Publié le 30 Octobre 2020

Je fais partie de la race humaine.
J'habite la planète Terre.
Mes pieds ont foulé le sable, les pierres, les mers et les rivières. Mes narines ont palpité à l'air des sommets, aux vents des océans, au souffle des campagnes, à l'humidité des forêts. Mes mains ont caressé le bois, le velours des pétales ; elles ont planté des graines, cueilli des fruits. Mes yeux ont admiré l'horizon, les arcs en ciel, les lourds nuages, les saisons ; ils ont cligné au soleil, pleuré sous la pluie. Mon coeur a bondi, s'est serré, s'est ouvert, a aimé.
Je suis de la race humaine et je vie sur la planète Terre. Ceci est ma seule et unique identité. Ceci est ma seule et unique origine.
Je prie pour que nos pas continuent de s'enfoncer dans la terre et que nos nez continuent de respirer le grand air.
Je prie pour que nos doigts continuent de toucher des merveilles et que nos regards continuent de voir l'essentiel.
Que nos coeurs chérissent leurs battements ! Que nos esprits créatifs repoussent le néant !
Que de tous nos êtres, enfin réunis, nous protégions notre plus cher trésor, celui que le ciel nous envie ; ce don d'amour, ce cadeau, peu importe de qui il est le fruit, ouvrons nos coeurs et prions pour la vie.
Cathy de Saint Côme

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Sagesse

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Publié le 28 Octobre 2020

Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Les Gardiens de l'Équilibre

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Publié le 23 Octobre 2020

@le-petit-coin-lecture (instagrameuse littéraire) a fait un retour élogieux sur mon roman : Les Gardiens de l'Équilibre. 

Voici son commentaire :

Un premier retour du : petit-coin-lecture
Un premier retour du : petit-coin-lecture
Un premier retour du : petit-coin-lecture

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Les Gardiens de l'Équilibre

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Publié le 12 Octobre 2020

Silence, on tourne !

Grâce à Hélène Gravelines, mon éditrice, j'ai été contactée par Philippe Salciccia d'Azur TV. Il m'a proposé de participer à : "La Grande émission" sur la chaîne Var Azur.🤩

Quelle(s) émotion(s) ! 

J'étais attendue le vendredi 2 octobre 2020 à Mandelieu la Napoule dans les studios d'enregistrement (jour de la tempête Alex). Autant vous dire que pendant les trois semaines qui ont précédé, l'angoisse est montée d'un cran chaque jour. Non seulement, je n'avais jamais participé à une émission de télévision, mais en plus, mon roman : Les Gardiens de l'Équilibre-Les Origines, venait à peine de paraître. 

Les retours de lecture se comptaient sur les doigts de ma main tremblante. Qu'allais-je bien pouvoir dire d'intéressant aux téléspectateurs ? Comment leur donner envie de me lire ? Comment rester naturelle, calme et efficace ? Etc.🤔

Philippe et moi avons préparé l'émission par téléphone, le mardi qui a précédé. Il m'a tout de suite mise à l'aise en me tutoyant. C'est quelqu'un de formidable qui sait écouter, reformuler et mettre en avant les personnes et leur projet. Je lui ai résumé l'histoire du livre et donné les raisons du thème et du genre choisis. Nous avons parlé de mon parcours. Il m'a demandé quel était le message que je voulais transmettre, à travers mon roman. Il m'a fait des propositions quant à ma façon de m'exprimer, pour paraître positive et enthousiaste, alors que je n'avais qu'une envie : disparaître dans un trou de souris...

Bien que Philippe m'ait rassurée, j'ai ressenti beaucoup de stress jusqu'au jour J. Arrivée dans les studios, je me suis dit que j'étais parvenue au bout du plongeoir et que je n'avais plus le choix : il fallait sauter. Assise à l'accueil, j'avais plusieurs écrans devant moi qui montraient des émissions déjà passées et celle en cours d'enregistrement, juste à côté. J'entendais l'invité s'exprimer à travers la porte et je le voyais à l'écran. Il me paraissait sûr de lui. Pourquoi pas moi ? Je me suis focalisée sur Les Gardiens de l'Équilibre, sur les personnages et sur l'histoire et sur tout l'amour que j'avais mis dans tout ça. Il n'y avait plus qu'à dérouler.  

Philippe nous a tout d'abord (mon mari et moi) invités à visiter la régie et le plateau, pour faire connaissance. C'est impressionnant et à la fois, ça permet de s'approprier les lieux. Puis, l'ingénieur du son a accroché le micro à mon chemisier. Philippe plaisantait avec sa chroniqueuse. J'étais là, à rire avec eux, quand j'ai commencé à entendre le générique de l'émission. Le son s'amplifiait petit à petit. L'enregistrement allait commencer. Trois, deux, un...  Je me suis lancée, face caméra (ou plutôt face à Philippe) et j'ai répondu aux questions en tentant de montrer qui j'étais : une compteuse d'histoires, débordante d'imagination et passionnée. Les 26 minutes sont passées très vite. Et, comme pour les vacances, c'est quand on commence à être à l'aise que c'est terminé !

Mon cher et tendre est resté à l'accueil et m'a vue sur l'écran. Quand je suis sortie, il m'a semblé qu'il avait la larme à l'oeil !!!😥

La Grande Émission a été diffusée le 08/10/2020 à 18h. Je l'ai visionnée chez mes parents. Bien sûr, ils ont été fiers de moi. 

