à m'élever."

Pendant que ses amis chirurgiens tentent d'expliquer comment et pourquoi Eben Alexander a sombré dans le coma, et surtout de l'en sortir sans y parvenir, lui vit une expérience extraordinaire qu'il décrit dans ce livre, tout en faisant le point sur sa vie. Les erreurs qu'il a pu commettre, les explications à côté desquelles il est passé en tant que scientifique. Le fait qu'il soit un enfant adopté. Sa famille, sa soeur décédée, Betsy.  Est-ce elle qu'il va rencontrer dans cette aventure ? Quand il sort du coma, alors que ses amis médecins allaient le débrancher, Eben Alexander va faire des recherches et va examiner toutes les possibilités pour expliquer comment son cerveau a pu lui faire vivre cette histoire.

Extrait : "Une par une j'ai étudié les propositions que je savais que mes collègues, et moi-même autrefois, aurions faites pour expliquer ce qui m'était arrivé. Mon expérience était-elle un programme primitif du tronc cérébral qui a évolué pour adoucir la douleur et la souffrance terminales - peut-être un vestige des stratégies de "mort simulée" utilisées par les mammifères inférieurs ?...Était-ce une réminiscence déformée de souvenirs en provenance des zones les plus profondes de mon système limbaire, la partie du cerveau qui alimente la perception émotionnelle ?... une sorte de vision psychédélique provoquée par l'un des (nombreux) médicaments qu'on m'ait administrés ? ... Et l'intrusion de sommeil paradoxal ?... La DMT est structurellement similaire à la sérotonine et peut provoquer un état psychédélique intense... La dernière hypothèse que j'ai étudiée était le "phénomène de reboot" (redémarrage)..."

Eben Alexander nous ouvre l'esprit sur l'éventualité d'une autre vie après la mort. Dans une monde si différent de ce que l'on connaît qu'il est presque impossible de le décrire parce que notre vocabulaire n'est pas adapté. Un monde d'amour, où nous n'avons plus de corps mais où nous percevons des sons et des images et ressentons les mots plutôt que de les exprimer. 

Il est soit un scientifique fou, soit un être humain qui possède bien une âme.

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

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Publié le 21 Novembre 2019

RETOUR DE BAL

 

La nuit enveloppe la route de campagne. Les talons de Julie claquent sur le bitume. Quelle idée de mettre des escarpins !songe-t-elle. « Ça affine la silhouette » lui a dit Lilou. Tu parles ! Comme si des talons pouvaient gommer ses formes. Julie est focalisée sur le bruit de ses chaussures. Il faut dire qu’il n’y en a pas d’autre. Elle a dépassé le dernier lampadaire, en haut du chemin Jourdan Leca. Elle est arrivée au croisement avec le chemin de la Clare, et a continué tout droit sur celui du Péras. L’endroit est seulement éclairé par un premier quartier de lune qui joue à cache-cache avec les nuages. 

 

Normalement, les nuits sont claires en été. La jeune fille est allée au bal, sur la place Portalis. Lilou devait la raccompagner avec sa voiture sans permis, mais elle est partie plus tôt, suivie par un homme. Un inconnu, avec qui elle va finir la nuit. Lilou fait ce qu’elle veut. Ça a mis Julie en colère, mais comme d’habitude, elle n’a rien dit. Comme d’habitude, elle a souri et a déclaré qu’elle se débrouillerait seule pour rentrer. 

 

Elle lève les yeux. Putain, je sors juste le soir où le ciel est couvert, pas d’étoile, je vois rien ! Encore quatre cents mètres et elle sera chez elle. Dans la vieille maison, son héritage. C’est bizarre, ce silence. Il pourrait au moins y avoir des grillons ! Il y a cinq minutes, Julie les entendais. 

Deux pour cent de batterie, c’est ce qu’il lui reste. Elle préfère l’économiser et n’allume pas la torche de son Smartphone.  

 

Au bal, sa voisine lui a proposé de la ramener. Julie a décliné l’offre. Elle déteste sa voisine. Elle a de grandes dents et le rouge à lèvres qui dépasse. Julie la trouve râleuse. Elle s’énerve après tout le monde, tout le temps ! Et surtout quand elle est au volant de sa Twingo. Elle ne se prive pas de sermonner les autres automobilistes, en passant sa tête à travers la portière.

 

N’importe qui pourrait se planquer dans les vignes, songe Julie. Elle ne verrait rien venir. Elle espère que ses parents la surveillent, de là-haut. Il y a deux ans, ils sont morts brutalement. Depuis, ils viennent lui parler dans ses rêves. Quand elle le raconte à Lilou, la jeune fille fait la moue. Pour elle, les morts sont morts et ne reviennent pas hanter les vivants. Pourtant, Julie y croit. Elle a une imagination débordante et écrit des histoires. Elle se dit que personne ne les lira jamais, parce qu’elle n’osera pas les montrer. Surtout pas à Lilou. C’est nul ! se moquerait-elle. Lilou a les deux pieds sur terre. Julie a souvent la sensation qu’elle ne vit pas dans le même monde que son amie. Lilou est jolie, pleine de vie et attire les regards. Elle n’est jamais seule, toujours à traîner derrière elle un garçon, en pamoison. Ce n’est pas le cas de Julie. Malgré son jeune âge, elle s’est fait une raison, personne ne la désire. Sûrement parce je suis ronde, triste et perdue dans mes pensées. C’est l’explication qu’elle voit, dans les yeux de Lilou. 

 

Alors, elle se dit que même un violeur ne voudra pas d’elle, ce soir.

 

La marcheuse est toujours très essoufflée, même si la route est plate, à présent. Elle croyait pouvoir traverser la campagne sans éprouver de crainte. Mais le défi est dur à relever. Elle a l’impression que quelque chose va se passer, ce soir. Et pourtant, elle refuse de se laisser emporter par son imagination. Elle lutte pour garder la tête froide. Et surtout, elle essaie d’oublier cette sensation, d’être dans la mauvaise direction. C’est totalement ridicule comme idée, sa maison est bien par là. Il faut qu’elle cesse de penser ! Et dire que Lilou est probablement en train d’embrasser l’homme avec qui elle est partie. Planqués dans sa voiture à lui, quelque part sur une route de campagne, Lilou le laisse explorer son corps. 

 

Julie s’arrête et enlève ses escarpins. Elle préfère marcher pieds nus que de continuer à porter ces fichues chaussures. Le bitume est encore chaud. Ce n’est pas désagréable. 

 

A quelques mètres, elle ne le voit pas encore, mais il y a un virage, bordé de chaque côté par deux murs en pierres, assez hauts. Des arbres les surplombent, l’obscurité sera totale. Julie a enfin repris une respiration à peu près normale. Cette fois, il n’y a plus aucun bruit quand elle marche. 

 

C’est étrange, constate-elle, le sol a changé de texture. Ses pieds s’enfoncent dans quelque chose de mou. Zut, des crottes de cheval ! Mais, non ! C’est l’ensemble de la surface qui est devenue souple. Elle qui espérait marcher de plus en plus vite, c’est raté. D’ailleurs, elle n’a toujours pas atteint le virage. Il semble toujours à la même distance, depuis un moment.

 

La jeune fille regarde par terre, puis devant elle. C’est comme si le sol voulait la freiner. Elle jette des coups d’œil alentour. La peur lui noue l’estomac, cette fois, elle bien obligée de l’avouer. Julie a envie de pleurer tout à coup. Soirée de merde !  Il lui semble être perdue dans le néant. Un néant qui l’anéantit.  

 

Julie manque une respiration, un grincement sinistre vient de se faire entendre. Un bruit de fer rouillé, étouffé par le silence enveloppant. Un vieux portail ? Se serait-il refermé sur elle ? Julie se sent prisonnière, subitement. Coincée dans cette nuit d’été, sur ce chemin mouvant, dans ce corps qu’on lui dit imparfait. Peut-être ne s’en sortira-t-elle jamais ! Peut-être restera-t-elle seule et mal aimée ? Comme sa voisine. 

