Les Gardiens de l'Équilibre - Extrait

Publié le 21 Juin 2020

(...)

Le jeune Cox marche en regardant par-dessus son épaule. Il vient de laisser la forêt de Brizon derrière lui. Le soleil se lève à peine et la petite troupe reprend la route après avoir dormi dans un champ tout proche de la forêt. Même si rien d’inhabituel ne s’est produit derrière les arbres resserrés, Cox demeure inquiet. Il a cru entendre des cris de femmes, la veille au soir, et il a eu du mal à s’endormir. Le jeune homme est maigre et paraît dégingandé tant il a de longues jambes fines. Il a pour habitude de faire des grands pas, mais, là, il semble les retenir. 

Kerji le précède.

— Arrête de lambiner, Cox. Mon frère s’impatiente. 

Crasdon, en bon chef de file, est devant tout le monde. Il a ôté sa chemise en lin teintée de bleu et avance torse nu. Il s’est retourné puis a ralenti le pas pour jeter un coup d’œil à ses hommes. Orne vient à sa suite, son odeur le précède. Crasdon pince le nez quand il arrive à sa hauteur. 

— Plus haut, nous allons parvenir à une rivière et chacun de nous va y tremper quelques temps avant de reprendre notre marche. 

Dragean sourit en comprenant l’allusion, alors qu’Orne bougonne dans sa barbe. Jeanis et Roumis, toujours inséparables, progressent d’un pas lent.

— La chaleur, ça fatigue ! lance Crasdon, narquois. 

Roumis, le front en sueur, lui jette un regard par en-dessous.

— On n’aurait jamais dû emmener ce gamin, fait Jeanis en désignant Cox, en bas de la pente.

— Au moment où nous aurons du mal à gravir les montagnes parce que nous sommes plus lourds et plus vieux, nous verrons Cox et Kerji devant nous. Alors, tu ne parleras plus ainsi. 

Jeanis lève les yeux au ciel et hausse les épaules.

Crasdon sait que la partie la plus facile de leur périple vient de s’achever. À peine la forêt de Brizon dépassée, c’est l’inconnu qui les attend. Rares ont été les hommes à s’engager aussi loin. Kerji lui a dit ce que Télian raconte sur son ancêtre, Zillian, l’Aventurier. Le troisième Gardien était parti dans les montagnes de Silvera à la recherche de Kalia, à la Clôture trois cent cinquante et un. La croyant prisonnière, il pensait pouvoir la délivrer. En fait, comme toutes les compagnes de tous les Gardiens jusqu’à présent, elle avait tout bonnement disparu, corps et Substance. Zillian avait tout de même attendu que son fils soit en âge de le remplacer avant de se lancer dans cette quête. Il était revenu deux Clôtures plus tard à moitié fou. Il délirait en racontant des tas de choses incohérentes. Il aurait vu des êtres de très grande taille qui ne parlaient pas avec leur bouche, mais s’adressaient à lui directement dans ses pensées. Ils n’étaient pas faits de chair et de sang, ils n’étaient que de simples images. Ils pouvaient se transformer en fumée ou en quelque chose de terrifiant pour Zillian. Comme des monstres à plusieurs têtes ou qui crachaient du feu. Ils se faisaient appeler « Êtres ultimes ». Zillian avait dit avoir été attaqué par de grands oiseaux aux yeux verts. Il avait donné tout un tas de détails plus extraordinaires les uns que les autres. Il avait exhorté tous les villageois à se méfier des Êtres ultimes. Leurs pouvoirs étaient si étendus qu’ils pouvaient complètement changer l’esprit des hommes. Zillian avait ensuite erré longtemps dans les rues de son village en importunant les villageois avec ses histoires, les attrapant par le col et les obligeant à écouter toutes ses mises en garde. Dovian, son fils, dû prendre la relève de son père et devenir le quatrième Gardien de l’Équilibre. Personne ne faisait plus confiance à Zillian pour assurer ce rôle. Ce dernier avait fini par mourir de solitude et de chagrin. 

 

Crasdon pense que Zillian n’était pas fou, juste crédule et très perturbé par son aventure. Il se dit que s’il n’a pas réussi à découvrir qui sont vraiment ces Êtres ultimes, c’est parce que personne ne l’a soutenu dans cette quête. Crasdon lui, a le sentiment que si Dieu Créatif s’est emparé de ses rêves en lui demandant de rejoindre ces êtres supérieurs, c’est que, d’une part, cette rencontre est nécessaire et que d’autre part, Dieu Créatif va forcément l’aider dans cette aventure. Mais Crasdon a hérité du scepticisme de son père Gasde ; il s’interroge sur les véritables pouvoirs de Dieu Créatif. « Sera-t-il capable de manifester son aide concrètement pour nous protéger, mes hommes et moi des dangers des montagnes ? »

Puis Crasdon quitte ses pensées inquiètes. Il lève les yeux et aperçoit les pics enneigés. Il a bien fait d’emporter des peaux de gouzons pour résister au froid. La neige n’est tombée qu’une seule fois au village en quarante et une Clôtures et elle n’avait pas tenu très longtemps. 

— Crasdon, mon frère, pardonne la lenteur de Cox. Il a cru entendre un cri de femme dans la forêt de Brizon hier soir et depuis, il est inquiet, explique Kerji.

— On ne sait pas ce qui se passe à l’intérieur de cette forêt et c’est bien mieux ainsi. Lulian a vraisemblablement fini par y pénétrer. J’espère que ce n’est pas lui qui a fait crier cette femme, dit Crasdon en riant. (...) 

Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Les Gardiens de l'Équilibre

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