Beaucoup m'ont félicitée pour l'assurance dont j'ai fait preuve en m'exprimant : "On dirait que tu as fait ça toute ta vie !" Je crois que c'est ça. En fait, je me suis préparée depuis toujours à ce premier passage télé. Ce moment où j'allais, enfin, pouvoir communiquer sur ma passion de l'écriture, donner envie aux autres de me lire, créer un lien avec mes lecteurs et leur donner du plaisir, les faire rêver, comme je rêve moi-même quand j'invente et je créé.

Après l'enregistrement, la diffusion et les commentaires que j'ai reçus, la pression est retombée. Je suis vraiment ravie d'avoir eu la chance de participer à cette (petite) aventure. 

😍Merci Hélène, merci Philippe, merci à tous ceux qui l'ont regardée. 

Si vous l'avez loupée : (lien à copier/coller)

  https://varazur-tv.fr/la-grande-emission-du-08-10-2020/?fbclid=IwAR3gOoFKN487baX3j8ryW0gWKKRNUGv2RZgjL5depWmxR6Ii9C3TmHttTFE

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Les Gardiens de l'Équilibre

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Publié le 12 Octobre 2020

Merci les amis !!!

Mes meilleures ventes!!!Mes meilleures ventes!!!
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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Les Gardiens de l'Équilibre

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Publié le 30 Septembre 2020

Plus de trois cents Clôtures (ans) après les aventures des Gardiens de l'Équilibre, Beck le borgne et son acolyte le gnome sont les héros de cette nouvelle intitulée : 

MÉLISSYA

Clôture 802 après la naissance du premier homme.

Ville de Klèque, Région de l’Alen.

 

« Beck ? Croyez-le ou pas, c’est un tombeur ! Elles veulent toutes le mettre dans leur couche. Je comprends pas qu’un borgne puisse séduire autant. Qu’est-ce qu’elles me reprochent, à moi ? »

Le Gnome

 

Mélissya a les yeux d’un noir opaque, comme la mélasse. En ce moment, ils sont penchés sur Beck le borgne et sont écarquillés par la peur. La jeune fille est si effrayée qu’elle n’arrive plus à produire le moindre son. Pourtant, quelques minutes auparavant encore, elle bavardait d’une voix légèrement aiguë ponctuée de petits cris de plaisir. Beck avait réussi à défaire son corsage et après des baisers dans le cou, il avait commencé à descendre le long de sa gorge pour laisser sa bouche errer sur la pointe d’un mamelon.

 

Mélissya sait que le borgne quitte régulièrement sa montagne, avec son comparse le gnome, pour venir vendre en ville la viande des animaux qu’ils chassent tous les deux. À chacune de leurs visites, ils passent un peu de bon temps à la taverne de Pit.  Sans relâche et au moyen d’innombrables messages laissés aux bons soins du tavernier, Mélissya a fait savoir à Beck qu’elle souhaiterait le rencontrer. Ce soir, quand il s’est engouffré dans sa chambre, la jeune fille n’a pas été surprise. Elle avait toujours pris soin d’indiquer qu’il existait un passage secret pour pénétrer à l’intérieur de sa gigantesque demeure. Toute à la joie de découvrir enfin les talents de séducteur du borgne, dont la renommée n’était plus à faire, elle n’a pas remarqué son étrange aspect. Elle n’a pas trouvé bizarre qu’il ait si peu de cheveux, un nez épaté et une lèvre inférieure plus charnue que la supérieure ; loin du portrait qu’on lui en avait fait. Beck est sans doute plus habitué à fréquenter les bouquetins, les lièvres et les loups que les dames et, de ce fait, il a perdu l’habitude de faire attention à sa mise. Le plus souvent, il se présente en ville avec ses vieilles hardes et sa transpiration de l’avant-avant-veille. Qu’importe ! Son charme est bien plus fort que son odeur ! Néanmoins, il lui a paru moins grand qu’elle l’imaginait.

Peu après qu’il ait commencé à embrasser la jeune fille, on a frappé d’un coup sec à la porte. Affolée, Mélissya a poussé son amant par la fenêtre, en espérant qu’il pourrait tenir debout sur la corniche qui entoure la façade. Mais la corniche est étroite… trop étroite.

À présent, il est accroché par le bout de ses doigts à la minuscule margelle. Mélissya finit par lâcher un soupir. Tant pis, elle doit aller ouvrir.

 

L’individu, en posture délicate, doit avouer qu’il aime toutes les femmes. Il n’est pas difficile quant à leur physique. Il est juste attentif à leurs regards. Il guette cette petite étincelle au fond de leurs prunelles qui l’avertit que la personne est prête à mille et une coquineries pour satisfaire sa sensualité. Il reconnaît que sans une petite dose de sorcellerie les dames ne lui accorderaient aucune attention. Sacrée, soit la poudre noire ! Elle lui permet de collectionner une multitude de conquêtes. À ce titre, Mélissya ne rentre pas dans les canons de beauté de la Clôture 802 de la ville de Klèque. Son nez est bien trop proéminent, ses bourrelets bien trop débordants, et ses dents bien trop espacées pour plaire à la plupart des hommes. La donzelle semble s’en ficher, elle obtient toujours ce qu’elle veut. Pour cela, elle a renouvelé ses avances auprès de Beck de manière incessante. Le gnome a lu toutes les missives qu’elle lui a adressé. Tout à l’heure, l’occasion s’est présentée : Beck et lui se trouvaient en ville. Ils ont quitté la taverne de Pit à la nuit tombée. Chacun s’est séparé, prétextant une dernière course à faire. Et voilà que l’un d’entre eux va mourir pour les yeux noirs de Mélissya.