 

Elle envoie son pied en avant, mais il s’enfonce, jusqu’à la cheville. 

 

Elle se souvient, quand elle était petite, dans les châteaux gonflables, sur la plage des Lecques. Elle courait, glissait, tombait et n’avait rien pour se rattraper. Ce soir, c’est pareil. Elle marche dans un château gonflable. Et ce virage qui est toujours à la même distance. Elle n’avance pas, elle fait du sur place. Les larmes coulent sur ses joues. Julie prévoit qu’un maniaque va l’étrangler ou bien, qu’elle va tomber d’épuisement sur ce long ruban noir et mou. 

 

Alors, Julie décide de s’asseoir. Elle sait comment on fait quand on abandonne. Les fesses sur le goudron, les mains sur le visage, elle sanglote et attend son sort. Tout à coup, elle entend un hurlement, une voix de femme. Julie crie à son tour et avec maladresse, elle se redresse. Personne ne l’en empêche. Elle court. Mais ses pieds s’enfoncent dans le château gonflable. Je vais mourir ! Je vais mourir ! se répète-t-elle. Puis, ses pensées s’entrechoquent. La jeune fille s’affole et perd l’équilibre. Elle se retrouve à plat ventre. Le sol a ondulé sous le choc de sa chute. Julie est ballotée, puis glisse sur le bas-côté. La voilà allongée sur le dos dans la terre, juste aux pieds des vignes. C’est stable. Julie ramasse sa dignité et son corps malmené. Elle se relève et s’époussète. Un cauchemar, ce n’était qu’un cauchemar. Elle essaie de s’en persuader. Elle entend les grillons. Les nuages se sont dissipés. Elle voit le virage. Il est tout prêt. Qui a hurlé ? Cette voix lui rappelle quelqu’un. 

 

Peut-être vaudrait-il mieux qu’elle reste cachée dans les vignes ? Julie hésite. Elle jette des coups d’œil alentours, mais sa vision est limitée. Il y a des bruits, mais ce sont ceux de la nature, la nuit. Rien d’inquiétant. Elle pose ses mains au sol pour remonter à quatre pattes la petite pente qui la ramènera sur le goudron. Elle finira bien par arriver à rentrer chez elle ! À moins que ce ne soit pas la destination qu’elle devrait choisir… Soudain, le nez parvenu au ras du bitume, elle voit une fille qui court dans sa direction, les bras en l’air, les cheveux en bataille, en culotte et t-shirt déchiré. C’est Lilou qui s’échappe. Une voiture la suit, c’est un gros quatre-quatre, qui va lui rouler dessus. Julie a l’impression de voir un mauvais film se dérouler sous ses yeux. Ce sont des images, c’est virtuel. Une vision ? Lilou va bientôt passer devant elle. Julie est tétanisée de peur. Elle enfonce ses doigts dans la terre pour s’accrocher à la réalité. Ceci n'est pas vrai, c’est une illusion, Lilou va bien. Julie prend une grande inspiration et piétinant sa terreur, elle parvient à s’extirper de la pente et à rejoindre le bitume. 

 

Et là, il n’y a plus rien. Pas de lilou, pas de voiture. J’ai des hallus. Julie regarde au loin, vers le dernier lampadaire du village, il clignote, comme un appel. Sans réfléchir, elle marche vers lui sur un sol ferme. Elle rebrousse chemin, guidée par la tour en pierre, éclairée. Elle court presque. Arrivée au croisement, qu’elle a dépassé toute à l’heure, Julie se retourne face à la route qui conduit à la Cadière et elle la voit. Les bras battant l’air, les cheveux ébouriffés, elle a perdu sa jupe et son corsage est ouvert jusqu’à la taille. Les phares la suivent et vont la rattraper. Il ne s’agit pas d’une scène d’horreur dans une série, il s’agit de la vraie vie. 

 

Julie écarte les bras, Lilou tombe sur elle. Les deux jeunes filles roulent à terre. La voiture stoppe. Julie distingue des ombres qui s’agitent. Ils vont descendre. Elle tient le corps inerte de son amie, qui a sombré dans l’inconscience. Elle va devoir se battre seule contre ses bourreaux. 

 

Brusquement, un coup de klaxon rageur retentit plusieurs fois. Les ombres dans le quatre-quatre hésitent, quelques secondes. Puis, le moteur redémarre et la voiture s’engouffre dans la nuit noire du chemin de la Clare. Julie aperçoit la petite voiture à l’avertisseur nerveux et elle entend la voix féminine du chauffeur qui s’indigne. 

 

  • Ah mais je te jure ! Qu’est-ce qu’ils foutaient au milieu de la route, ces cons là ! dit sa voisine aux grandes dents.  

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

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Publié le 19 Novembre 2019

Tout d'abord, je dois avouer que je n'ai pas été capable de différencier Stieg Larsson de David Lagercrantz, quand ce dernier a pris la relève du premier (décédé). J'ai autant aimé les tomes 4 et 5 que les trois premiers. J'ai donc acheté le 6. J'imagine que ce qui fait vibrer les lecteurs de Millénium, comme moi, c'est l'incroyable résilience dont fait preuve Lisbeth Salander, mais aussi sa notion personnelle de la justice (qui rejoint bien souvent la notre) et son application, par ses soins. Rien ne me rendait plus heureuse que de la voir clouer le bec aux méchants, avec un niveau d'agressivité équivalent à ce qu'elle avait pu subir. Une digne représentante de toutes les violences faites aux femmes, qu'on a envie de remercier pour sa façon de mettre en oeuvre ses plans de vengeance. Bien que je n'ai aucun reproche ni résidu de haine envers la gent masculine! Quant à Mikael Blomkvist, son charme suédois n'opérait pas forcément sur moi. Trop froid, trop hésitant (est-il capable d'aimer Salander ? ou préfère-t-il la jouer sur plusieurs tableaux avec Erika Berger ?). Bref, j'ai entamé le tome 6 en toute hâte et je l'ai lu en 5 jours. Dévoré, quoi. Mon avis : Bof !

Je n'ai pas retrouvé dans ce livre les mêmes notions que dans les précédents. Certes, il annonce une fin. Mais on s'attend à ce qu'il va se passer, dans les grandes lignes. Il n'y a pas de surprises. On retrouve une Lisbeth en sous régime. Elle est anéantie par ses sentiments. La confrontation avec sa soeur nous laisse un peu sur notre faim. C'est Mikael qui fait tout le boulot. On dirait que Lisbeth n'a jamais eu affaire à un mal aussi puissant. En fait, elle n'a jamais eu affaire à ses propres sentiments. C'est eux qui la bloquent et l'empêchent de tuer sa soeur. Alors que jusqu'à présent, elle n'hésitait pas à se débarrasser de n'importe quel méchant. Ça se comprend. Mais ça enlève du charme au personnage. Elle devient plus humaine. On lui connaissait des faiblesses, mais elle s'en sortait toujours. Bref, j'ai trouvé l'ensemble un peu plus "poussif" que d'habitude.  Je mets le mot entre guillemets parce que, bien sûr, pour une série comme Millenium, où l'action prédomine, il n'y a pas de temps morts. Si c'était un film, je dirai qu'il manquait le scénario. Ce dernier tome reste, pour moi, le moins captivant de tous. Je ne peux pas le déconseiller, il clôture une histoire et doit être lu mais, à mon sens, il n'est pas au niveau des autres. 

Il n'en reste pas moins que Lisbeth est notre héroïne à toutes!!!

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

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Publié le 19 Novembre 2019

Un livre qui change une vie.

