Un texte de William T. : La fin d'un monde

Publié le 10 Juin 2020

Journal de William T., 24 juillet 2070, dernier jour de l'ancienne ère :

Ça a commencé, il y a vingt ans et trois jours, à 6h30, le 21 juillet 2050. La commune de Danang, dans le nord de la Chine s'est réveillée sous un déluge de pluie, provoqué par un orage d'une intensité jamais connue. Toute la région fut inondée par plus de deux mètres d'eau. La rivière Tsing Tsung sortit de son lit. On dénombrait déjà plus de 500 morts ou disparus. À Pékin, ce fait divers passa inaperçu. Les plus hautes autorités gouvernementales ne prêtèrent que peu d'attention à cet évènement, et pourtant, le plus terrible restait à venir.

Le même jour, à Bakou, village caché au fin fond de la forêt nigérienne, une maladie un peu oubliée par le corps médical refaisait son apparition : Ébola. Les premières victimes se comptèrent par milliers. Mais dans la capitale, on faisait confiance aux O.N.G. qui étaient censées être en capacité d'arrêter la propagation du virus. L'avenir démontrerait le contraire.

À 8000 kms de là, dans une localité, majoritairement occupée par des Inuits, une vague de froid s'abattait sur la région nord du Canada. La neige recouvrait, sous une épaisseur de plus de 3 mètres, toute la province. Ottawa trouva ce phénomène bizarre, à cette période de l'année, mais la météo dans ce siècle était tellement déroutante que le gouvernement négligea cet épisode neigeux.

En parallèle, le Japon dut faire face à un Tsunami, dont les vagues mesuraient plus de 15 mètres de haut. Le pays fut rayé de la carte, provoquant la mort ou la disparition de plus de 60 millions de personnes. Simultanément, toutes les îles du Pacifique furent noyées sous plus de 2 mètres d'eau. Certains habitants trouvèrent refuge en Australie, alors que le pays essuyait une vague de chaleur qui pouvait atteindre plus de 80°. Les forêts étaient en feu, les gens tombaient comme des mouches. Il n'existait aucune parade. Le soleil continuait d'inonder la grande île de ses rayons brûlants. L'Australie ne fut plus qu'un gigantesque brasier.

Plusieurs séismes de magnitude 7 secouèrent la France, faisant exploser des centrales nucléaires. Si bien que sur tout le territoire l'air fut irrespirable. Même au delà de ses frontières, les autres pays furent touchés par la radioactivité. L'Europe agonisait.

Le nord de l'Afrique fut confronté au manque d'eau potable. Des bandes armées massacrèrent des populations entières pour s'emparer de ce précieux liquide.

Aux États-Unis, la faille de San Andreas coupa en deux la Californie. Le feu ravagea 80% de l'état. Les pompiers abandonnèrent la lutte, faute de moyens. Le centre du pays fut balayé par plusieurs tornades, avec des vents à 300 kms/heure. Après leur passage, il ne restait rien. Plus aucune infrastructure ne fut utilisable, plus de routes. Les avions furent cloués au sol, les réseaux téléphoniques et l'internet inopérants. Les petites républiques qui composaient l'Amérique Centrale furent englouties par les deux océans qui s'étaient rejoints. Assomption, capitale du Paraguay dut faire face à un ouragan qui, à lui seul, détruisit 100% de la ville, faisant plus d'un million de morts.

Partout dans le monde, les volcans entrèrent en éruption semant la mort et la destruction. Même la grande Russie ne fut pas épargnée. Une vague de froid paralysa l'ensemble des communications. L'être humain n'était pas préparé à cette offensive glaciale. Le givre compta ses morts.

Le sud de l'Inde fut recouvert par l'océan Indien. Les habitants remontèrent vers le nord, mais il n'y avait plus de région sûre. Les montagnes de l'Himalaya étaient secouées par d'énormes forces telluriques, venant des profondeurs de la terre.

Il y eut, en 24 heures, plus de 2 milliards de morts et le phénomène se multiplia partout.

Le sud de la Chine semblait protégé quand soudain des vents violents, charriant des tonnes de sable venant du désert de Gobi, noyèrent des provinces entières sous plusieurs mètres de dunes. En Afrique , Ébola finit par anéantir l'ensemble de la population, seuls les animaux reprirent leur territoire.

En l'espace de quelques jours seulement, la race humaine fut décimée, presque en totalité. La nature reprenait son destin en main. Pour cela, elle infligeait la peine capitale à son parasite. L'air, le feu, l'eau et la terre, les quatre éléments s'étaient déchaînés pour balayer l'existence de cet être, un peu trop sûr de lui, qui par profit avait vidé les océans, avait pollué les rivières et l'air, avait massacré les animaux, avait détruit des forêts entières... Cet être qui s'était reproduit sans contrôle et était en surpopulation. 

Mais dans sa grande mansuétude la nature laissa une deuxième chance à une poignée de réfugiés sur une île. L'Île d'Esperanza, au milieu de l'océan Indien. Un oiseau dessina sur le sable avec ses serres le chiffre 20. Comme les 20 années auxquelles ces quelques privilégiés furent condamnées en résidence surveillée. Ils n'avaient pas le droit de quitter l'endroit jusqu'à l'échéance de leur peine.

Je fais partie de ces survivants, j'ai 82 ans. Aujourd'hui, est le dernier jour de notre punition, demain sera le premier d'un autre monde. Aura-t-on la force et le courage d'éviter de commettre, à nouveau, les erreurs de nos aînés ? Et si non, méritons-nous une troisième chance ?

Année 0, naissance d'un nouveau monde.

Rédigé par William T.

Publié dans #Chroniques de William T.

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