Coucher avec elle représentait une double opportunité. La première est que la petite est prête à toutes les folies pour découvrir enfin les plaisirs des caresses. La seconde est qu’elle est la fille du Recteur de la ville : Gédélamus Carniveille. Quelle immense satisfaction de voler un peu d’amour à sa progéniture ! Une petite vengeance personnelle. Non pas que le Recteur mène la vie dure aux deux compagnons des montagnes, comme il le fait avec tous les habitants de Klèque ; mais les injustices sont devenues trop fréquentes. Depuis qu’il a pris le pouvoir, à la Clôture 795, le Recteur fait régner la terreur. Il promulgue des lois qui dépossèdent et avilissent les Kléquois. Certes, la région de l’Alen a toujours été marquée par la violence mais là, c’est trop ! Les sombres plans du Recteur doivent cesser. L’être en suspens au-dessus du vide se souvient que l’Alen était le berceau d’une ancienne civilisation qu’on appelait les « Pures Matières ». Pétris de haine et de soif de vengeance, les monstres qui en étaient issus ont dû laisser, à tout jamais dans la terre, l’empreinte de leurs gènes pervers.

Mais cela a peu d’importance, maintenant. Ses forces vont lâcher. Le bout des doigts de l’amant est tout blanc. Il sent sa dernière heure arriver. Mélissya est partie ouvrir la porte sur laquelle on tambourinait férocement. L’être suspendu songe qu’il n’est plus utile de faire semblant : il n’est plus nécessaire de garder une apparence trompeuse. Pour redevenir lui-même, il ferme les yeux, se concentre et dans un éclair de poudre noire, il reprend sa forme initiale. Il bougonne, parce qu’il s’est encore fourré dans une sale histoire et que ce sera peut-être la dernière. Il est accroché à vingt pieds de haut : de quoi s’écraser comme un fruit mûr en contrebas, sur le pavé de la cour de la forteresse, que Gédélamus appelle pompeusement un « château ».

 

De son côté, tapis dans l’ombre, Beck le borgne pense au gnome, ce petit être chauve, doté d’un menton en avant et d’une lèvre inférieure un peu trop épaisse qui lui prodigue en permanence conseils, mises en gardes et remontrances. « Comme s’il était un grand sage, alors qu’il n’y a pas plus menteur, voleur et escroc que lui ! ». Quand est-ce la dernière fois qu’il a pu compter sur lui ? Le gnome se défile très vite. Il n’est pas courageux et n’irait pas risquer sa vie pour sauver celle de son compagnon. Beck en est persuadé. À cet instant, il s’inquiète de savoir combien de fois ce fichu animal a usé de sorcellerie pour embobiner et trahir la confiance de jeunes femmes. Il va le lui faire payer cher. « Attends un peu que je te choppe ! » se dit-il.

 

Gédélamus a-t-il eu vent de quelque chose ? Il a envoyé Klirte pour vérifier ce que sa fille trafiquait dans son coin. L’homme au visage sombre et aux nombreuses cicatrices inspecte la chambre une dague à la main, sans penser, heureusement, à jeter un coup d’œil par l’ouverture sur la cour. Quand il quitte la pièce, il adresse un regard mauvais à la jeune fille. Elle n’est pas du tout impressionnée. Une fois l’importun parti et la porte refermée, Mélissya se précipite pour voir si son galant a tenu bon. Dire qu’il était sur le point de lui remonter les jupons sur la tête ! Si jamais il a finalement lâché prise, elle regrettera amèrement d’être passée à côté de l’extase tant attendue.

Quand elle se penche à la fenêtre, ses yeux noirs croisent le regard d’un petit bonhomme aux grandes oreilles, qui se tient exactement à la place de Beck. Elle grimace de surprise et de dégoût.

— Qui êtes-vous ? demande-t-elle, plus offusquée par la laideur du petit monstre que par sa présence incongrue.

— Mélissya ! Aidez-moi à remonter, je suis léger, vous pouvez le faire, vous avez de gros bras.

— Mais, quelle horreur ! s’exclame-t-elle. Où est le borgne ? Vous l’avez fait disparaître ? Vous êtes un mage ? Vous êtes son gnome ?

— Oui mais non ! Certes, j’utilise un peu la magie parfois, mais on ne peut pas dire que je sois un mage. Sortez-moi de là, s’il vous plait.

— Pas question ! Je vais appeler Klirte.

— Pas lui ! crie le gnome.

— Vous ne me laissez pas le choix, dit-elle en croisant les bras.

Puis elle songe que, si elle attend encore un peu, la créature finira par tomber et l’affaire sera réglée. Inutile d’appeler la soldatesque.

— Écoutez, douce Mélissya. Je vous aime depuis le jour où j’ai croisé votre regard. Je sais que vous me préférez le borgne et c’est pour cela que j’ai pris son apparence, mais je vous assure que je suis bien meilleur amant que lui. Si vous appelez Klirte, il devra expliquer à votre père que vous couchez avec « un nain », comme il me surnomme. Si je m’écrase par terre, c’est pareil. Cela va vous faire passer pour une mauvaise fille. Je vous en prie ! Réglons l’affaire simplement : remontez-moi !