En effet, même si parfois on a l'impression que Colin C.Tipping fait du prosélytisme (en bon américain, blanc et chrétien), parce qu'il fait souvent référence à Dieu, ce livre ne parle pas de pardon divin, tout au moins en ce sens. Le Pouvoir du Pardon Radical nous informe sur notre capacité à changer, ce que j'appelle, notre angle de vue. On nous a appris, depuis tout petit, ce qu'était le bien et le mal. En grandissant, nous avons compris que la frontière était très mince entre les deux. Et que souvent, ce qu'on croyait être mal, s'est avéré être bien (et vice versa). Ou alors, qu'un mauvais acte pouvait générer de belles choses (et vice versa). Comment s'y retrouver ? Et si la notion du bien et du mal n'existait pas ? Et s'il n'y avait pas de victime et pas de bourreau ? Colin C. Tipping dit vouloir faire "la distinction entre le pardon qui maintient en place l'archétype de la victime et le pardon total qui nous en libère. Le pardon total nous met au défi de changer radicalement notre perception du monde et notre interprétation de ce qui nous arrive dans nos vies pour que nous puissions arrêter de nous comporter en victimes." 

Pour expliquer comment changer notre vision des choses, Colin C.Tipping aborde un grand nombre de notions. Il découpe son sommaire en quatre parties : 

1/ Une guérison totale (avec l'histoire de Jill, sa soeur au bord du divorce). En résumé, Jill s'est construite en pensant que son père ne l'aimait pas. Son mental ou égo, a été imprégné par cette croyance. A l'âge adulte, inconsciemment, Jill n'a attiré à elle que des hommes incapables de l'aimer vraiment. Ainsi son égo lui prouvait qu'il avait eu raison de se forger une croyance pareille. "Tu ne mérites pas d'être aimée par un homme, pour preuve, ce dernier t'a trompée." Il a suffit à Jill de comprendre les mécanismes de son égo, pour envisager le fait que l'absence de marques d'affection de la part de son père ne déterminait pas sa capacité à être aimée. Jill a changé sa façon de voir et d'être, s'en est ensuivi une manière différente d'être traitée.

2/ Conversations sur le pardon total L'auteur explique entre autres les notions de refoulement, de culpabilité et honte réprimées qui bloquent l'énergie, la projection sur quelqu'un d'autre de ce dont nous ne voulons pas, les boucs émissaires, etc. 

3/ Les hypothèses en détail Quelques exemples : contrairement à la plupart des pensées religieuses occidentales, nous ne sommes pas des êtres humains ayant une expérience spirituelle occasionnelle. En réalité, nous sommes des êtres spirituels faisant une expérience humaine.

ou : bien que notre corps et nos sens nous disent que nous sommes des individus séparés, nous sommes en vérité tous un. Nous vibrons tous individuellement comme parties d'un tout unique.

4/ Les techniques du pardon total  comment se libérer de l'idée, enfouie dans notre corps même, que nous avons été victime à un moment ou à un autre d'une personne ou d'une situation ? Voici les 5 étapes à suivre : 1) Raconter l'histoire, 2) Ressentir les émotions, 3) Faire s'effondrer l'histoire, 4) Recadrer l'histoire, 5) Intégrer le changement. Colin C.Tipping donne des fiches et des exercices.

Le pardon total inclut le pardon traditionnel, mais il est également infiniment plus vaste, global et révolutionnaire. Ce n'est rien de moins qu'une idée renversante qui vient briser nos idées en place concernant la réalité et qui met au défi notre vision actuelle du monde. Le pardon total nous invite à nous engager dans un processus ancré dans une réalité à quatre dimensions que nous ne comprenons pas encore...

Mais le cadeau véritablement incroyable qu'il offre à l'humanité se trouve dans sa capacité à servir de pont nous permettant de circuler librement et aisément, sans le savoir, entre la réalité tridimensionnelle* et la réalité quadridimensionnelle**.

*Conscience actuelle, fondée sur la peur, 3ème dimension

**Conscience recherchée, fondée sur l'amour, 4ème dimension

Colin C.Tipping conseille de chercher la perfection dans l'imperfection. Et pourquoi pas ? Essayons donc !

 

 

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

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Publié le 18 Novembre 2019

LA CLOCHE

 

Un grand beau soleil m’aveugle. Je traverse la rue, et l’espace d’un instant, la voiture rouge qui fonce sur moi manque de me renverser. Je l’ai évitée de justesse. C’est marrant, je n’aurais jamais cru trouver un engin pareil dans ce coin perdu de la France. C’est une Mustang écarlate, avec deux bandes bleues étoilées de blanc, croisées sur le toit. Ça me rappelle ce vieux feuilleton américain dont le titre était…voyons, je n’arrive pas à m’en souvenir. Ah, si : Shérif, fais-moi peur ! 

Et puis, je vois cet homme, assis par terre. Il est affublé d’un manteau en gabardine grise tout déchiré et d’un pantalon de vieux militaire en lambeau. Il a la barbe blanche et longue, et son œil est avisé. Un clochard sur un chemin de campagne. Ah, c’est vrai que ce terme ne convient pas ! On dit SDF maintenant. Ça me rapproche de lui ce changement de terme. Parce que moi, je ne suis pas un clochard, mais, il est vrai que je n’ai pas de domicile fixe. 

 

– Bonjour, je suis à la recherche de la maison hantée du village.

– Ah ! fait-il en souriant.

– J’écris une thèse sur l’existence des fantômes. Vous me paraissez sceptique !

– Pas du tout, m’sieur, j’y crois, moi, aux fantômes et vous ?

– Eh, bien oui ! Après tant d’années de recherches, j’en suis convaincu, n’en ai-je pas l’air ?

– Non, je crois que vous doutez.

Il ricane et me montre le chemin du doigt. Alors, je le laisse à sa joie moqueuse, adossé à un mur en pierres et m’éloigne en secouant la tête. 

Je parcours la France à la recherche d’indices. Il faut que je complète ma thèse sur les manifestations paranormales et autres phénomènes extraordinaires qui sèment le trouble dans nos pensées. Bien sûr que je crois aux fantômes, c’est toute ma vie. On ne peut pas mourir sans laisser de trace. Le corps se dissout dans la terre. Par contre, l’âme, comme un prisonnier libéré après avoir purgé sa peine, s’échappe vers une autre dimension. Elle flotte quelques temps puis rejoint le Paradis. Tout le monde le sait ça. Certaines âmes qui restent bloquées entre ici et l’au delà, sont ces fantômes qu’on voit apparaître, parfois. Pourquoi restent-elles coincées parmi nous ? C’est pour le savoir que je me suis jeté dans l’analyse de ces manifestations. Et puis, sans diplôme et au chômage, je n’avais rien d’autre à faire. J’ai deux passions dans la vie, les ectoplasmes et l’Histoire américaine. Ce pays me fascine et j’ai toujours rêvé d’y aller. Mais pas d’argent pour ça. 

J’arrive enfin à l’endroit indiqué. Elle est là, majestueuse et décalée comme on peut l’être après plus de cent ans d’existence, et surtout en ce lieu insolite pour elle. J’écarquille les yeux. Moi qui voulais voyager ! Fière et délabrée, d’une pureté fanée, c’est une vieille masure dont le toit avancé est soutenu par quatre colonnes blanches. Elle est entourée de ronces et d’herbes folles. Y-a-t-il un champ de coton, juste derrière ? Des chants d’esclaves noirs s’immiscent dans mes pensées. Le portail grince, je pénètre dans le jardin en bataille. 

Sur le perron, l’émotion grandit en moi. Pauvre orphelin sans le sou, je réalise un de mes rêves : entrer dans la maison d’un planteur. J’ai voyagé dans l’espace et dans le temps. 

 Je pousse la porte d’entrée et me retrouve face à un escalier à la stature imposante. Son élégance a défié le temps. J’imagine Scarlett O’Hara tomber dans les bras de Rhett Butler dans le film : Autant en emporte le vent.

Je suis scotché comme un post-it, la bouche ouverte, les yeux pas assez mobiles pour embrasser tous les détails de ce décor de cinéma. Il y a des toiles d’araignées, accrochées à des appliques cuivrées, en forme de candélabre. Les tableaux de deux mètres par trois, représentent des ancêtres à la mine sérieuse. Un vieux tapis élimé, rouge sang, dévale les marches à ma rencontre. Les deux rampes sont en bois d’acajou, les meubles sont couverts de bâches blanches. 

J’ai juste envie de m’asseoir, et d’attendre qu’une gouvernante à la peau noire, coiffée d’un bonnet et sanglée dans un tablier blanc, descende m’annoncer que le propriétaire ne saurait tarder à me recevoir. Non, erreur, pas une gouvernante, plutôt la maitresse des lieux, une lady anglaise immigrée aux Etats-Unis, qui souffre de la rudesse de ce nouveau pays. Elle s’ennuie, soupire et parfois laisse échapper une larme qui tombe sur sa broderie. Ça y est, c’est officiel, je deviens fou à lier. 

En haut de l’escalier, il y a un premier pallier très large, qui distribue deux volées de marches de chaque côté pour accéder à l’étage. Je caresse le bois de la rampe, un sentiment de pouvoir m’envahit. Moi qui n’ai jamais rien eu à moi, qui ne possède que mon sac de voyage et ma thèse. La peinture qui trône, au-dessus de cette première volée de marches est, à n’en pas douter, le portrait du propriétaire. Il est austère, fier, vêtu comme un chef militaire lors de la guerre de Sécession. Un général. Sherman était nordiste, quel nom portait déjà son homologue sudiste ? 

Quelle prestance ! Quelle assurance ! Tout ce que je ne possède pas. Je me retourne. Son épouse, je le suppose, le surveille depuis le mur d’en face. Que dire de cette femme ? Sauf que…elle est l’image même que je m’en faisais tout à l’heure. C’est une lady qui s’ennuie mais porte son rôle avec force et conviction, chapeau bas, Madame ! 

Un vaste balcon distribue des grandes portes que je me sens tout excité à l’idée d’ouvrir. C’est là que j’entends le tintement d’une cloche. Tout d’abord, très lointain puis qui devient de plus en plus clair. Enfin, la joie m’envahit, je vais voir des fantômes. Où se trouve la cloche ? Dans les cuisines bien sûr, juste ici, au rez-de-chaussée. Il semblerait que ce soit un tintement d’impatience. Madame voudrait son déjeuner, que fait la cuisinière !

Là, les doubles portes, j’entre, c’est bien ça, les cuisines. Une batterie de vaisselle camouflée par des tonnes de poussière, une cuisine équipée d’époque. J’imagine les soubrettes courant à droite, à gauche avec des plateaux chargés. Le tintement s’est arrêté. Madame est servie. Je pousse la porte battante qui donne sur la grande salle à manger. Personne à table. Plus loin, le salon, la cheminée, la bibliothèque. Il y a une odeur, la saleté ? Le vieux bois ? Non, de la fumée. Je sens une fumée de cigare. Elle devient de plus en plus forte. Devant la cheminée, il y a un fauteuil en velours vert, tourné de dos à moi. J’ai la gorge serrée comme à chaque fois avant une apparition, pourvu que ce soit le Général. Je m’approche, il n’y a personne. Zut ! Un grand fracas me fait sursauter, je passe l’autre porte et arrive sur un boudoir, celui de Madame la Générale. Il s’agit d’une pile de livres qui est tombée par terre en emportant dans sa chute une lampe à pétrole dont le verre s’est éparpillé sur le sol. Comment des richesses de ce type n’ont-elles pas encore été pillées par une bande de voleurs sans scrupules ? Même moi, je pourrais…parce que ce n’est pas avec mon RSA que je parviens à bien manger tous les jours. Mais je ne suis pas un pilleur. 

De l’autre côté du grand hall, se trouve la salle de réception parquetée. J’imagine la danseuse qui se tort la cheville, juste devant moi et s’excuse auprès de son partenaire. Elle porte une large robe empesée de dentelles, de broderies et de broches. Son décolleté est carré, elle est splendide. Je l’ai admirée en rêve. 

La voiture rouge de toute à l’heure, ça me revient, les héros du feuilleton l’appelait « Général Lee ». C’est lui, en haut de l’escalier, le Général sudiste, j’en suis sûr. Qu’est-ce que Lee foutrait ici ? Je repasse par le hall pour le voir. Le poids de sa charge le rend beau. Ce n’est pas comme moi qui n’ai aucun devoir. Puis, je retourne vers la cuisine, au hasard.

Tiens ! Tiens ! Tiens ! Des miettes de pain par terre qui ne datent pas de la Sécession. Je suis la piste jusqu’à une pièce adjacente à la cuisine, le garde-manger. L’homme ne bouge pas, ne sursaute même pas quand j’ouvre la porte, il mâchonne quelque chose et me regarde avec cet œil avisé que j’avais remarqué toute à l’heure. 

– Qu’est-ce que vous fichez-là ? lui dis-je. Outré qu’il puisse squatter cette maison.

Il ne répond pas et se lève de sa chaise en paille. Il passe devant moi, son pain à la main et traverse la cuisine. Il marche en m’ignorant jusque vers le hall, je lui emboîte le pas. Il traverse la pièce, arrive près de la porte d’entrée, l’ouvre et me cède le passage. 

 – Ya pas de fantôme ici ! Maintenant foutez le camp ! fait-il, subitement pressé de me voir partir.

– Hors de question ! Cette phrase est sortie toute seule, je l’ai dite sans réfléchir. Après tout, j’ai peut-être affaire au propriétaire. De quel droit, je m’immisce chez lui. Est-ce moi le squatteur ?

– Partez ! répète-il d’un ton las.

– Pourquoi ? 

– Parce que nous n’avons pas besoin d’un chasseur de fantômes. Vous n’avez rien à faire ici. 

Je demeure immobile en essayant d’ignorer la forte luminosité qui entre par la porte et qui me fait plisser les yeux.

– Nous savons tous les deux que cette maison est remplie de fantômes. Pourquoi ne veulent-ils pas me rencontrer ? insistai-je.

– Que vous êtes donc idiot et obstiné ! 

– Idiot ! Idiot, vous-même. Cette maison ne vous appartient pas plus qu’à moi. Vous y dormez parce que vous n’avez pas d’autre endroit où aller.

Me voilà bien sûr de moi, tout à coup. 

– Tout comme vous, vous ne savez pas où aller. 

– Je cherche les fantômes ! 

– Foutez-leur la paix ! 

 – Pourquoi ? Vous n’en êtes pas uns. Alors en quoi ça vous regarde ? 

Il a lâché la poignée et repart vers le hall en secouant la tête. Je le rattrape.

– Que se passe-t-il exactement, ici ?

– Vous ne me croiriez pas ! 

– Alors là ! Je ris, tout à coup. Savez-vous que je sillonne la France depuis cinq ans pour être le témoin de phénomènes paranormaux. Des malades mentaux, j’en ai rencontré, autant que des disparus coriaces qui voulaient m’inquiéter par leurs ricanements ou leurs gloussements. Je suis prêt à tout entendre, à tout voir et à tout croire. Allez-y, épatez-moi !

Il s’arrête, pivote, les mains sur les hanches. Et là, je reçois un choc, une décharge électrique qui me secoue les membres. J’ai en face de moi le Général Lee. Mes yeux vont du tableau, au clodo. Ce n’est pas possible ! Mon cœur bat fort.

 – Qui êtes-vous ? parviens-je à articuler. 

– D’après vous ? 

– Vous n’êtes pas un fantôme, vous êtes bien réel, donc, je suppose que vous êtes son descendant. 

Il repart en direction de son garde manger et je le suis. Il me propose une vieille caisse pour m’asseoir et lui, reprend sa place sur sa chaise.

– C’était quoi cette clochette, tout à l’heure ? demandai-je.

– Ça venait de la cuisine. C’est une ruche avec toutes ses bonnes femmes qui parlent fort et s’agitent pour les préparatifs du bal. 

 – Quel bal ? 

– Le dernier, avant que… le Général ne parte prendre le commandement des forces armées de Virginie, le 23 avril 1861. Quatre années à peu près avant de signer la reddition des Confédérés. Enfin, vous connaissez l’Histoire !