Le condamné craint que ce soit là ses derniers mots, car il est épuisé.

Mélissya réfléchit à la demande du gnome. Après tout, ne vaut-il pas mieux que cette histoire soit étouffée dans l’œuf ? Elle se penche alors pour lui venir en aide.

Trop tard ! Le gnome a lâché prise. Ses muscles l’ont abandonné, ses phalanges ont craqué. Son corps se détache de la façade lugubre du château de Gédélamus. La chute dure peu de temps pour Mélissya ; une éternité pour le petit être. Il a fermé les yeux, et se dit que cette fois, il n’y aura pas de miracle.

Cependant, au lieu de s’écraser par terre comme prévu, il se sent rattrapé par deux bras puissants qui ploient un instant sous la force de la chute. Le gnome n’a pas le temps de voir qui l’a ainsi secouru qu’il est projeté en avant et se retrouve sur ses pieds. Quand il se retourne, il voit Beck le borgne, le vrai, les mains sur les hanches, qui darde sur lui un regard furieux.

— Je peux tout expliquer ! se justifie très vite le coupable.

— Je crois que ce n’est pas le moment, répond son sauveur les dents serrées.

 

Mélissya est demeurée un moment bouche bée en suivant la chute du gnome, puis elle a fini par sourire en voyant Beck le borgne sous la lueur d’une torchère. Elle s’efforce de lui faire signe de monter. Sa soirée n’est peut-être pas totalement gâchée. Beck remarque ses mouvements et décline son offre de façon courtoise. Après ça, il donne un coup de pied dans les fesses du gnome pour lui intimer l’ordre d’avancer. Tous deux partent en courant. Ils longent sans bruit les façades et rejoignent le passage secret qui traverse la muraille de la forteresse.

À peine l’ont-ils franchi que Beck attrape le gnome par l’encolure de sa cote.

— Alors, vas-y : j’écoute !

— D’accord… J’ai pris ton apparence pour bénéficier de ton aura. Désolé, mais c’est pas facile pour moi. Elles te veulent toutes, et moi je dois me contenter des restes.

— Ah, oui ! Et tu trouves normal de tromper tout le monde ?

— Ben oui ! je suis un gnome, pas un humain.

— Décidément, tu ne vaux pas mieux que...

— Qu’un homme ?

Les deux compagnons ne remarquent pas que, juste derrière eux, Klirte vient de s’extirper du passage secret. L’homme a la peau mate, est d’une taille inférieure à celle, exceptionnellement grande, du borgne, mais il est tout de même d’une bonne stature. Dans la main droite, il brandit un couteau, à la lame gigantesque, et, dans la main gauche, une hache. Il jette sur eux un regard menaçant et arbore un sourire froid de satisfaction.

Klirte est originaire d’un endroit qu’on nomme : « la région de l’Oubli ». Des terres austères que nul n’a envie d’explorer. Seuls les Charognards y règnent en maîtres et personne ne souhaite se frotter à leur cruauté. Klirte a grandi dans ces lieux maudits. On raconte qu’il aurait été abandonné là-bas, tout bébé, par un bateau qui naviguait près des côtes. Malgré l’environnement hostile, Klirte a trouvé des parents de substitution chez les Charognards qui, étrangement, ne l’ont pas dévoré. Élevé par ces bêtes immondes, il a fini, à l’âge adulte, par quitter cette région et par retrouver les humains dans la ville de Klèque, de l’autre côté de la Grande Mer. Aussitôt débarqué, il a été recruté par le Recteur qui, en échange d’une forte somme, l’a choisi pour être son garde du corps.

Beck l’aperçoit enfin. Klirte s’arcboute déjà ; il est prêt à se jeter sur lui. Le gnome s’interpose :

— Sache, mon ami, que le borgne possède des pouvoirs impressionnants qui peuvent terrasser n’importe quel homme.

Pour seule réponse, le garde du corps ricane. Beck hausse un sourcil et écarte gentiment le gnome. Quand son assaillant s’élance, Beck s’avance à sa rencontre. D’un geste vif, il saisit les deux poignets de Klirte. Les deux hommes se retrouvent nez à nez. Klirte recule la tête pour prendre l’élan nécessaire afin de frapper Beck de son front. Mais, sans attendre, Beck vient lui faucher les jambes d’un coup de mollet ; l’autre perd l’équilibre. Un genou à terre, le garde se reprend et charge Beck, tête baissée, épaules en avant. Le borgne exécute une cabriole en avant sur le dos de Klirte. Il se retrouve à pieds joints et pivote sur lui-même en un éclair. Klirte jette sa hache avec rage ; Beck l’attrape au vol. Il sourit devant la stupéfaction de son agresseur et profite de cet instant d’étonnement pour fondre sur lui. Il lui décoche un uppercut d’une grande puissance. On entend les os de la mâchoire se briser. Le gnome sursaute. Il déteste le bruit du fracas des corps que Beck ne manque jamais de broyer tant sa force est colossale. Le borgne non plus n’aime pas en arriver à causer de tels drames. Son visage a d’ailleurs changé d’aspect. Quand il fait souffrir un être humain, l’expression de ses traits diffère. Ils se parent de grande tristesse, de regrets et de profonde douleur.

Klirte est à plat ventre par terre. Il gémit en rampant pour s’éloigner. Personne n’a vu qu’il s’est emparé d’un poignard dissimulé dans sa chausse, contre sa cheville. Beck lui tourne le dos et s’éloigne. Le gnome se croit obligé de justifier au blessé ce qui vient de se passer :

— Beck n’est pas si méchant. Il aurait préféré ne pas vous faire du mal, mais vous l’avez…

Il s’interrompt en voyant Klirte rouler vivement sur le dos. Haut dans le ciel nocturne, le croissant blanchâtre de la lune éclaire la lame recourbée que Klirte tient dans la main. Au moment où il la lance en direction du dos de Beck, le gnome ferme les yeux et dans un éclat de poudre noire, il reprend l’apparence du borgne. Il grandit d’un seul coup et fait obstacle à la pointe du couteau, qu’il reçoit dans l’épaule. Beck se retourne d’un bloc et saisit l’un de ses couteaux rangés dans sa ceinture en cuir de gouzon, croisée sur son torse. D’un geste précis, il l’envoie entre les deux yeux de Klirte. Le visage du garde prend une expression de surprise, puis de détresse et enfin de renoncement. L’homme s’effondre, vaincu. Beck se tient à côté du gnome qui a conservé sa fausse apparence et est en train d’ôter la lame de son épaule. Il ne semble pas souffrir outre mesure.

Un cri strident retentit. Mélissya vient d’apparaître à la sortie du passage secret.

— Beck ! s’exclame-t-elle.

Elle hésite, observe les deux hommes.

— Lequel est le bon ?

Ils ne répondent pas.

— Bon sang ! Si l’un des deux ne remonte pas tout de suite dans ma chambre, j’avertis la garde.

D’un mouvement bref, le gnome tourne son œil unique et suppliant vers son compagnon.

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Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Séries fantastiques

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Publié le 14 Septembre 2020

Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Les Gardiens de l'Équilibre

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Publié le 8 Juillet 2020

Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Les Gardiens de l'Équilibre

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Publié le 3 Juillet 2020

À l’ouest, tout est nouveau

 

Malgré le traité signé en 1707 par les rois d’Écosse et d’Angleterre, qui soumettait les écossais aux lois anglaises, bien des sujets des hautes terres n’acceptaient pas l’occupant anglais. Certains prirent les armes contre les autorités britanniques. Ils furent sévèrement punis et très souvent pendus. Ce  le destin tragique subi par Tiperi McGovern, en 1863. Il s’opposa, en effet, par la force, à un préleveur d’impôts en le blessant au visage avec de l’acide. Arrêté et emprisonné dans le sud de l’Angleterre, il fût pendu à la suite d’un procès à charge. Sa femme fût bannie du clan des McKinley et déportée sur l’Île de Mull, au nord de l’Écosse. Seul son fils, Kenneth, réussit à échapper aux soldats. 

Au printemps 1863, le jeune Kenneth venait d’avoir dix-huit ans. Il était roux, avec une peau blanche constellée de taches assorties à sa chevelure. Cela lui conférait un air juvénile, pourtant, c’était déjà un homme. Il devait épouser sa fiancée, Moïra McKinley, l’été suivant. Mais le destin du jeune Kenneth n’allait pas suivre cette route. Les agissements de son père venaient de tout changer. 

Après être resté caché quelques temps, il put, avec l’aide de complices, prendre contact avec un armateur, nommé José Garcia Ibanez. C’était un trafiquant d’esclaves, à la tête d’une flottille de deux goélettes qui naviguaient entre les côtes africaines et américaines. Kenneth embarqua à bord de la Madre de Dios, qui avait fait escale à Clyde et allait prendre la direction de l’Afrique. Le navire léger et à voiles auriques était placé sous le commandement du capitaine Scipion. Kenneth connut les premiers dangers de la navigation. Un bateau pirate les prit en chasse. Heureusement, la goélette, plus rapide, sema son poursuivant. Une tempête, au large des côtes espagnoles, mit à mal deux des trois mats. Ne voulant pas demander l’hospitalité aux espagnols, le capitaine fût contraint de naviguer au plus près des côtes, au risque de heurter des écueils. C’est avec deux jours de retard et une seule voile qu’enfin l’équipage put débarquer sur le sol africain. 

Kenneth était réticent à l’idée de travailler pour ce négrier, mais c’était la seule solution qui lui restait pour fuir le plus loin possible de son pays natal. On disait qu’aux États-Unis, on pouvait recommencer une nouvelle vie. Kenneth ne pensait qu’à cela. Il dût signer un contrat de cinq ans qui le liait à la compagnie. Il resta en Afrique pendant quelques jours, le temps des réparations mais aussi et surtout, afin de regrouper tous les hommes et femmes qu’on avait enlevés dans leur village pour les vendre comme esclaves de l’autre côté de l’océan. Sa première traversée intercontinentale, il la fit, finalement, sur une autre goélette, la Buena Aventura, avec à son bord, vingt hommes d’équipage et plus de deux cents esclaves. Là aussi la navigation ne  pas de tout repos. Au large des Açores, la goélette fût ballotée de nouveau par de fortes bourrasques. Plusieurs prisonniers moururent noyés dans les cales, et on jeta leurs corps à la mer. Le jeune Kenneth  écœuré par le comportement du capitaine et de ses hommes, qui avaient droit de vie et de mort sur « leur marchandise ». McGovern ne comptait pas honorer son contrat de cinq ans dans un tel univers. À la première occasion il s’enfuirait. 