– Oui, je suis passionné par tout ce qui touche à l’Histoire américaine. En entrant dans cette maison, j’ai eu l’impression d’avoir été téléporté au dix-neuvième siècle dans une maison de planteur. Je sens la présence du Général, des employés, des esclaves. Pourtant, nous sommes en France, en pleine campagne, au vingt et unième siècle. Je ne m’explique pas la présence de cette maison, ici. 

– Le Général est devenu propriétaire de la plantation d’Arlington en mille huit cent cinquante-sept. Cette propriété appartenait à sa belle-famille depuis plusieurs générations. La maison dans laquelle nous nous trouvons a été construite là-bas, en Virginie. À la fin de la guerre, la propriété a été saisie par les troupes nordistes et transformée en cimetière militaire. L’Histoire ne le raconte pas, mais le fils du Général, Georges Washington Custis Lee a fait démonter la demeure morceau par morceau, a fait déménager les meubles et tout charger sur un bateau, direction la France. La défaite était amère, il voulait que cette maison familiale ne revienne pas aux vainqueurs. Tous les objets sont d’époque. 

– Je n’ai jamais entendu parler de cela et il me semble que si c’était vrai, l’information aurait été diffusée à la télévision depuis très longtemps et cet endroit serait devenu le lieu le plus touristique du monde ! 

Il me regarde, la bouche pleine. Sa moustache s’agite au rythme de sa mastication. Je poursuis :

– J’ai compris, tout a été fait jusqu’à présent pour ne pas attirer l’attention, personne ne sait que cette maison appartenait au Général Lee parce que personne n’a pu y pénétrer. On la dit hantée pour ne pas que les gens s’approchent. Aucun voleur n’a-t-il donc essayé de forcer la porte ? 

Il continue de me fixer avec son petit sourire que je devine. Je reprends :

– D’accord, le peu de bandits qui ont tenté le coup, ont été fichus dehors avant d’être entrés. Ce sont les fantômes qui jouent les gardiens ? Et moi, pourquoi m’avoir permis de visiter ? 

Il commence à m’agacer par ses silences, quand aura-t-il fini de mâcher son pain ? Je continue :

  • Vous n’êtes pas un serial killer tout de même, qui a enterré des cadavres dans le jardin, depuis cent soixante ans ? 

Il rit à gorge déployée. Je vois rouge.

– C’est ça, je vous fais rire. Eh, bien le Sud a perdu, Lee est vaincu, l’esclavage est aboli. Les morts n’ont aucun pouvoir sur nous. Pourquoi m’avoir laissé entrer ? Pourquoi ne se montrent-ils pas ? 

Enfin, il me parle :

 – J’ai fait des pieds et des mains pour qu’ils se manifestent justement, pour vous expliquer. Ils n’ont rien voulu savoir, ils se planquent. Ils disent que vous devez passer à autre chose et les laisser en paix. 

Le descendant du Général se dresse enfin. Il s’époussette. Je commence à douter de ses dires et de son comportement. Il faudrait que je prenne du recul pour juger de tout ça. J’essaie une autre tactique.

– Et si tu n’étais qu’un menteur ? Et si tu avais inventé tout cela ? Cette maison est juste la reproduction d’une maison coloniale qu’un propriétaire bien français a été autorisé à bâtir, il y a une centaine d’années. Il n’y a aucun fantôme et le tableau, là-haut, n’a qu’une vague ressemblance avec toi. La clochette, la fumée du cigare, les livres qui sont tombés, c’était toi. Tu n’es qu’un pauvre SDF, une cloche et tu t’es inventé une famille, une lignée, une Histoire. 

– Comme toi, le chasseur de fantôme, orphelin. C’est fini. Part, maintenant !

Je suis déçu, désappointé, horripilé de m’être laissé berner. L’émotion étreint ma voix quand je réplique :

 – Mes parents sont morts jeunes, dans un accident de voiture et je crois qu’ils sont restés coincés ici, dans une autre dimension et je m’imagine toujours que je vais pouvoir leur parler un jour. C’est mon dernier souhait. 

 

Inutile d’insister. Je quitte la demeure en protégeant mes yeux de la lumière aveuglante qui règne dehors. Il m’adresse un signe de la main, comme un vieil ami qui dit au revoir à un autre. Je rejoins le grand portail, puis, je me retourne et il a disparu. Il ne se tient plus dans l’encadrement de la porte qui est fermée. Étrange, était-ce une apparition ?

Mes pas me ramènent au village, j’ai l’impression que la maison et tout ce qui l’entoure a disparu, au fur et à mesure que je marchais.  Ai-je rêvé ? J’arrive à proximité d’un bar PMU, j’y pénètre, m’installe au comptoir et commande un café. Le barman lit son journal étalé devant lui, il ne daigne même pas me dire bonjour. Il s’adresse à l’autre client.

 – T’as vu, Jo, je suis en train de lire l’article qui parle du village. Tu sais, l’accident qui a eu lieu, jeudi dernier. Ce con de Philippe, le fils du vieil Émile qui customise des voitures américaines. Il a renversé un gars qui est mort sur le coup. Ils disent, dans l’article, que c’était un chasseur de fantômes et qu’il était venu ici pour visiter la grange à la sortie du village, paraît-il qu’elle est hantée. 

 « Je crois que j’ai compris, je n’aurai jamais mon café, il est temps de partir. Je pivote sur mon tabouret et je le vois, de l’autre côté de la rue qui m’attend. Le Général Lee est venu me chercher, il y a un homme et une femme avec lui, serait-ce… ? »

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

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Publié le 14 Novembre 2019

LE TICKET DE LOTO

 

Les palpitations commencent dans la région du cœur, mais aussi dans les tempes. Les mains sont moites, les paupières clignent sans arrêt. La série de spots publicitaires s’achève enfin. Il reste une bande annonce pour le film du soir même et ça y est, l’image de la grosse boule qui tourne apparaît.

Le 6 dit la présentatrice, le 5, le 25, le 30, le 41 et le numéro complémentaire, le 10.

Arlette garde les yeux bien ouverts, fixes. Seuls les battements de son cœur lui rappellent qu’elle est en vie, parce qu’elle a cessé de respirer. Les chiffres résonnent dans sa tête, se mélangent. Tout devient confus. Elle sent qu’elle va étouffer, alors, elle reprend son souffle. 

 

La vieille dame joint ses deux mains sur les ailes de son nez dans une attitude de surprise mais aussi d’interrogation et de crainte. Que va-t-elle faire ? Comment agir ?

Bruno, son petit fils, va rentrer d’une minute à l’autre. Il aura bu de l’alcool et sentira mauvais. Il va venir s’asseoir à la table de la cuisine, et demander à sa grand-mère de le servir. Arlette va s’empresser de le satisfaire. La dernière fois qu’elle a voulu se rebeller, il a levé la main sur elle. Ce soir, il n’est pas question de lui montrer un quelconque changement d’attitude à son égard. Elle fera comme d’habitude. Il ne doit pas savoir pour le Loto sinon, il lui prendrait le ticket.

Arlette entend un pas lourd dans l’escalier. Elle se dresse précipitamment, se recoiffe, essuie les larmes sur ses joues. Cela ne durera pas, il va s’en aller. Il lui a promis qu’il ne resterait pas longtemps. Ça fait trois ans déjà qu’il a fait cette promesse, mais il ne trouve pas de travail, alors il reste. Il passe ses journées à boire et à faignanter. Arlette a peu d’espoir de le voir partir. Il lui mène la vie dure. Elle n’avait pas besoin de ça, à son âge, mais comment faire ? Elle ne peut pas le mettre dehors, elle a peur.

 

Il entre, l’œil vide, la lèvre inférieure pendante, sans rien dire. Il s’installe sur le fauteuil, face à la télévision.