Elle se présenta lors de l’arrivée à Norfolk, en Virginie. À la nuit tombée, Kenneth quitta le bateau discrètement. Il prit la direction de New York où il avait appris que résidait une communauté d’écossais. Il savait qu’Ibanez allait tout faire pour le retrouver et récupérer la prime offerte à chaque nouvel engagé. Aussi, il n’avait qu’un seul objectif, se fondre dans la masse, disparaître pour de bon. 

À bord de charriots brinquebalants, à dos de cheval et le plus souvent à pieds, Kenneth parcouru la distance de deux cents miles en dix jours. Épuisé mais sain et sauf, il entreprit de rencontrer ses compatriotes, émigrés aux États-Unis. Sur place, McGregor était le responsable du clan. Il voulut bien aider le jeune homme, même s’il n’était pas du même clan. Il restait un écossais et l’entraide entre compatriotes était sacrée.

McGrégor confia le jeune homme à un irlandais du nom de Paterson. Ce dernier habitait au sud de Manhattan, dans un quartier où vivait la communauté irlandaise. Il était propriétaire de bars, mais ses principaux revenus provenaient du racket auprès des commerçants du secteur. Ces derniers, contre quelques dollars, bénéficiaient d’une protection. Celui qui rechignait à payer voyait son échoppe partir en fumée. S’il s’entêtait, la mort était au bout du canon. Paterson accepta de prendre McGovern sous son aile. Il demanda à deux complices de lui enseigner les rudiments du métier. Quelques temps plus tard, Kenneth se retrouva à racketter les magasins de Coven Street. Ce travail n’était pas du goût du jeune homme, mais ça payait bien. 

New York grouillait d’immigrés de toutes nationalités qui s’arrangeaient comme ils pouvaient pour survivre. Le maire, ainsi qu’une grande partie de son conseil, était gangrené par la pègre locale. Certains quartiers étaient laissés à l’abandon. Les ordures ménagères n’étaient pas collectées. Une odeur pestilentielle flottait dans l’air. La police, au plus haut niveau, était achetée, les règlements de compte ne généraient aucune enquête. La prostitution faisait les beaux jours de la mafia italienne et c’est dans cette ville, sans lois, que Kenneth tâchait de s’en sortir. Lui qui avait fui les injustices de son pays, était dégoûté par ces pratiques mais il n’avait pas le choix. Dans cette jungle urbaine, la mort rôdait à chaque coin de rue. 

Un jour enfin, lassé de devoir soutirer de l’argent à de petits commerçants, Kenneth demanda à Paterson à changer de travail. L’irlandais l’enrôla comme garde du corps. Il avait besoin qu’à chacun de ses déplacements, une escouade de gorilles l’encadre. La principale activité du boss irlandais était d’organiser des réceptions avec le conseil municipal, où toute l’élite New yorkaise se pressait pour avoir ses faveurs. Une fois, en se rendant à une de ces festivités, l’escorte tomba dans un traquenard, organisé par la mafia italienne. Ce  l’unique occasion où Kenneth se servit de son Beretta. La fusillade eût lieu dans la 52ème rue. On compta 3 morts côté italien, 2 côtés irlandais. C’était un simple avertissement de la mafia qui voulait protéger son pré-carré. Kenneth s’en sorti indemne mais, encore une fois, cette situation ne lui convenait plus. Il n’avait pas l’intention de mettre sa vie en danger, tous les jours ainsi. Il devait s’échapper à nouveau. Un matin, Paterson le convoqua et lui demanda si quelqu’un le recherchait ; Kenneth dût avouer qu’il était en fuite et raconta son histoire. Ibanez, n’avait pas renoncé à le retrouver. Paterson expliqua au jeune homme qu’il avait reçu, la veille au soir, la visite de deux individus à la recherche d’un certain McGovern. Le patron des irlandais avait l’habitude de côtoyer toutes sortes de malfrats et la meilleure façon de les éconduire était le mensonge. Il avait déclaré ne pas connaître Kenneth. Toutefois, l’étau se refermait sur le jeune écossais. C’était le moment ou jamais de s’éloigner de New York. Avec l’argent gagné comme garde du corps, Kenneth songea à se rendre plus à l’ouest. 

À l’hiver 1864, le moyen de transport le plus rapide était le train. La première ligne de chemin de fer, inaugurée par la Transcontinental Rail Way, reliait New York à Chicago. Sans perdre une minute, McGovern prit son sac et ses maigres affaires, direction l’Illinois. Ce mode de transport était révolutionnaire : rapidité, sécurité et confort. L’avènement du train avait sonné la fin des diligences, du moins pour cette partie du pays. Chicago n’avait rien à envier à New York : même désordre, même faune. Malgré une pluie incessante, les trottoirs restaient sales. Les coups de feu ne semblaient gêner personne. Un service spécial était chargé de ramasser les cadavres pour les transporter au cimetière. Kenneth n’avait pas l’intention de séjourner dans ce cloaque. Pour poursuivre son périple, il dût emprunter une diligence qui, une fois par semaine, rejoignait la ville de Cody, dernier point de civilisation dans le Wyoming. Rien de comparable avec le train pour le confort, il fallait avoir les reins solides.