  • Tu ne manges pas ce soir ? demande Arlette.
  • Non, j’ai pas faim, lui répond-t-il.
  • D’accord, je laisse tout de même ton repas au réfrigérateur, au cas où. 
  • Fais comme tu le sens, mémé. Tu regardais la télé, quand ch’uis arrivé ?
  • Oui, fait-elle au moment où ses viscères se crispent.
  • Quoi ? 

Arlette sent le coin de ses lèvres trembler.

  • La météo. 
  • Ah, y va faire beau, alors ? 
  • Oui. 
  • Et le Loto, mémé, tu l’as regardé ?
  • Oui. 
  • Et alors ? 
  • J’ai perdu. 
  • T’es sûre ? 
  • Oui 
  • Fais voir le ticket. 
  • Je l’ai déjà jeté. 
  • Quel conne ! Faut pas faire ça. Tu me le montres d’abord, la prochaine fois, d’accord ! 

Arlette frémit. Elle n’a jamais su mentir. Elle retourne dans sa cuisine et s’appuie à la table pour reprendre son souffle. Il serait capable de la tuer, elle en est persuadée. 

  • Mémé ! crie-t-il depuis le salon.
  • Oui.
  • Finalement, je viens, je vais manger.

Arlette se tient au dossier de la chaise sans bouger.

  • Eh, ben, tu me sers pas, ce soir ?
  • Si, si.

 

Elle s’active, met la table, sert son petit-fils, débarrasse quand il a fini, range tout et lui annonce qu’elle va se coucher. Une fois dans sa chambre, elle glisse sa main dans son soutien-gorge et touche le ticket gagnant du Loto. Demain, quand il dormira encore, elle ira au bar-tabac du coin pour demander combien elle a gagné. Elle se ravise. Le patron du troquet connaît trop bien son petit-fils, il ira tout lui répéter immédiatement. Arlette décide de se rendre plutôt dans un quartier que son petit-fils ne fréquente pas.

Elle va empocher l’argent, le gros lot, d’après tous les numéros qu’elle a vu sortir, et ensuite elle quittera cet appartement à tout jamais. 

Il tambourine à sa porte soudain. Arlette tressaille, elle remet le ticket dans sa cachette.

  • Qu’est-ce que tu veux ? 
  • Ouvre, je t’ai déjà dit de ne pas fermer ta chambre à clé, on sait jamais. J’ai besoin de liquide, où tu as mis ton porte monnaie ?

Arlette court le chercher, ouvre et le lui tend. Le jeune homme la regarde d’un air surpris.

  • D’habitude, tu rechignes à me filer du blé. 
  • Tu me tapes si je ne t’en donne pas, alors, je préfère obéir, dit-elle en baissant la tête
  • Oh, mémé, tu sais bien que je fais pas exprès ! Il me faut du fric de temps en temps, c’est difficile de s’en sortir quand on est au RSA. Si au moins tu gagnais au Loto !
  • Oui, oui, mais voilà, je ne gagne pas. 
  • Alors, tu vas arrêter de jouer, ça sert à rien, tu me donneras l’argent que tu dépenses à ça, à la place. 
  • D’accord. 
  • Tu es gentille ce soir, c’est bizarre. 
  • Non, je suis pareil qu’hier. Allez va te coucher, bonne nuit. 

 

Arlette referme la porte et ne dort pas de la nuit. Enfin, c’est ce qu’elle croit, elle s’est tout de même assoupie quelques heures, toute habillée. Au petit matin, elle quitte sa chambre discrètement, puis, l’appartement. Elle attend d’avoir refermé la porte d’entrée derrière elle et d’être seule dans le couloir pour glisser sa main à nouveau dans son soutien-gorge. Elle s’y reprend à deux fois, change de côté, rien…

La peur s’empare d’elle, violemment, lui serrant la gorge à l’étouffer. Elle ne veut pas penser au pire. Le ticket doit se trouver dans son lit. Il faut qu’elle retourne dans sa chambre, sans bruit, pendant que son petit-fils dort.

La salle à manger est silencieuse, pas de bruit dans la cuisine. Arlette marche à pas de loup.

Malgré l’angoisse qu’elle ressent et qui ralentit son déplacement, elle parvient jusqu’à sa chambre, entrouvre la porte et la referme. Arlette s’assoit sur son lit pour reprendre son souffle. Elle ne peut retenir ses larmes. Trop d’émotions pour son âge. Elle renifle, se mouche puis commence à retourner les draps qu’elle avait bien repliés sous le matelas. 

Au bout de dix minutes, elle doit se rendre à l’évidence, le ticket n’est plus en sa possession. Bruno n’a pas pu lui prendre, elle n’a pas dormi. Bon, admettons que Bruno lui ai volé le ticket, elle se dit qu’il doit être alors en train, en ce moment même, de le présenter au bureau de tabac. Elle voit tous ses espoirs s’effondrer d’un seul coup. 

La vieille dame se dirige vers la chambre de son petit-fils, elle écoute derrière la porte, pas un bruit. Elle tourne la poignée doucement. Il n’est pas dans son lit.

Elle n’a plus aucun doute, son petit-fils est en train de crier victoire au coin de la rue. 

Que va-t-il se passer ? 

Arlette imagine la suite des évènements. Bruno ne va pas rester dans cet appartement, s’il est millionnaire, il va enfin la laisser tranquille. Arlette se rassure, elle quitte son manteau, pose son sac à main et enlève ses chaussures. Elle range le tout. Son petit-fils et un alcoolique notoire qui fréquente un tas de gens pas très nets. Il est bête et méchant et va raconter à tout le monde qu’il est devenu millionnaire. Ils vont être des dizaines à ne pas le lâcher. Comme il n’a aucune jugeote, il va dépenser tout son argent en un rien de temps, ses « amis » vont l’y aider.

Et quand il n’aura plus rien, il va revenir la voir. Arlette tressaille, l’angoisse est revenue, elle s’installe dans sa gorge, à nouveau. C’est une histoire sans fin, sauf si, elle, Arlette, y met un terme une bonne fois pour toutes. 

La porte de la salle de bain claque subitement. Arlette fait un bon sur sa chaise et laisse tomber le verre d’eau qu’elle tenait dans sa main. 

 

  • Mémé, putain, qu’est-ce que tu fous toute habillée à sept heures du matin. Ça tombe bien que tu sois là, de toute manière, j’ai la courante, il me faut des médocs, qu’est-ce que je dois prendre ? 

 

Le cauchemar est revenu, enfin, il n’est jamais parti. Arlette se penche en avant pour ramasser les morceaux de verre, elle voit voleter quelque chose qui vient de son cou. 

Le ticket, plié en trois morceaux, gît sous ses yeux. Elle lève la tête pour vérifier que son petit-fils ne la voit pas. Il se tient debout un peu plus loin. Il lui reste une chance de s’en sortir. Arlette s’empare du ticket et le glisse dans sa poche.

 

  • Eh, mémé, qu’est-ce que tu fabriques ? T’es bizarre, encore, aujourd’hui. Fais voir ! ordonne-t-il.

 

Il s’approche. Le destin d’Arlette bascule encore une fois. C’est trop tard ! Et puis à quoi bon ? Arlette renonce à se battre, ça lui fait trop mal dans les tripes, elle a pris une autre décision, plus sage et définitive. 

 

  • Tiens, je crois que j’ai gagné, je voulais te faire la surprise, va voir combien tu vas empocher, vas-y vite, je te prépare un sachet de Bedelix. 

 

Il est parti en courant sans demander d’explications. Elle l’imagine dévalant les escaliers, courant sur le trottoir, traversant la rue, entrant dans le bureau de tabac. 

Arlette prépare le Bedelix puis prend aussi la boîte de somnifères, elle est pleine. Elle se verse un autre grand verre d’eau et le pose sur la table. Bruno va vite revenir boire son médicament et repartir chercher son argent. Arlette prendra tout son temps alors pour avaler les somnifères, un à un. Le temps s’écoule avec lenteur. Une lenteur douloureuse, pleine de remords, de tristes souvenirs et de désespoir.

On tape à la porte, Arlette se précipite pour ouvrir, elle est si impatiente d’en finir. Qu’il ingurgite son Bedelix et qu’il s’en aille !