La piste, mal entretenue, faisait craquer l’attelage qui, à tout moment, pouvait se briser. Le cocher était escorté par un tireur, pour parer aux embuscades fréquentes, perpétrées par des bandes de pillards. Il s’agissait souvent de déserteurs de l’armée, qui fuyaient la guerre de sécession. En traversant une vallée encaissée, soudain, cinq cavaliers, sortis de nulle part, prirent en chasse la diligence qui dut forcer l’allure des chevaux. Plusieurs coups de feu furent échangés. Le tireur posté à côté du cocher était une fine gâchette. Il pointa sa Winchester sur les voleurs et deux coups suffirent pour abattre deux d’entre eux. Les trois autres, sans doute des débutants, renoncèrent et firent demi-tour. L’arrivée à Cody  un soulagement pour Kenneth. Mais l’aventure du jeune écossais ne pouvait pas s’arrêter là. Il sentait tout au fond de lui qu’un ailleurs l’appelait. Il avait tant parcouru de distance depuis son Écosse natale, il avait tant vu de misère, vécu dans la pauvreté et la violence qu’il ne comptait pas rester là, à attendre qu’un autre, encore, prenne son destin en main à sa place. 

 À la périphérie de la ville, un emplacement était réservé pour les migrants qui désiraient continuer vers l’ouest. McGovern se dit que là, il pourrait trouver un travail. Par chance, un stand, dressé aux abords du camp, indiquait qu’un certain Piort Wischnewski, conducteur de caravanes, recrutait. Conditions requises, monter à cheval et tirer si nécessaire. Kenneth se présenta et sans difficulté, il fût embauché. Il rit fort la première fois qu’il vit Piort. Le gaillard était un original, un folklorique. Il mesurait près de deux mètres, et n’était pas du tout vêtu comme un cow-boy. Il était habillé d’un costume traditionnel de son pays natal, la Pologne. Cela consistait en une chemise blanche, aux manches bouffantes, portée sous un long gilet sans manche noir qui couvrait un ample pantalon en coton. Mais peu importait l’habit, le personnage était sympathique et s’exprimait du mieux qu’il pouvait, en anglais, pour se faire comprendre de la majorité de son personnel. Le travail consistait à escorter un convoi de quarante charriots avec plusieurs familles. Piort serait le guide, il avait déjà fait maintes fois la navette entre Cody et la côte ouest, soit mille six cent soixante miles. L’escorte était composée de quatre hommes, chacun était responsable de dix chariots. Piort donna à tous une Winchester type Musket et un colt six coups modèle Navy. Les dix premiers chariots furent mis sous la responsabilité de Harry Cliford, les dix suivants sous celle de Paul Tyson, ensuite venait Hanz Wolf et pour finir, les dix derniers allaient être protégés par Kenneth McGovern. 

En observant les familles qu’il devait défendre contre toute attaque, Kenneth remarqua une jeune fille, Lisbeth Barton. Elle voyageait avec son père et son petit frère. Cette famille était d’origine anglaise. Pour Kenneth, l’Angleterre était loin et l’Écosse encore plus mais, Lisbeth lui rappelait sa fiancée, Moïra, demeurée là-bas. Comme une piqûre de rappel, il ne put s’empêcher de tomber amoureux, à nouveau. Cependant, la préoccupation du moment était que la traversée des terres sauvages se passe avec le moins de pertes humaines. 

Paul Barton vit tout de suite d’un mauvais œil cet écossais qui se permettait de lui donner des ordres. De surcroît, ce jeune prétentieux, armé jusqu’aux dents, tournait autour de sa fille. Lisbeth, de son côté, n’avait aucun ressentiment à l’encontre de l’écossais, au contraire, pour elle Kenneth avait fière allure en protecteur de la famille. Elle était heureuse d’entreprendre cette longue marche vers l’ouest en sa compagnie. 

Le lourd convoi se mit en piste en mars 1865. Pour traverser les rocheuses, la meilleure période était le mois de mai, la neige aurait fondu, les animaux foisonneraient, la nourriture serait abondante. Les premiers jours aucun incident ne  à signaler. La nature était intacte, préservée de presque toute trace humaine. Quelques bourgades, cependant, perdues dans cette immensité, essayaient de s’organiser pour rester vivables. L’environnement était difficile : pillages par des bandes d’indiens, rudesse du climat, il fallait avoir du courage et de la volonté pour résister à de tels dangers. La caravane, quant à elle, poursuivait son chemin bonant malant. Tantôt les chariots traversaient des vallées verdoyantes, des plaines arides ou bien des sommets où subsistaient des plaques de glace. Parmi les pionniers, la maladie se répandait très vite. Elle était due le plus souvent à de la nourriture avariée ou à de l’eau polluée. Il y eût quelques accidents, des naissances. Tous ces aléas ralentissaient la progression du convoi. Le soir, les chariots formaient un cercle.  À tour de drôle, les quatre adjoints de Piort montaient la garde. Kenneth était souvent volontaire. La nuit lui donnait l’occasion de s’approcher du chariot des Barton. Lisbeth en profitait pour sortir et se lover dans les bras de l’écossais sous la voûte étoilée. Ce petit manège n’échappa pas à son père qui exigea que Piort trouve une solution afin d’écarter McGovern de son champ de vision. Wischnewski remplaça Harry Cliford par l’écossais, le problème était résolu. Du moins en apparence. Kenneth continua à venir chercher son amoureuse toutes les nuits. À l’instar de son père, il n’allait tout de même pas laisser un anglais lui imposer sa loi.