 

  • Madame, bonjour, excusez-moi, je suis un peu brutal… 

 

Le patron du troquet du coin de la rue, en bras de chemise, se tient devant elle. Il reprend :

  • …je suis désolé, vous devriez vous asseoir ! Ça va vous faire un choc. J’ai fait le plus vite possible pour vous prévenir : c’est Bruno, il s’est fait faucher par une voiture en traversant, juste devant mon bar. Il a fait un vol plané et est retombé comme ça, plaf. J’ai appelé les pompiers, le SAMU. Pardon, de vous l’annoncer ainsi, il est mort sur le coup. 

Arlette lâche la poignée et s’affaisse. L’homme la retient par le bras et la fait asseoir.

  • Je suis venu pour vous prévenir et aussi pour vous remettre ceci. Comme j’ai été le premier sur les lieux, j’ai vu qu’il tenait dans sa main un ticket de Loto, je l’ai pris pour pas qu’on lui vole. Bon, de toute manière, c’était pas grave, pendant que les docteurs essayaient de la ranimer, je l’ai passé dans la machine, Bruno n’avait gagné que cinquante euros… 

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

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Publié le 14 Novembre 2019

L’ASCENSEUR

 

  • Sur votre droite, Mademoiselle, prenez l’ascenseur. L’étude de Maître Durand se trouve au vingtième étage. 

 

Vingtième étage, vingtième étage, je me répète, vingtième étage. Il fallait s’y attendre, on n’obtient rien, sans rien. Deux ans que je cherche du travail, comme clerc de notaire. Et chaque fois, je rate l’entretien. Les recruteurs doivent deviner les angoisses qui m’assaillent en permanence. Je ne peux contenir les tics sur mon visage. Mais aujourd’hui, j’ai une nouvelle chance, on me convoque. 

 

Vingtième étage. 

 

J’ai tourné à l’angle du comptoir d’accueil et me dirige sur la droite vers les ascenseurs. Comment faire ? Il y a bien l’escalier. L’idée m’a traversé l’esprit un instant. Puis, je me suis imaginée, arrivant en haut des marches après vingt étages, en sueur, les cheveux plaqués sur mon front, des auréoles sous les aisselles. C’est impensable de se présenter dans cet état à un entretien de recrutement. Il fait une chaleur écrasante dehors et je pense que la montée d’escaliers n’est pas climatisée. 

 

Me voilà en train de faire les cent pas devant les ascenseurs. C’est bien beau d’avoir des allocations chômage mais je ne compte pas en rester là. J’ai une bouche à nourrir ! D’accord, ce n’est que la mienne, mais tout de même… Bouche, bouche d’égout, bouche de métro, j’imagine le bec grand ouvert des oisillons qui attendent que leur mère leur fourre un ver de terre dedans. 

  • Ding ! 

Les portes du premier ascenseur s’ouvrent, une femme avec un enfant en sortent. 

  • Pardon ! me fait-elle.

C’est vrai que je me tiens si près de l’ouverture que je la gêne. Elle me jette un coup d’œil avant de quitter l’immeuble.

  • Ding ! 

Elle doit se demander ce que je fiche à attendre ainsi devant des portes qui se sont refermées. 

 

Je ne peux pas, je ne peux pas. Vingt étages, cela va prendre cinquante secondes ou plus, je les vois comme des heures.  

  • Tout va bien, Mademoiselle ?

Il est gentil le gardien avec son petit uniforme et son sourire bienveillant. J’ai fait oui de la tête, en fouillant dans mon sac, à la recherche de mon téléphone portable. 

 

Le gardien est reparti. L’ascenseur aussi. Il y en a quatre. 

 

Je prends mon téléphone et compose un numéro.

  • Allo, Brigitte, c’est moi. 
  • Oui, alors ? Comment ça s’est passé, c’est déjà fini ? 
  • Non, je n’y suis pas encore 
  • Pourquoi tu m’appelles ? 
  • Je suis au rez-de-chaussée. 
  • Et alors ? Ne me dis pas que… 
  • Si, l’étude est au vingtième étage. Te rends-tu compte ? 
  • Je le savais. 
  • Tu ne me l’as pas dit ! 
  • J’ai pensé qu’à la dernière minute, tu serais obligée de monter. Tu n’as plus le choix. Si je te l’avais dit avant, tu te serais défilée. Alors, écoute-moi, tu vas demander à l’hôtesse ou au garde, qui se trouve sûrement à côté de toi, de téléphoner à la secrétaire de l’étude pour qu’elle vienne te chercher. 
  • Non mais ça va pas ? 
  • Emeline, tu montes avec elle dans l’ascenseur et on en parle plus, ou bien, tu pars immédiatement. Parce qu’il faut bien que tu te rentres dans la tête que si tu es embauchée, tu seras tenue de prendre cet ascenseur tous les jours, deux fois par jour, jusqu’à ta retraite. Alors, c’est maintenant ou jamais. Tu le veux ce job, oui ou non ? 
  • A quel prix ? 
  • Je te le demande. Tu as l’occasion de te guérir, aujourd’hui. 
  • On ne guérit pas de ça ! 
  • C’est faux. Appuie sur le bouton, fais téléphoner à la secrétaire, fais comme tu veux mais bats-toi, je t’en prie. 

 

J’ai raccroché. Brigitte doit maintenant attendre, le téléphone dans la main, que je la rappelle en pleurant pour lui dire que je suis repartie et que je suis incapable de me surpasser. Ça la décevrait, je me dois de la rendre fière de moi, elle le mérite. C’est une vraie amie. 

 

J’appuie sur le bouton. Les secondes deviennent des micro secondes et hop !

  • Ding ! 

Les portes s’ouvrent. Il est là, béant, il m’attend, m’invite, s’impatiente, se referme. 

  • Ding !
  • Mademoiselle, je peux vous accompagner, si vous voulez ! 

J’ai pensé oui et ai fait non de la tête.

Deuxième tentative.

  • Ding ! 

Il s’ouvre, je me vois dans le miroir qui tapisse la paroi du fond, c’est à gerber. Et puis, l’image se transforme. Ce n’est pas moi dans le miroir, c’est un homme vêtu de noir, il porte une grande cape et un chapeau. Il lève la tête et je vois son visage aux traits déformés, ses yeux noirs, ses lèvres blanches, son teint foncé.

 

Et je crie, lorsqu’on chuchote à mon oreille. 

  • Ding ! 

Les portes de l’ascenseur se sont refermées. Le gardien est penché vers moi et me parle. En voyant sa peau noire et ses dents blanches, j’ai fait un bond en arrière. 

  • N’ayez pas peur, Mademoiselle ! Calmez-vous ! 

Il est si gentil.

  • Je suis désolée, je me fais un tas d’idées et j’arrive à y croire toute seule… pardon, je ne vous avais pas vu arriver… vraiment, excusez-moi ! 
  • C’est rien. Vous m’avez effrayé en criant ainsi. Avez-vous un problème avec l’ascenseur ? 

Comment lui dire pour l’homme que j’ai vu à l’intérieur ? Il va me prendre pour une folle. A présent, je ne peux pas monter toute seule, c’est inenvisageable.

  • Voulez-vous que je vous accompagne ? 

Ça ne me rassure pas du tout de savoir que nous serons deux. Et si l’homme s’en prenait au gardien ?

  • Non, ça va aller, il faut que je prenne sur moi, c’est tout. 
  • Vous savez, en étant gardien de la tour Méditerranée, j’ai l’habitude des gens qui ont la phobie des ascenseurs, j’en vois tous les jours. Vous ne craignez rien, croyez-moi. Ils sont révisés régulièrement, ils possèdent des systèmes de sécurité performants. Même si vous restiez bloquée entre deux étages, je suis là, vous n’auriez qu’à sonner. Courage ! Je ne sais pas pourquoi vous avez rendez-vous au vingtième, mais de toute manière quand on se rend chez le Notaire, c’est toujours important. Vous n’avez pas le choix. 