À l’approche du territoire sioux, Piort s’aperçut que, depuis plusieurs jours, ils étaient suivis par un groupe d’indiens. Cela ne présageait rien de bon. À l’entrée d’une vallée, il stoppa sa troupe et fit ranger les chariots en cercle. Il ne fallut pas attendre longtemps pour voir surgir de toutes parts, des guerriers sioux avec, à leur tête, Nez Percé. Ils encerclèrent le camp retranché et déclenchèrent les hostilités. À cette époque, les indiens ne possédaient que des arcs et des lances, aucune arme à feu. Ils étaient obligés de s’approcher au plus près des chariots pour décocher leurs flèches. Ce contact facilitait la défense des colons et même s’ils n’étaient pas tous des as de la gâchette, rares étaient ceux qui rataient leur cible. Malgré leur vaillance et leur détermination, les sioux durent abandonner et se retirer. Des arcs contre des Winchester ! Les indiens emportèrent dans leur fuite leurs frères morts. Du côté des migrants, seule une femme avait reçu une flèche dans le ventre mais la blessure était sans gravité. 

La nuit suivante fût calme et sans visite nocturne pour Kenneth et Lisbeth. 

L’obstacle le plus difficile à franchir  le passage des montagnes Rocheuses. À plus de deux mille mètres, un orage vint interrompre la marche des chariots vers l’ouest. Trop lourdement chargés, certains s’embourbèrent dans des ornières. Piort obligea les occupants à laisser sur place des meubles, c’était la seule condition pour continuer leur périple. Enfin, la descente vers des plaines herbeuses se fit dans une joie non dissimulée. Les quarante chariots étaient présents, aucune perte n’était à signaler. 

À l’arrivée à Fort Preston Hole, garnison militaire, plusieurs colons décidèrent de s’installer à proximité du fort et de bénéficier de sa protection. La nouvelle eut l’effet d’une bombe pour Kenneth quand il apprit que la famille Barton faisait partie des candidats désireux de rester là. Lui devait continuer la route jusqu’à l’océan. L’écossais, par l’intermédiaire de Harry Cliford rencontra Lisbeth et lui fit la promesse qu’à son retour, il s’arrêterait à Fort Preston Hole pour demander sa main à Monsieur Barton. Ce qu’il ignorait, c’était que le père venait de dire à sa fille que lui, vivant, il n’accepterait plus jamais qu’elle revoit Kenneth.

Le jeune écossais s’engagea sur les trois cents miles à parcourir avec la trentaine de chariots restants en songeant que sa vie allait enfin prendre un sens. Il s’installerait près du fort et épouserait Lisbeth. Terminés les petits boulots sans lendemain, hors la loi et dangereux. Il aborda le cœur léger les grandes plaines qui faisaient place à d’immenses forêts où l’ours et le loup étaient, pour quelques temps encore, les maîtres des lieux. Bientôt l’océan apparut devant eux. La fin du voyage pour les pionniers.

 Kenneth reçut son gage et prit une nuit de repos. Le matin suivant, il se remit en selle, direction Fort Preston Hole, accompagné de Harry et Hans qui désiraient retourner à Cody. Kenneth, lui, n’avait qu’un objectif : fonder une famille. Ce serait sa terre promise à lui. Il était temps qu’il renonce à travailler pour les autres et s’achète un lopin de terre pour le cultiver et qui sait, peut-être élèverait-il du bétail. Son seul vrai problème était d’obtenir l’accord de Paul Barton. Si ce dernier lui refusait la main de sa fille, il l’enlèverait. C’est dans cet état d’esprit qu’il entreprit les trois cents miles jusqu’au fort. 

Couvert de sueur et de poussière, six jours plus tard, une surprise attendait McGovern. Devant le Fort Preston Hole, assis sur des bancs, des enfants écoutaient la leçon de la maîtresse. Ce n’était autre que Lisbeth. Elle enseignait à ces jeunes migrants les rudiments de l’anglais. Kenneth se rua sur elle pour la prendre dans ses bras. Il lui assura qu’il ferait tout pour convaincre son père de l’accepter pour gendre. Il lui parlait sans discontinuer et elle pleurait. Il finit par lui demander pourquoi elle était là au lieu d’être avec sa famille, dans sa ferme. L’explication se résumait en quatre mots : son père était mort. Parti à la chasse avec d’autres colons, Barton ignorait le comportement des troupeaux de bisons qui avaient opéré un brusque changement de direction et s’étaient retrouvés face à lui. Barton avait été piétiné par des centaines de bisons. Il avait été enterré sur les terres qu’il venait d’acquérir. 

Kenneth et Lisbeth s’unirent sans tarder, ils s’installèrent dans la ferme familiale. Kenneth devint un époux et un père pour le petit frère de sa femme. Loin de son Écosse natale, il put enfin souffler et commencer une autre vie. 

THE END

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Rédigé par William T.

Publié dans #Chroniques de William T.

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Publié le 1 Juillet 2020

Rédigé par Cathy de Saint Côme

Publié dans #Fleurs et compagnie

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