Je n’ai pas le choix. C’est ce qu’il en ressort. Je lui réponds :

  • Connaissez-vous la panique ? Ce moment où toute raison vous échappe, et où vous vous comportez comme un animal en fuite, en écrasant tout sur votre passage, parce que la terreur vous a envahi, qu’elle a pris possession de votre esprit et de votre corps ?  
  • Non, ça ne m’ait jamais arrivé. Je suppose que ça survient en cas de drame, comme un attentat, une explosion, des coups de feu, un incendie, un meurtrier qui vous poursuit, etc…Je suis quelqu’un de très calme et posé, je pense qu’avant de m’enfuir, je réfléchirais, enfin, je crois. Mais, ici, il n’y a rien de tout ça, cet ascenseur est vide et aucune alarme ne s’est déclenchée. 
  • Comment être sûre que ça se passe dans ma tête et pas dans la réalité ?

Il soupire, il ne sait pas quoi dire.

  • Je vous assure qu’il ne vous arrivera rien. 
  • Est-ce que vous pouvez me le garantir ? 
  • Non, bien sûr. 
  • Alors ? 
  • Alors, c’est vous qui voyez, je ne peux pas vous forcer. 

 

Quelqu’un est entré dans la tour. Le gardien s’excuse et me laisse seule devant mes portes fermées. Je prends une grande inspiration, regarde ma montre. Je suis censée me trouver dans cinq minutes en haut pour mon rendez-vous. Il n’est pas correct d’arriver en retard à un entretien d’embauche. J’appuie sur le bouton.

  • Ding ! 

Dans le miroir, je vois ma mine pâlotte et mes yeux agités.

 

Puis, je crois entendre des bruits de conversation qui se rapprochent, j’ai l’impression qu’on me bouscule, et je me retrouve à l’intérieur. Ce sont trois hommes, vêtus de costumes sombres. 

  • Quel étage, Mademoiselle ?  fait l’un sans me regarder.
  • … 
  • Pardon, je n’ai pas entendu ?  répète-t-il.
  • Vingt… 

Puis, ils reprennent leurs discussions. Je ne vois pas leurs visages.

  • Ding ! 

 

Je voudrais appeler à l’aide, mais déjà, je sens que ma voix ne me répond plus. Le dos plaqué au miroir que je regardais tout à l’heure, je suis tétanisée. Tout à coup, deux mains sortent de la paroi derrière moi et enserrent ma gorge. L’étreinte se fait de plus en plus forte, je suffoque, j’essaie de les arracher de mon cou mais je n’y arrive pas. C’est l’homme que j’ai vu qui veut me tuer. Pour demander du secours, il n’y a qu’une solution, agripper l’épaule de l’un de mes voisins qui me tournent le dos. J’y parviens non sans mal. Mes yeux doivent être exorbités, ma bouche grande ouverte, beuglant en silence. Mon voisin de cabine penche sa tête vers moi, il a des lèvres blanches, des yeux noirs et je vois soudain son chapeau et sa peau foncée.

 

Les deux autres sont identiques à lui. Je vais donc mourir assassinée dans cet ascenseur. Et le gardien qui m’a parlé de sécurité. Mes bras battent l’air pour rien. Je me sens glisser tout doucement contre la paroi, je me retrouve accroupie, puis assise et enfin, c’est fini, je suis allongée. Les trois hommes sont penchés sur moi. Du miroir sortent à nouveau les deux mains qui m’attirent à elle. Je commence à disparaître, engloutie par une bouche énorme.

 

Mais…

  • Ding ! 

 

Les mains m’ont lâchée, elles ont disparu.

  • Mademoiselle, Mademoiselle, vous vous sentez mal ? crie une voix féminine. Réveillez-vous ! Elle fait un malaise ! hurle-t-elle. Il faut appeler les secours, vite. Mince ! Qu’est-ce que je dois faire ? Mon Dieu. 

 

La secrétaire recule en vociférant. Elle a lâché ses dossiers qu’elle portait sous le bras. Il lui semble que personne ne l’a entendue, alors, elle ressort de l’ascenseur pour répéter sa phrase.

  • Ding ! 

Les portes de l’ascenseur se referment. Le cauchemar recommence.

 

La secrétaire panique et ré-appuie sur le bouton d’appel, mais sans succès. Quelqu’un, quelque part dans les étages a demandé l’ascenseur. Il redescend avec à son bord, Emeline entre vie et mort.

 

La secrétaire est toute nouvelle dans cette tour. Elle voit le boitier rouge, juste derrière elle. Il se reflète dans les portes de l’ascenseur. Vite, il faut déclencher l’alarme incendie se dit-elle, sans réfléchir. La sirène retentit dans tout l’immeuble. Tout le monde se regarde, ce n’est pas un exercice. L’affolement commence à se propager dans les bureaux. Certains tentent de garder leur calme, les autres sont déjà dans la cage d’escalier en train de descendre les marches quatre à quatre. 

 

Le gardien ouvre en grand les battants de toutes les portes menant à la sortie puis, il bloque l’ascenseur numéro un, au rez-de-chaussée. Il constate que le numéro deux est resté au deuxième étage. Il appuie sur le bouton d’appel et attend de longues minutes, bousculé par tout le personnel qui évacue rapidement les lieux. Le troisième et le quatrième ascenseurs arrivent.

 

Il entend une personne se plaindre de s’être fait mal à la cheville en ratant une marche, deux autres se disputent pour une histoire de cigarette et d’incendie, le ton monte. L’un reçoit une gifle, l’autre est rouge de colère. Le gardien voudrait intervenir pour les calmer, mais il a un sombre pressentiment, il préfère attendre l’ascenseur. 

 

  • Ding ! 

 

Les portes s’ouvrent, il est vide. Où est-elle ?

 

L’angoisse monte. Il bloque l’ascenseur numéro deux, au rez-de-chaussée et commence à chercher la jeune fille dans la foule qui se presse à l’extérieur. Il est presque sûr de ne pas l’avoir vue passer. 

 

Quand elle a pris l’ascenseur toute seule, comme poussée par une force mystérieuse, il a cru qu’elle avait vaincu sa peur, mais quand il l’a entendue hurler, il a compris que non. Il ne pouvait pas intervenir. Il s’est dit qu’elle serait dans quelques secondes arrivée à bon port et qu’elle redescendrait par l’escalier.

 

La secrétaire du vingtième étage l’attrape par le col de sa veste.

 

  • Il y avait une femme évanouie dans l’ascenseur, c’est pour ça que j’ai déclenché l’alarme, elle bavait, elle avait les yeux révulsés, je ne savais pas quoi faire. Quand les portes se sont refermées et qu’elle est repartie, je me suis dit qu’il lui fallait vite du secours sinon, elle pourrait…Oh, mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait ? Il faut dire à tout le monde de remonter, c’est ma faute. 
  • Du calme, restez tranquille, les gens sont sortis maintenant donc, je vais attendre qu’ils soient tous dehors pour les avertir qu’il s’agissait d’une erreur. 
  • Et la femme, où est-elle ? 
  • Je ne sais pas. 
  • Monsieur, Monsieur, appelle une femme, il faut intervenir, quelqu’un est tombé dans l’escalier et a entraîné dans sa chute au moins dix personnes, c’est la panique au deuxième étage. 

 

Le garde s’engouffre dans la cage d’escalier et malmène, pour se faire un passage, les employés qui descendent.

 

Il atteint le deuxième étage, non sans mal et constate le désastre. Comme un château de carte qui s’est écroulé, des personnes sont assises ou couchées sur les marches et se relèvent avec difficulté, pendant que d’autres les enjambent pour les aider. 

 

Tout à coup, son regard croise celui d’Emeline. Elle se tient sur le palier supérieur, le visage blafard, des cernes noires sous les yeux. Il esquisse un sourire, elle lui dit :

 

Voilà pourquoi, je ne prends jamais l’ascenseur. 

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Nouvelles

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